Jeux de Tout Petit : les couleurs du printemps au jardin

En ce début de printemps, nous-mêmes, adultes et grands enfants, sommes assaillis de sensations de tous ordres. Surtout n’en privons pas nos tout petits.
Sortons au jardin, dès qu’il fait beau, notre tout petit, en poussette s’il ne marche pas encore, à pied, bien botté si c’est déjà un grand ou une grande. N’oublions pas les aînés qui vont déjà à la maternelle.
Équipons-nous d’un bon sécateur, et de temps en temps, après avoir beaucoup admiré, senti, parlé, prélevons, une brindille, un rameau de 10 A 20 cm, feuillu et/ou fleuri, et faisons que ce soit notre tout petit qui le mette dans un grand sac plastique. Un appareil photo numérique, une caméra permettront de « saisir » des objets et des séquences précieuses, comme par la suite de mémoriser les rangements qu’on pourra faire éventuellement.

Relisez le précédent billet « ToutPetits-Jeux (TpJx) : Jeux de rien, jeux de tout » et voyez la collecte de rameaux feuillus, fleuris ou non que nous avons faite.
Mais ce bain de nature renaissante, cette immersion dans la douceur et la beauté printanières ne se réduit pas aux quelques images que vous pouvez voir (« Images TpJx) dans la marge de gauche du blog, mais aussi ici, dans notre galerie Flickr « Fleurs et feuilles : les couleurs du jardin de Toutpetits ». Cet album, vous pouvez l’organiser en diaporama, à partir de Flickr ou en visualiser une à une chaque image.
Mais chacun de vous saura, aidé des aînés, en tirer bien d’autres richesses, bien d’autres manières de sensibiliser les tout petits à la richesse et à l’infinie diversité du réel, aux similitudes, ressemblances, comme aux différences qu’on y perçoit, ce « jeu » qu’il faut introduire dans la globalité originelle pour une compréhension de plus en plus fine.
Ce plaisir d’essais de catégorisations, de classifications par similitudes et contrastes n’est que la dernière étape de cette glane, de cette promenade, de ce bain dans la nature.
Et on peut « récolter » bien d’autres trésors selon les hasards, les chances de la sortie.

Tout d’abord, il y a le bonheur, le bien-être, le plaisir et le désir d’encore plus de plaisir.
Tout Petit reconnaît parfaitement les préparatifs d’une sortie, d’une promenade : pas mieux et pas moins que votre chien quand vous prononcez certains mots, quand vous décrochez sa laisse… D’ailleurs, il faut que vous l’invitiez à cette sortie au jardin : vous verrez qu’il y participera avec autant de bonheur que vos enfants, et que sa présence contribuera à la plénitude du plaisir collectif. Et si Papa est là lui aussi, alors…
Les tout petits sont particulièrement sensibles au monde végétal vivant. Écoutez Françoise Dolto :
« Si vous voulez déclencher la joie chez un bébé atone et qui semble ignorer le sourire, montres-lui une feuille de marronnier, une feuille de caoutchouc, une banale plante verte d’appartement : vous verrez ce petit, qui n’avait jamais souri, s’exalter, respirer à larges poumons et donner les preuves d’un échange réel qu’il semblait jusque-là n’avoir jamais connu. Ceci est extrêmement intéressant, car à cet âge où l’enfant ne voit pas à proprement parler, nous constatons cependant qu’il se passe quelque chose de merveilleusement exaltant, de tout à fait salutaire entre lui et les plantes, sans pouvoir définir précisément cet échange. » Dans le paragraphe suivant de ce précieux livre (« Les étapes majeures de l’enfance » Gallimard, Folio essais p 350), Françoise Dolto illustre encore mieux la force exaltante et stabilisatrice de ce contact enfant / monde végétal (un peu sans doute ce que permet un animal, un chien, un poney, pour un enfant autiste), et elle termine ainsi: « Que se passe-t-il ? Un échange certainement. Et tout dans l’enfant prouve l’activité de cet échange, échange physiologique d’abord, puis l’expression typiquement humaine qu’est la mimique même du sourire. »

Toute sortie en plein air avec un tout petit doit être pour lui un temps bref et dense d’exaltation, de stimulation, d’éveil sensoriel, de découvertes, et non pas comme trop souvent, un moment de sieste, une sorte d’anesthésie commode par l’oxygène de l’air plus pur.

