Un PEI-« T »PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la « Toute » Petite Enfance (0-3 ans)

Précisions :
Dans le billet du 8 janvier
concernant Reuven Feuërstein, je regrettais qu’il y ait parfois une exploitation commerciale de ses idées, ce qui ne peut que favoriser un certain élitisme :

« Il est utile de savoir la récupération « marchande » qui a été faite des techniques de Feuërstein : il est bon pour un cadre (adulte donc et bac ++, on est loin des orphelins de déportés ou des juifs d’Éthiopie) de faire un stage PEI. Ce qui prouve à coup sûr que ces outils d’enrichissement instrumental ne sont pas que d’acquisition, mais que surtout ils génèrent des attitudes efficaces dans la confrontation aux problèmes à résoudre, des stratégies performantes d’apprentissage, d’acculturation. Que des adultes décideurs progressent n’est pas en soi une mauvaise chose, mais cela risque de les conforter dans un sentiment de supériorité et de donner à penser que ces techniques nécessiteraient une intelligence adulte déjà bien en place, ce qui est une erreur fondamentale. L’apport le plus précieux de Feuërstein concerne chez les enfants en grande difficulté la remédiation intellectuelle, la restauration des attitudes de confiance en soi par l’évidence de réussites, l’importance de la médiation (le « passage », la transmission de savoirs, de compétences, d’attitudes) dans cette relation triangulaire : enfant, connaissance, médiateur. »

Dans un autre billet du 8 février, j’exprimais mon souhait d’un PEI destiné à la petite enfance et que j’intitulais :
Un PEI-PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la Petite Enfance :

« Ce dont je rêve, comme je n’ai cessé de le faire - est-ce une utopie ? – c’est d’une action préventive, le plus en amont possible, c’est-à-dire dès la naissance (et même pendant la grossesse et au temps encore plus ancien du désir d’enfant), essentiellement donc pendant la petite enfance, de 0 à 3 ans, au moment où les choses, mine de rien, se précipitent, un temps où les progrès vont à un train d’enfer, où les besoins à satisfaire sont les plus impérieux – et pourtant les plus simples (bonheur relationnel, bien-être et sécurité physiques, stimulations sensorielles…)
Essayons ensemble d’élaborer un PEI-PE, un « Programme d’Enrichissement Instrumental Petite Enfance» - en fait un inventaire pragmatique fondé sur la connaissance théorique et l’expérience de savoir faire et être vécus, éprouvés – un PEI donc adapté à la toute petite enfance. »

J’ai reçu récemment une information sur des stages PEI de 5 jours (sensibilisation de parents et de futurs médiateurs) concernant la petite enfance à partir de 3 ans) :
Et on m’informe, suite sans doute à la lecture du paragraphe ci-dessus, avoir lu avec intérêt ma « demande de PEI pour la petite enfance », et que mon «vœu est exaucé ».

Cependant les stages proposés aux adultes à Paris et répercutés localement aux enfants sont bien loin d’être gratuits.
Je ne nie pas qu’ils puissent être d’un grand secours à des parents anxieux et à leurs enfants en difficulté.
Mais je crains deux dérives possibles : une sélection par l’argent et surtout peut-être la tentation d’un forcing précoce.

Voilà pourquoi je crois devoir apporter une dernière fois des précisions sur mon projet de PEI-PE :
Il est destiné aux tout petits, c’est
« un PEI donc adapté à la toute petite enfance. », de 0 à 3 ans.
Les fondamentaux de ce PEI-
TPE :

  • Il est destiné à tous les enfants, de 0 à 3 ans, en particulier les plus défavorisés, donc entièrement gratuit et bénévole – ce qui n’exclut pas l’efficacité.
  • Il voit dans la maman et l’entourage proche de la toute première enfance les médiateurs naturellement compétents de tous les premiers apprentissages ;
  • Il vise à prévenir massivement les souffrances liées aux difficultés et à l’échec possibles à l’école ;
  • Il refuse toute idée de forcing précoce (un critère absolu : le plaisir évident d’un enfant de plus en plus épanoui et équilibré) ;
  • Il souhaite sensibiliser les décideurs à l’importance des contextes sociaux de la petite enfance

Ceux qui me suivent depuis les débuts de ce blog (3 mois déjà, 2000 visites…) ont bien compris que la générosité, l’altruisme et la lucidité sont des qualités essentielles à ce projet qui est, je le précise une dernière fois, un
Programme d’Enrichissement Instrumental de la Toute Petite Enfance.