Essayons de faire un inventaire de ce déferlement sensoriel qui submerge le tout petit (qui est loin d’être blasé comme nous).
Pour tout cela il faudra vous aussi vous exalter, vous enthousiasmer, participer comme si vous sortiez de prison, comme si vous débarquiez dans un jardin d’Eden. Ces sensations affectives, cette bulle de plaisir contagieux qui va vous entourer, c’est le gage certain d’un enrichissement pour votre tout petit. Mais aussi pour les plus grands : les joies sincères et partagées sont les plus intenses, les plus vraies, les plus apaisantes.

Alors ne soyez pas avare de vos « Oh c’est beau ! c’est joli ! Comme elles sont bien rangées ces feuilles sur la branche !, hum! ça sent bon”…
Sensations tactiles passives : L’air, le vent, la fraîcheur, la chaleur des zones ensoleillées, l’humidité de quelques gouttes tombées des branchages ou demeurées sur les rameaux cueillis, la caresse des feuilles, des menus rameaux promenés sur la main, le bras, le visage…
Sensations tactiles actives (souvent coordonnées avec le plaisir visuel des formes et des couleurs, les abeilles sur les fleurs, les merles affairés sur la pelouse, et la découverte provoquée, renouvelée des parfums…
Tout ce qui est saisi, manipulé, décortiqué, effeuillé, mais aussi porté à la bouche (attention !)
Sensations auditives : Le vent encore, le murmure, les bruissements divers selon les arbres, des bourdonnements d’insectes, des chants d’oiseaux, des voix, des bruits familiers plus ou moins connus et reconnus selon l’âge…

Et bien sûr, en fonction de l’âge, n’hésitez pas à employer les mots qui donnent leur identité aux choses, aux sensations (c’est beau, joli, j’aime bien cette odeur), les noms de couleurs, de quelques arbres typiques, les abeilles…) Là aussi, il faut parler vrai: parler juste et sincère.

Tout cela – et vous découvrirez bien d’autres sources possibles de jeux de connaissance, reconnaissance, discrimination - dans un climat de plaisir partagé.

C’est ce climat positif de plaisir qui persistera un peu plus tard, quand vous reprendrez votre « moisson » de souvenirs, d’objets concrets, bien réels, avec lesquels nous allons jouer, avec l’aide des plus grands.

Nos jeux, dans cette seconde phase seront surtout la redécouverte des joies et des sensations tactiles, visuelles, olfactives déjà vécues – même les bruissements en demandant par exemple à un grand de faire le vent, en agitant un rameau de conifère…

La partie classement, catégorisation que vous voyez dans les images que j’ai jointes au blog et dans notre galerie de Flickr, n’est pas l’essentiel pour vos tout petits de moins de 3 ans.
L’essentiel pour eux cela a été le plaisir partagé puis retrouvé quelques heures ou quelques jours après.
Les plus grands, les cracks de la maternelle ou des petites classes du primaire, se feront une joie de présider au tri des rameaux, à leur rangement dans des « petites maisons » rouges, vertes, jaunes… Vous aurez facilement la chance de trouver bien d’autres nuances de couleurs dans vos jardins, surtout si vous avez quelques parterres de tulipes parsemés de pétales. Ce serait bien que ce soit le geste (guidé au besoin et commenté par le plus grand) du tout petit qui place dans sa maison le rameau dont on parle. Soyez sûrs, que comme en classe à plusieurs divisions, les grands sont d’excellents pédagogues et savent trouver les mots pour faire comprendre quelque chose à un plus petit.

Vous l’avez compris, une foule de rangements, de catégorisations sont possibles avec le même « matériel » ; et on n’est pas non plus obligé de tout trier, de tout catégoriser : ainsi les nuances sont une étape importante, mais la réussite ou l’échec ne prouve en rien précocité ou retard intellectuel : l’essentiel c’est de toucher, de bricoler, d’ordonner un réel multiforme, multicritères, toujours dans la joie et dans la conscience d’un progrès, d’un enrichissement, d’une meilleure connaissance.

Photographiez, filmez ces moments de bonheur. Vos glanes, vos « exploitations » seront forcément différentes.
Ce serait vraiment très bien si vous les joigniez à la galerie Flickr. Prenez la peine de la visiter, de l’explorer, d’y tenter des envois de vos images. Voyez en particulier la « Foire aux questions » (la FAQ) ainsi que les « outils » offerts par le logiciel Flickr (le logiciel de téléchargement de vos photos :
Flickr Uploadr 3.0 qui fonctionne pour Windows Vista et XP, ainsi que La Galerie de photos Windows Live est « la nouvelle application de gestion photos gratuite de Microsoft. Elle facilite le téléchargement des photos de votre appareil ou carte mémoire, leur édition ou rognage, et les télécharge directement dans Flickr. » Vous pourrez ranger votre série de photos dans un « album » que vous pourrez nommer, assortir chacune des photos de votre album d’un titre et de « tags » (de mots-clé)… C’est impressionnant de puissance (plus de 3000 nouvelles photos chaque minute, plus de 3 milliards au total. Profitez-en, régalez-vous !).

ToutPetits-Jeux (TpJx) : Jeux de rien, jeux de tout

Relisons d’abord cette page « Jouer avec rien, jouer avec tout », et celle-ci aussi, déjà plus pratique : « Des intentions à l’action »
Cette page de rien contient tout l’essentiel de ce dont il faut être persuadé : L’intelligence d’un petit d’homme se construit dès la naissance, et sitôt que la main devient capable de tenir et que le regard se coordonne pour profiter des trouvailles de la main et des manipulations, le déjà formidable cerveau est envahi de sensations visuelles, tactiles… que tant bien que mal - mais en tout cas de mieux en mieux à mesure des tâtonnements - il analyse, coordonne, mémorise. C’est dans ce triangle main / œil / pensée que se sont forgés, que se forgeront tous les génies de l’humanité, passés et à venir. Cela va durer jusqu’à l’adolescence : alors le cerveau tout puissant, fort de son vécu concret, saura se passer de la main et de l’œil (sinon pour mémoriser par écrit le cheminement de ses hypothèses). C’est alors que le « tu vois ? » prend toute sa valeur de représentation.
Mais dès les tout débuts de la préhension, du déliement digital et de la coordination oculomotrice, étymologiquement, déjà, comprendre c’est prendre avec soi.

Comprendre c’est incorporer. Incorporer le réel comme une indispensable nourriture.
L’enfant est insatiable de ces interminables
festins de sensations. La pensée seule de l’enfant tourne vite à vide. Car ces boulimies sensorielles sont assorties de plaisirs immédiats. Le plaisir ressenti est alors la récompense de l’action entreprise, si modeste, si élémentaire et sensorimotrice soit-elle. Et ce plaisir-conséquence est le moteur d’un désir causal qui va relancer l’action de nos petits maniaques qui vont répéter jusqu’à épuisement de tout leur suc de bonheur leurs petits schèmes de rien du tout. Mais petit schème deviendra schéma, puis équation, puis plan puis création : la boucle sera bouclée, du réel initial, donné, au réel repensé, modifié, amélioré.

Alors soyons bons et généreux avec nos tout petits : Soyons les parents nourriciers de leur intelligence en devenir. Parce qu’aussi précieux que le lait maternel dont ils vont faire les fibres de leur corps, abreuvons-les de ce cocktail précieux de sensations, et de paroles, de mots, dont ils vont tisser les fibres de leur intelligence.

Parlons à nos tout petits, dès leur naissance. Et soyons de bons acteurs qui jouent sincèrement leur rôle mais en n’ayant pas peur d’en rajouter. Soyons enthousiastes pour eux, comme eux. Commentons nos actions, leurs réactions, leur plaisirs ou leurs petits chagrins d’échecs, leurs impatiences. Cette empathie profonde, cette communion dans un plaisir sans doute quelque peu régressif et bêtifiant (vu de l’extérieur), mais en tout cas partagé, c’est cela la signature de la réussite pour un tout petit, un bonheur dont il ne se lasse ni se fatigue jamais.

Le critère est simple : Bébé est heureux, cela se voit, s’entend, se sent. Il en redemande et n’est pas dans un état de trop grande excitation. Il sourit, rit, jubile, frémit souvent de tout son corps, agite bras et jambes pour bien montrer son désir de participer. Sa fatigue, alors, est une saine fatigue sans refus du sommeil qui le saisit soudain. Et soyez sûr que les « jeux », l’action et le plaisir et leur « digestion », leur affinement, leur maîtrise, vont se poursuivre dans les phases de rêves où vous serez quelque peu mêlés.