Quelques conseils pour terminer :
Notez (rien de plus volatile que la mémoire !) vos idées de conseils, d’actions possibles pour cet « enrichissement instrumental des tout petits ». Faites, comme le conseille Feuërstein, des canevas, des tableaux, des plans :

  • Selon les « instruments » du tout petit
    • Ses sensations
      • Vue
      • Toucher
      • Goût
      • Audition
      • Odorat
    • Son action
      • Schèmes sensorimoteurs
      • Activités, motricité (déplacements, marche, explorations)
      • Intelligence sensorimotrice, essais, expériences, touche à tout…
      • Ses jeux
      • La parole
    • Son équilibre, son épanouissement corporel
    • Son affectivté
  • Ses acquisitions, ses progrès à noter, à « guetter »
    • Le gazouillis, la parole
    • L’objet permanent
    • La fonction représentative
      • Le faire semblant
      • Les jeux
      • La mémorisation
      • Les premiers gribouillages et « dessins »
  • Le tout petit seul
  • Les partenaires du tout petit (les divers contextes relationnels)
    • Des personnes
      • Lui-même
      • D’autres enfants
      • Sa fratrie, ses parents, ses proches
      • Des inconnus
    • Des animaux
    • Des objets
      • Seins, doigts, main…
      • Objets de hasard
      • Jouets
  • Selon l’âge du tout petit, ses “étapes”
    • Avant la naissance
    • À la maternité
    • Les 3 premiers mois
    • Le « ramper »
    • La marche…
  • Selon les lieux
    • Berceau, lit, poussette
    • Chambre
    • Maison
    • Extérieur
    • Quartier
      • Rues, espaces verts
      • Magasins, grande surface, cafétéria, restaurant…
    • Lieux inconnus
    • Chez des parents, des voisins
  • Selon les saisons

Il s’agit, pour chacune de ces « cases » de ces quelques tableaux donnés en exemple, d’imaginer, ou mieux, de se remémorer des activités de stimulation, d’encouragement du tout petit à partir plus confiant à la conquête du réel, en veillant toujours à son équilibre affectif et relationnel.
N’oubliez pas que l’on oublie vite : Jules Renard disait « Il faut saisir l’idée fuyante et lui écraser le nez sur le papier. »

Alors, à vos tableaux et à vos notes, et prenons l’habitude d’échanger. Vous savez comment me joindre :
toutpetits@hotmail.fr

Protection du site : J’ai dû m’y résoudre.
Copyrightdepôt

A


Climats et micro-climats

Glaciations
Chaque planète de chaque Petit-Bout a son climat général et ses micro-climats.
Éole souffle parfois le froid sur les berceaux des Petit-Bout alors promis au malheur.
Rarement les Petit-Bout héritent de ces climats paradisiaques où l’on se baigne à longueur de jour dans des lagons de douce tendresse, où l’on est caressé par les ailes parfumées des alizés.
A peine sorti du ventre maternel Petit-Bout-Pas-de-chance est saisi par la rudesse du climat. Il est des contrées hostiles qui vivent mal la venue de Petit-Bout, où Petit-Bout tombe mal, pas-désiré-pas-voulu-pas-aimé. Là, tout de même, tout gluant et sanglant, pas beau, pas propre. Et ill va bien falloir le garder …

Il est des contrées, des constellations familiales où ça débute bien, où « le cercle de famille », accueillant, « s’élargit à grands cris » de joie, où l’on attendait ce Petit-Bout qu’on avait voulu et tendrement mitonné en ventre et en rêves.
Souvent la rudesse des temps chamboule ce doux nid désormais ballotté et peu à peu démantelé par la tempête.
La maladie, la dèche poisseuse surviennent. Papa et maman se retrouvent ensemble au chômage, ou bien papa s’en va et laisse maman pleurer sur son Petit-Bout que ses larmes, son silence et son désarroi détachent peu à peu de cet entourage qui ne réagit plus à ses avances, ses mimiques, ses risettes, ses cris, tout ce langage des petits qui ne parlent pas encore et que toutes les mamans comprennent si bien tant qu’elles ne sont pas désemparées par le malheur soudain.
Oui une insidieuse pollution d’insécurité peu à peu perturbe et affole le climat familial. Les bourrasques sont soudaines et imprévisibles - une catastrophe naturelle, un licenciement collectif, l’accident, la maladie… - et la petite planète familiale subit une brusque glaciation. Son Gulf Stream affectif s’arrête. Finie la douce tiédeur du cocon. Le froid polaire envahit tout et chacun frissonne et se raidit et ne peut plus guère penser qu’à soi.