Demain, en poussette, à cou, - ou à pied si on est déjà grand -, nous sortirons avec Tout Petit et ses aînés déjà en maternelle, et nous irons ensemble dans le jardin, jouer avec les couleurs du printemps.
En attendant, jetez un œil sur cette cueillette de rameaux que Val (4;6) et moi avons faite en pensant à ce qui pourrait bien plaire à un vraiment tout petit.

Un PEI-« T »PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la « Toute » Petite Enfance (0-3 ans)

Précisions :
Dans le billet du 8 janvier
concernant Reuven Feuërstein, je regrettais qu’il y ait parfois une exploitation commerciale de ses idées, ce qui ne peut que favoriser un certain élitisme :

« Il est utile de savoir la récupération « marchande » qui a été faite des techniques de Feuërstein : il est bon pour un cadre (adulte donc et bac ++, on est loin des orphelins de déportés ou des juifs d’Éthiopie) de faire un stage PEI. Ce qui prouve à coup sûr que ces outils d’enrichissement instrumental ne sont pas que d’acquisition, mais que surtout ils génèrent des attitudes efficaces dans la confrontation aux problèmes à résoudre, des stratégies performantes d’apprentissage, d’acculturation. Que des adultes décideurs progressent n’est pas en soi une mauvaise chose, mais cela risque de les conforter dans un sentiment de supériorité et de donner à penser que ces techniques nécessiteraient une intelligence adulte déjà bien en place, ce qui est une erreur fondamentale. L’apport le plus précieux de Feuërstein concerne chez les enfants en grande difficulté la remédiation intellectuelle, la restauration des attitudes de confiance en soi par l’évidence de réussites, l’importance de la médiation (le « passage », la transmission de savoirs, de compétences, d’attitudes) dans cette relation triangulaire : enfant, connaissance, médiateur. »

Dans un autre billet du 8 février, j’exprimais mon souhait d’un PEI destiné à la petite enfance et que j’intitulais :
Un PEI-PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la Petite Enfance :

« Ce dont je rêve, comme je n’ai cessé de le faire - est-ce une utopie ? – c’est d’une action préventive, le plus en amont possible, c’est-à-dire dès la naissance (et même pendant la grossesse et au temps encore plus ancien du désir d’enfant), essentiellement donc pendant la petite enfance, de 0 à 3 ans, au moment où les choses, mine de rien, se précipitent, un temps où les progrès vont à un train d’enfer, où les besoins à satisfaire sont les plus impérieux – et pourtant les plus simples (bonheur relationnel, bien-être et sécurité physiques, stimulations sensorielles…)
Essayons ensemble d’élaborer un PEI-PE, un « Programme d’Enrichissement Instrumental Petite Enfance» - en fait un inventaire pragmatique fondé sur la connaissance théorique et l’expérience de savoir faire et être vécus, éprouvés – un PEI donc adapté à la toute petite enfance. »

J’ai reçu récemment une information sur des stages PEI de 5 jours (sensibilisation de parents et de futurs médiateurs) concernant la petite enfance à partir de 3 ans) :
Et on m’informe, suite sans doute à la lecture du paragraphe ci-dessus, avoir lu avec intérêt ma « demande de PEI pour la petite enfance », et que mon «vœu est exaucé ».

Cependant les stages proposés aux adultes à Paris et répercutés localement aux enfants sont bien loin d’être gratuits.
Je ne nie pas qu’ils puissent être d’un grand secours à des parents anxieux et à leurs enfants en difficulté.
Mais je crains deux dérives possibles : une sélection par l’argent et surtout peut-être la tentation d’un forcing précoce.

Voilà pourquoi je crois devoir apporter une dernière fois des précisions sur mon projet de PEI-PE :
Il est destiné aux tout petits, c’est
« un PEI donc adapté à la toute petite enfance. », de 0 à 3 ans.
Les fondamentaux de ce PEI-
TPE :

  • Il est destiné à tous les enfants, de 0 à 3 ans, en particulier les plus défavorisés, donc entièrement gratuit et bénévole – ce qui n’exclut pas l’efficacité.
  • Il voit dans la maman et l’entourage proche de la toute première enfance les médiateurs naturellement compétents de tous les premiers apprentissages ;
  • Il vise à prévenir massivement les souffrances liées aux difficultés et à l’échec possibles à l’école ;
  • Il refuse toute idée de forcing précoce (un critère absolu : le plaisir évident d’un enfant de plus en plus épanoui et équilibré) ;
  • Il souhaite sensibiliser les décideurs à l’importance des contextes sociaux de la petite enfance

Ceux qui me suivent depuis les débuts de ce blog (3 mois déjà, 2000 visites…) ont bien compris que la générosité, l’altruisme et la lucidité sont des qualités essentielles à ce projet qui est, je le précise une dernière fois, un
Programme d’Enrichissement Instrumental de la Toute Petite Enfance.

Quelques conseils pour terminer :
Notez (rien de plus volatile que la mémoire !) vos idées de conseils, d’actions possibles pour cet « enrichissement instrumental des tout petits ». Faites, comme le conseille Feuërstein, des canevas, des tableaux, des plans :

  • Selon les « instruments » du tout petit
    • Ses sensations
      • Vue
      • Toucher
      • Goût
      • Audition
      • Odorat
    • Son action
      • Schèmes sensorimoteurs
      • Activités, motricité (déplacements, marche, explorations)
      • Intelligence sensorimotrice, essais, expériences, touche à tout…
      • Ses jeux
      • La parole
    • Son équilibre, son épanouissement corporel
    • Son affectivté
  • Ses acquisitions, ses progrès à noter, à « guetter »
    • Le gazouillis, la parole
    • L’objet permanent
    • La fonction représentative
      • Le faire semblant
      • Les jeux
      • La mémorisation
      • Les premiers gribouillages et « dessins »
  • Le tout petit seul
  • Les partenaires du tout petit (les divers contextes relationnels)
    • Des personnes
      • Lui-même
      • D’autres enfants
      • Sa fratrie, ses parents, ses proches
      • Des inconnus
    • Des animaux
    • Des objets
      • Seins, doigts, main…
      • Objets de hasard
      • Jouets
  • Selon l’âge du tout petit, ses “étapes”
    • Avant la naissance
    • À la maternité
    • Les 3 premiers mois
    • Le « ramper »
    • La marche…
  • Selon les lieux
    • Berceau, lit, poussette
    • Chambre
    • Maison
    • Extérieur
    • Quartier
      • Rues, espaces verts
      • Magasins, grande surface, cafétéria, restaurant…
    • Lieux inconnus
    • Chez des parents, des voisins
  • Selon les saisons

Il s’agit, pour chacune de ces « cases » de ces quelques tableaux donnés en exemple, d’imaginer, ou mieux, de se remémorer des activités de stimulation, d’encouragement du tout petit à partir plus confiant à la conquête du réel, en veillant toujours à son équilibre affectif et relationnel.
N’oubliez pas que l’on oublie vite : Jules Renard disait « Il faut saisir l’idée fuyante et lui écraser le nez sur le papier. »

Alors, à vos tableaux et à vos notes, et prenons l’habitude d’échanger. Vous savez comment me joindre :
toutpetits@hotmail.fr

Protection du site : J’ai dû m’y résoudre.
Copyrightdepôt

A


Des intentions à l’action.


Dans les premiers articles, je vous ai exprimé ma passion pour ce thème de la petite enfance de 0 à 3 ans, j’y ai mêlé théorie et convictions personnelles basées sur une longue expérience.

Nous savons maintenant que les outils de compréhension du futur écolier, puis de l’étudiant, de l’adulte, cela se forge et s’affine tout au long de la vie, mais que cela commence dès le jour de la naissance et, nous le verrons longuement, pendant la grossesse.

Nous savons que les progrès de ce petit bout qui n’a l’air de rien, tout démuni et dépendant qu’il est, sont fulgurants au début : L’école qui accueille un petit ignorant scolaire reçoit en fait un savant potentiel, fort déjà d’un outillage exceptionnel (et le cousin primate est définitivement distancé), fort aussi de sa motivation, de son désir de conquêtes.

Et ce bagage de compétences, d’aptitudes et d’attitudes, c’est la famille, souvent seule, trop seule, qui l’en a équipé.