Les Petit-Bout perçoivent immédiatement ces dérives climatiques qui rendent soudain irrespirable un air auparavant si doux, moins rassurants les bras de maman qui ne savent plus si bien se détendre et envelopper comme avant Petit-Bout en le serrant contre elle. Même le lait de maman à perdu de sa saveur.
Petit-Bout si aimé est en train de devenir un Petit-Bout négligé, délaissé.
Parfois, de plus en plus souvent maintenant, tant sont violents les tourbillons qui nous malmènent, la tourmente disperse la constellation familiale. Certains s’en vont vers un ailleurs parfois sans retour.

Que faire alors de ce Petit-Bout qui pleure toute la détresse du monde ou bien qui vous regarde, inerte et désormais parti pour l’indifférence, l’insensibilité, l’inadéquation de ses réactions. Petit-Bout ne peut plus ressentir le plaisir comme avant, par toutes les fibres de son être. Le désir s’est éteint en Petit-Bout. Petit-Bout est comme en hibernation.
C’est ainsi que les Petit-Bout tout petits se défendent : ils se mettent en veille, tournent au ralenti..

Mais si on aide Maman à surmonter son désarroi, son hébétude passagère, elle saura bien à nouveau comme toutes les mamans disponibles couler à son Petit-Bout un bain de chaleur affective et de quiétude.
Et dans ce micro climat alors retrouvé les Maman, toutes les Maman et leurs Bébé-Petit-Bout, de toutes les nuances de la gamme des ethnies, de toutes les cultures, savent à merveille entrecroiser les fils qui tisseront le caractère et la personnalité de leur Petit-Bout grandissant.

Petit-Bout sans famille
Parfois la Société, Dame Société, qui est une maîtresse dame et sait être énergique et prendre les problèmes à bras le corps, décide que pour son bien, il faut placer Petit-Bout.
Placer. Caser.
Une place pour chaque [Petit] chose et chaque [Petit] chose à sa place. Les dictons ont du vrai.
Ah! certes oui, Petit-Bout est placé…
Casé…
Cassé souvent…
On n’imagine pas à quel point c’est fragile un Petit-Bout. Et combien cette fragilité est paradoxale.

Et pourtant Dame Société fait tout ce qu’elle peut. Elle n’a vraiment rien à se reprocher. Tous les compartiments du casier où on a placé les Petit-Bout délaissés sont bien blancs et bien aseptisés. Pas la moindre bactérie dans les biberons, dans les purées. Les blouses sont blanches et leurs porteurs parfaitement qualifiés.
Et voyez l’ingratitude : il y a des Petit-Bout qui refusent de s’alimenter… « Tenez, regardez celui-ci, trois jours qu’il serre les lèvres quand je lui tends son biberon… Et l’autre, là, qui se balance, qui se balance. Et celui-là, vous voyez comme il se cogne la tête contre son lit… »
Beaucoup des Petit-Bout de l’Institution sont malades alors qu’ils ont tout, mais vraiment tout, pour bien pousser, tout est bien capitonné pour qu’ils ne se blessent pas, le chauffage vient d’être révisé…
Pasteur, s’il revenait, chercherait en vain un microbe.

“Mais regardez, là-bas, dans le coin, il y a ce Petit-Bout, qui refusait ses biberons, qui se laissait mourir, mais oui, et que la femme de ménage, vous voyez, prend dans ses bras, pendant sa pause, et qu’elle serre contre sa blouse, sa blouse un peu crasseuse forcément, ce n’est qu’une pauvre souillon qu’on emploie là, un peu par pitié. Et elle le caresse, elle le tripote de ses gros doigts rougis, elle le brasse, et elle l’embrasse, et elle lui chante des chansons de son pays. Et voyez comme avec elle, il se remet à manger, il gazouille, il fait une risette. Et elle ose nous le faire remarquer. On laisse faire. Tant pis s’il lui arrive quelque chose. Vous savez, c’est un Petit-Bout de pas grand chose, j’ai vu dans le dossier d’où ça vient : une pitié, du pauvre monde, vous savez.”