Maintenant, nous allons ensemble essayer de passer à la pratique :

Comment aider un tout petit, ses parents, sa famille, la société ?

Ne nous croyons pas incompétents:

Par exemple, les parents ne sont pas des linguistes, et pourtant une mère aimante encourage toujours son tout petit à gazouiller, à faire ses areu, agueu, ba ba ba, ga ga ga, papapa… Elle se moque bien des imprécisions de l’articulation et de toute la phonétique. Elle parle à son petit bout une langue (qu’il faudrait enregistrer, filmer, en fait, puisqu’elle est riche aussi d’une infinité de mimiques) et que certains ont appelé le « mamanais » (une sorte de javanais…). L’essentiel de ce qu’il y a à comprendre dans ces dialogues passe parfaitement. Maman saisit très bien ce que Bébé lui « dit » et Bébé ne rate pas une miette du « discours » de maman : je t’aime, moi aussi, nous sommes un lingot d’amour en fusion. Fusion, effusions, confusion, il va bientôt falloir, dans quelques semaines commencer à sortir de cet amour fusionnel, afin que bébé débute son autonomie, que maman délaisse moins papa et les aîné(e)s…

Donc n’ayons pas peur, le miracle du progrès est facile : la potion magique, les sels du bain magique qui agissent à tous coups ce sont amour, affection, quiétude. Nous savons cela, surtout si nous sommes parents, grand-parents. Nous savons, nous avons su. Il suffit de vouloir et d’y croire même si ça n’a rien de spectaculaire, comme toute action qui se veut préventive (le pompier est toujours plus populaire que le vendeur d’extincteurs).

Donc, au travail, ensemble.

Partageons nos expériences, évoquons nos souvenirs, tout ce qui a « marché ». Le critère ? ça plaît à bébé, il ne s’en lasse pas, il tire tout le plaisir possible de quelque chose de nouveau, et presque toujours, la nouveauté, il adoooore ! à condition que ce soit à sa portée: sensation ( contact, son, goût, vue…), activité…

 

« Le métier de l’enfant c’est le jeu » (Pauline Kergomard, inspectrice générale des écoles maternelles)

Le jeu, c’est le contraire de l’inertie. S’il y a du jeu dans un assemblage, ça remue, ça peut bouger. Le nouveau-né ne cesse de se mouvoir, de bouger, de faire jouer ses articulations (celles qu’il peut). Le jeu, c’est l’activité, c’est la vie

Au début donc, bébé va jouer de son regard, même s’il est bien imparfait. Il va faire jouer ses bras, ses jambes : une infinité de sensations dont va jouer son cerveau. Souvent son corps joue tout seul, et parfois mal (coliques, douleurs).

Il va faire jouer ses poumons et faire jouer son souffle sur ses cordes vocales, premiers cris, et dès qu’il y a maîtrise du souffle et des sensations / perceptions qui en résultent, premiers sons quasi voulus, presque intentionnels, en remerciement pourrait-on dire de la qualité de la relation.

Comprenons bien : Pour « saisir » le monde, comment ça marche, il faut le tâter, tâtonner, faire bouger les uns par rapport aux autres les quelques éléments à sa portée. Bébé doit mettre en relation les choses, il doit expérimenter.

Bébé futur savant est toujours dans son labo, dans son atelier, il ne se lasse pas de bricoler avec ce vaste meccano dont les pièces ne sont pas que des objets. Le résultat n’est pas au début quelque chose de concret, de tangible, de photographiable, comme une tour de 3 cubes. Maman, papa, vous, un frère, le chat, voilà des « pièces » des tout premiers assemblages, perçues et « analysées » - ce sera le « jeu » des neurones (il y en a tout de même déjà 100 milliards dans cette petite grosse tête, elles vont générer des sensations diverses.

Le bébé, le tout petit ne cesse de jouer, il joue de ses savoir faire, il fait jouer ses « outils » (main, puis doigts aidés du regard). Peu à peu, il prend plaisir à certaines séries, certains enchaînements d’actions-sensation, et il les répète jusqu’à épuisement de tout le suc de plaisir possible : c’est ça au tout début, l’intelligence sensori-motrice, des petites combinaisons action / sensation-observation du résultat. Les spécialistes appellent cela des schèmes sensori-moteurs, nous on pourra dire qu’un schème c’est un petit scénario qu’il se répète jusqu’à satiété (c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il découvre (souvent par hasard) une amélioration, une variante… Et vous verrez qu’on va finir par un beau et grand film qui sera primé aux oscars – par maman à coup sûr.