Ainsi se défendent parfois contre trop de souffrance affective les Petit-Bout tout petits: ils se mettent en veille, tournent au ralenti, ne se laissent plus saisir par le moindre désir. Ils sont là sans être là. Jusqu’à ce qu’ils rencontrent, s’ils ont de la chance, un vrai et chaud rayon de soleil, un coin de tiédeur où se réchauffer. Et ces précieuses bouillottes de tendresse sont souvent glissées par des mains discrètes, anonymes, pas du tout manucurées, des mains frustes qui font ça parce qu’elles ne savent pas faire autre grand chose d’autre, parce qu’elles savent qu’il n’y a que cela à faire quand un Petit-Bout entre en hypothermie affective.

Un PEI-PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la Petite Enfance

Le PEI de Reuven Feuërstein est d’abord un programme de sauvetage affectif (reprise de la confiance en soi, restauration d’une image de soi moins dévaluée) et de reconstruction, puis de structuration pour plus d’efficience des potentialités retrouvées.
Il s’adresse donc le plus souvent à des adolescents, à des adultes qui sont des victimes anciennes déjà, qui ont longuement souffert, qui ont accumulé les échecs, les frustrations, les doutes et les renoncements.

Ce dont je rêve, comme je n’ai cessé de le faire - est-ce une utopie ? – c’est d’une action préventive, le plus en amont possible, c’est-à-dire dès la naissance (et même pendant la grossesse et au temps encore plus ancien du désir d’enfant), essentiellement donc pendant la petite enfance, de 0 à 3 ans, au moment où les choses, mine de rien, se précipitent, un temps où les progrès vont à un train d’enfer, où les besoins à satisfaire sont les plus impérieux – et pourtant les plus simples (bonheur relationnel, bien-être et sécurité physiques, stimulations sensorielles…)

Essayons ensemble d’élaborer un PEI-PE, un « Programme d’Enrichissement Instrumental Petite Enfance» - en fait un inventaire pragmatique fondé sur la connaissance théorique et l’expérience de savoir faire et être vécus, éprouvés – un PEI donc adapté à la toute petite enfance.

Le bébé qui vient de naître a déjà des outils qu’il mûrit depuis des mois de vie intra-utérine. A la naissance, il a tout un bagage, tout un équipement de capteurs sensoriels (goût et odorat, toucher, audition, vue) en bon état de « marche » et qui ne demandent qu’à servir, à être sollicités, encouragés, affinés. Tous ces flux de sensations captées et acheminées pour appréciation, analyse vers les 15 milliards de neurones du cerveau, vont être d’abord en quelque sorte subis mais de moins en moins passivement : les réactions vont se diversifier – pleurs, cris, sourires, mimiques – mais aussi et surtout mouvements. Car Bébé n’est pas fait que de capteurs sensoriels, il a aussi tout un équipement neuromusculaire aux ordres – de mieux en mieux obéis - du cerveau. Bébé réagit, Bébé bouge, remue, gigote… et Maman le sait bien depuis son 5ème mois de grossesse…
Ces sensations et ces possibilités motrices – de déplacement donc ( des yeux, de la tête, des bras et des jambes, puis de la main, des doigts) vont peu à peu se coordonner pour « jouer » du monde, des choses du réel, pour manipuler, ce qui provoquera en feedback des flots de sensations nouvelles qui conforteront ou contrediront, d’où peu à peu des « stratégies », des schèmes “prémédités” d’actions successives efficaces sous contrôle sensoriel, des enchainements de petites actions intentionnelles : c’est là que se situe la naissance de l’intelligence.

Etre intelligent c’est d’abord être ouvrier. Gloire et honneur à la main et à l’œil qui la conseille, et au cerveau qui en tâche de fond silencieuse ne cesse de coordonner… et de savourer l’ineffable plaisir qui en résulte en cas de réussite, ce plaisir qui alimentera le désir de recommencer, de varier, d’essayer à nouveau.
L’intelligence naît dans le triangle main - oeil - cerveau. Si la main est déficiente, la mémoire des actions accomplies par d’autres (enfants, adultes de l’entourage…), la “représentation” - le petit cinéma qu’il s’en fait - suffit à l’”intelligence” (la compréhension) du pouvoir de l’action, de l’intention préalable, sur le réel, pour le modifier, l’expérimenter. Si l’œil est déficient, la perception des sensations tactiles venues de la main, du corps, permet au cerveau de se faire une “image” de l’action, ainsi vécue, donc “vue” parce que “sentie”, dans le noir.
Les déficiences sensorimotrices, et même cérébrales peuvent toujours être au moins en partie compensées, contournées. L’intelligence naît toujours de l’emploi de plusieurs “outils” . Si un outillage manque ou est incomplet, on fait avec ce qu’on a. Ce qui est indispensable c’est d’avoir gardé intact le désir d’essayer, d’entreprendre : les bonheurs des petits handicapés pour leurs modestes réussites sont sans doute bien plus intenses que les nôtres, nous qui sommes souvent suréquipés et qui ne savons pas bien tirer le meilleur parti de notre riche dotation. Observez comme votre chien qui vous aime cherche à vous “lire”, à vous “entendre”, et comment malgré son absence de langage humain, il parvient à communiquer avec nous…
Je reviendrai longuement sur ce thème : Le tout petit ne cesse de lire et d’écrire.

Il n’y a de vraie pédagogie que celle du plaisir de la réussite.
Quand on veut éduquer, apprendre, il faut, toujours, savoir donner des occasions de réussites, organiser des « provocations » à agir, à tenter, à expérimenter, et qui ne soient pas des défis impossibles. La vraie générosité du pédagogue est de savoir se mettre au modeste niveau des petits “élèves”, et d’être même assez humble pour partager sincèrement leurs grands petits plaisirs.
Être pédagogue c’est avant tout être un passeur généreux.

Donc apprenons à donner à nos tout petits des occasions de réussites à la portée de leurs sensations et de leur motricité débutantes. Observons, guettons les « jeux » qui marchent, qui plaisent, qu’ils rejouent pendant des heures, des jours, dont ils ne se lassent que quand ils sont mûrs pour de nouvelles étapes. Nos images, vidéos, témoignages peu à peu rassemblés ( et datés par l’âge des « acteurs » ) seront autant de preuves de cette synergie plaisir/désir – jeu/action.

Épanouir pas cher
Images, vidéos, écrits, récits, idées… Montons ensemble pour le mieux-être des tout-petits une « banque » de témoignages en images fixes ou animées, en paroles personnelles ou rapportées, enregistrées ou écrites, une réserve des savoir-faire d’adultes (ou d’autres enfants, de la famille ou non)
Il faut que nos images, nos vidéos, nos témoignages ainsi rassemblés et commentés interpellent et motivent celles et ceux qui nous visiteront par la suite. Il est des images, des récits authentiques, qui valent tous les discours du monde.

Dans un prochain billet, je vous dirai les stratégies que nous pourrions mettre en oeuvre pour mieux “outiller” notre bébé blog, pour le rendre plus efficace - plus intelligent!… - pour les buts que nous poursuivons. Nous essaierons de mettre en place des outils, des procédés de collecte d’images, de vidéos, de témoignages.

Je termine par un appel:
Je recherche un document de 4 à 5 pages ronéotées que j’ai eu il y a bien longtemps, que je ne retrouve plus - je suis excellent en désordre…
Ce document émanait sans doute de l’UNESCO ou de l’OMEP (Organisation Mondiale pour l’Éducation Préscolaire). L’OMEP créée par des survivants de la seconde guerre mondiale s’est beaucoup préoccupée des progrès à faire de l’humanité et ils ont eu l’intuition que c’était dans le berceaux, dans les maternelles que se trouvait un possible meilleur avenir. Mais dans le contexte de misères et de privations de l’immédiat après-guerre, ils ont été amenés à beaucoup réfléchir à des solutions aussi simples et aussi peu onéreuses que possible pour épanouir l’intelligence des tout petits.
L’une de ces solutions privilégiées, objet de plusieurs congrès mondiaux de L’OMEP est le jeu.
Le document que je recherche donne des conseils en matière de jeux avec leurs tout petits à l’intention des mamans des pays les plus pauvres, les plus “primitifs”, et qui n’ont évidemment pas les moyens d’acheter des jouets, des contrées où le Père Noël ne s’égare pas…
Ces quelques pages nous seraient bien précieuses, elles seraient les bases de notre quête d’occasions de jeux, d’activités pour des enfants de la naissance à 3 ans. Elles disaient aux mamans comment jouer avec leur petit enfant avec des objets de la nature, des galets, des pierres de couleurs et de tailles divers, des feuilles, des noyaux, de simples bouts de bois, sans compter les jeux seul ou à deux avec les mains, les doigts, le corps et les multiples plaisirs sensoriels qu’il peut procurer.
Si nous ne retrouvons pas ce document, nous saurons bien en élaborer un ensemble, et il nous faudra penser à tous ces petits de couleurs et de langues si différentes et qui pourtant, tous, sans exception ont les potentialités des petits blancs. Et bien sûr aussi à tous nos petits de chez nous que la sournoise misère, de plus en plus envahissante, malmène et détruit parfois.
Je vous le disais, ce changement de regard implique un changement de société.

 

 

 

Projet de société

Donald Winnicott n’a pas été qu’un psychanalyste et un théoricien. Il a surtout d’abord été un praticien très pragmatique, un pédiatre, qui a élaboré ses théories, ses concepts les plus célèbres (objet transitionnel, environnement transitionnel, …) en observant et en soignant des bébés dans les bras de leur mère.
En 1940, Donald Winnicott a participé (avec Bowlby…) à l’organisation du plan d’évacuation vers des familles d’accueil à la campagne des enfants de Londres bombardé.
Il a alors découvert que certains enfants étaient incapables d’être “seuls“, c’est-à-dire qu’ils ne sentaient plus en eux la continuité affective de la relation passée, qui donc n’avait pas été assez gratifiante et assez structurante pour perdurer intérieurement malgré la séparation de fait. Ils ne pouvaient supporter la séparation de leur mère. La mère éloignée, pour ces petits infirmes du coeur, n’existait plus, il était vital, pour eux, comme pour un nouveau-né, de retrouver le contact apaisant. Et malgré le danger de mort, Winnicotte a estimé qu’il valait mieux les ramener chez eux.
C’est de cette expérience douloureuse qu’est née sa théorie de la tendance anti-sociale, à l’origine selon lui de la délinquence:
Quand l’environnement maternel, familial, social, est déficient, (on sait que pour DW, la “mère” c’est peu à peu tout cet environnement de personnes, de contextes relationnels, affectifs), quand ce contexte socio-affectif est défaillant, donc frustrant, il y a peu à peu une accumulation de manques, de souffrances diffuses, et la tendance anti-sociale” est une demande, une revendication dirigée, souvent maladroitement, contre l’entourage, voire la société toute entière.
Une chose est évidente: Le bébé, dès sa naissance a le besoin vital d’une “mère” disponible et la mère a un besoin aussi vif d’un bébé réceptif qui lui renvoie par son bonheur de vivre, son épanouissement, une image de “bonne mère” gratifiante. Ce n’est que dans ces conditions que va s’organiser dans un espace de “jeu” transitionnel leur “séparation” progressive, chacun retrouvant une liberté acceptée et heureuse car habitée par la certitude d’une continuité du lien affectif, donc de la “présence”, indiscutable malgré la distance.

Winnicott a éléboré ce concept de tendance anti-sociale, à la faveur (si on peut dire) de la catastrophe qu’est une guerre, de la violence extrême infligée par des bombardements.
Mais des bombardements, une guerre, sont des violences dont on peut percevoir assez clairement les causes, les responsabilités.
D’ailleurs ces pauvres enfants souffraient bien davantage de la séparation de leur famille que de la peur des bombes.
Ils avaient été les victimes d’une catastrophe moins spectaculaire que les dégâts de la guerre, mais sans doute plus grave, puisqu’elle leur faisait prendre des risques insensés, en tout cas beaucoup plus insidieuse: le manque de disponibilité de leur mère dans leur toute première enfance au moment où se nouent les attachements précoces, ces liens de chair et d’âme qui nourriront les résistances, les forces de ceux qui sauront supporter les détachements corporels, les absences, les éloignements.

Il est des guerres sournoises qui se multiplient dans nos sociétés modernes et qui engendrent à foison des insécurités affectives et matérielles qu’on ne sait pas maîtriser, des précarités imprévisibles, car on ne sait pas d’où vient le mal, ni d’où, ni quand viendra le risque de malheur, de catastrophe. Les enfants souffrent jusqu’à l’adolescence bien plus qu’ils ne le montrent, encore plus qu’on ne l’imagine: c’est chez eux que se révèlent les failles, les fragilités, les vulnérabilités qu’a pu installer une toute première enfance sans plénitude.
Et les mères souffrent tout autant que leurs tout petits, et que leurs plus grands, car une mère se réalise dans une maternité réussie (à ses yeux, selon son coeur), ce maternage qui se prolonge quelques mois après la naissance du petit d’homme si longtemps inachevé.
Maman et Bébé ne font qu’un et ce bloc, pour quelques semaines fusionnel, a besoin d’un temps de paix pour une exclusivité réciproque, au moins d’un armistice, d’une trève des tensions, des conflits affectifs et socio-économiques.
Il va nous falloir réinventer une société plus humaine, comme nous sommes en train - peut-être n’est-il pas trop tard? - de réinventer une écologie fondée sur le bon sens, ce pragmatisme nourri de l’expérience qu’avait si bien Winnicott.
Il va nous falloir sauver la planète famille, celle où s’élaborent les potions magiques de la résilience, qui donnent, pour longtemps et chaque fois qu’il le faut, force et désir de vivre et de survivre.

Faisons le point

Un site encore bien imparfait, lui-même dans sa toute petite enfance.

Comme un tout petit enfant, il a bien besoin pour vivre, grandir et progresser, de la protection, de l’aide et de la bienveillance de son entourage, de vous donc qui me lisez en ce moment.

Un site que vous allez aider, soutenir

www.toutpetits.wordpress.com est, comme on dit, « en construction », et je ne sais pas encore y intégrer cette information temporaire… et le chantier de « construction » est loin d’être terminé, je vais encore modifier son apparence, sa structure, ses possibilités.

Aussi, ne vous découragez pas, s’il est inaccessible, c’est que j’y bricole à ce moment précis, il faut patienter un peu, revenir plus tard, cliquer à nouveau, et souvent, sur le lien, essayer une recherche par mots clés : ça doit marcher… Et croyez bien que j’y ajouterai fréquemment un maximum d’informations et de références intéressantes et utiles, de liens vers d’autres pages ou d’autres sites. J’y mettrai beaucoup d’énergie et une grande conviction étayée par l’expérience de toute une carrière d’enseignant puis de psychologue scolaire.

Un site qui ne sera pas que d’information et de documentation

Certes, je vous apporterai tout ce qui me semblera utile, tout ce que vous demanderez, et nous visiterons ensemble bien des sites amis, mais dans un esprit que j’espère différent :

Un site participatif, collaboratif, qui sera une construction collective

Ensemble, avec amour et avec la compétence que génère l’intelligence collective, nous essaierons de faire de notre bébé site un grand et beau site dont nous serons fiers.

Nous en serons légitimement fiers
- parce que chacun de nous, du simple lecteur au contributeur le plus actif, aura conscience de ne pas être qu’un simple consommateur d’informations, de renseignements ;

- parce que chacun, chacune aura aussi la volonté affirmée d’un « passage à l’acte social », l’intention de faire bouger les choses, d’interpeller les décideurs, de donner l’exemple d’un militantisme généreux qui ne se contente pas de « y’aurait qu’à »…Et nous serons heureux et fiers de le faire connaître…
- à nos amis et relations;
- aux organismes qui ont un pouvoir de diffusion, d’affichage…
- aux responsables en charge de groupes de [tout] jeunes enfants (crèches, pouponnières, écoles, bibliothèques…);
- aux sites et blogs amis.

…de le mettre en pratique, en action, de l’appliquer
- à nous-même : vous verrez que cet engagement, ces convictions partagées nous transformeront peu à peu, nous rendront plus altruiste, davantage tourné vers les autres, plus attentif, plus solidaire;
- aux autres : aux tout petits enfants bien sûr, ceux qui partagent votre vie, ceux que vous croiserez, si peu que ce soi; à l’entourage immédiat de ces tout petits (parents, famille élargie… ); à la société que constitue votre quartier, votre rue, ce « village qu’il faut tout entier pour élever un enfant »; à notre société tout entière, au monde dans lequel nous vivons avec ces tout petits que nous y avons fait naître et pour qui, au jour de leur naissance, nous avons contracté une dette considérable, individuelle et collective, un devoir de finition, des tâches d’achèvement, d’amélioration, en un mot une énorme responsabilité tant ils sont dépendants de notre bon vouloir et de notre pouvoir d’adultes.

 

Relisez les 4 ou 5 premiers articles et vous percevrez les lignes de force qui sous-tendent mes propos, l’expérience et les convictions qui motivent mon engagement à réaliser ce site, engagement, qui sera très vite le vôtre aussi, je le souhaite et l’espère vivement, et par avance je vous remercie de votre sympathie, de vos critiques constructives et de votre participation active.