Ah ! certes au début, le metteur en scène n’est vraiment qu’un grand débutant : des séries de « gestes » qui tiennent plus de la décharge motrice involontaire, de la secousse nerveuse que de l’intention. Mais un jour il agrippe quelque chose, coin de drap, de doudou, et il secoue, il remue, surtout si en plus, merveille, ça fait du bruit, et parfois même de la musique.

Comprenons bien que nous, qui l’entourons, nous sommes des partenaires, souvent inconscients, involontaires de ces « jeux ». Mais nous pouvons aussi, intentionnellement être acteurs / partenaires de ces échanges sensorimoteurs. Ainsi ma motricité d’adulte qui caresse, qui fait des mimiques, qui émet des sons en « bêtifiant, qui prend, qui berce… peut engendrer des flots de sensations auxquelles il prendra goût, qu’il souhaitera voir se répéter.

 

Donc, si vous le voulez bien, nous allons faire une sorte de collection de tout ce que chacun de nous a senti comme efficace, positif, constructif pour un tout petit. Critères absolus : l’intérêt, l’attention, le plaisir, le désir que ça recommence, le progrès engendré - pas toujours évident.

En pratique, avant que le blog soit équipé d’un système de forum, faites partager vos expériences en ajoutant au bas de ce billet un « commentaire ».

Exemple :

Pierre (0;7) il est assis dans son transat, il enlève la serviette que j’ai mise sur son doudou. C’est la première fois qu’il le fait si bien exprès…

La langue maternelle

La langue maternelle, « ce doux ramage humain », la langue universelle du cœur que comprennent tous les nouveaux-nés

Quand il naît, le tout petit bébé quitte un monde protégé, tiède et confortable : il était jusqu’alors dans un milieu liquide, où tout de la violence du monde extérieur était atténuée : les bruits (mais il reconnaissait parfaitement et depuis belle lurette la chaude voix de maman et la forte voix de papa – dans son dernier mois de son bail intra utérin, bébé passerait dit-on 95% de son temps à « écouter », les voix en particulier) ; bien amortis aussi les chocs, les secousses… : on ne fait pas mieux qu’un utérus comme « waterbag »… ; quant aux écarts de température : un petit 37 quasi constant, parfaite la clim… C’était le paradis, ça ne pouvait pas durer…

A peine poussé son 1er cri, Petit-Bout est assailli de sensations déplaisantes : quel froid au sortir du hammam à 37 ! que de bruit ! on a déréglé la sono…, et cette lumières, ces sunlights !, et puis on le tourne, on le retourne, on le frotte, on l’explore, parfois on le pique au talon, déjà la souffrance…

Par bonheur, dans ce monde hostile où ce petit d’homme n’aurait seul aucune chance de survivre, il y a un havre de paix, de sécurité, de réconfort après tant d’épreuves : les bras de maman, sa tiédeur, et surtout son odeur, unique, et sa voix, reconnue, si apaisante.

Oui, pour ce tout petit si vulnérable, ce sont des sensations qui déjà vont le rassurer, le structurer, commencer à le réconcilier avec ce monde si violent, où tout n’est que fluctuations si longtemps imprévisibles, un monde qu’il va falloir dès maintenant commencer à « lire », à déchiffrer, à connaître et reconnaître pour lui donner du sens :

L’odeur de maman, sa carte d’identité : Il faut savoir qu’un nouveau né encore tout gluant, placé sur le ventre de maman se met à ramper, est capable, seul, guidé par son odorat, d’atteindre un sein et de se mettre à téter, à aspirer ce merveilleux nectar qu’est le lait maternel, lui qui était nourri-branché en permanence et qui n’avait pour entraîner ses instincts de succion et de déglutition que ses doigts (le pouce déjà souvent préféré) et le liquide amniotique.

La voix de maman, maman fatiguée souvent, mais toujours émue de voir enfin ce tout petit d’elle, et qui se met à lui « parler », à lui dire des choses qu’elle seule sait lui roucouler, lui murmurer comme en confidence. Oui dans ces premiers contacts, le langage humain est bien un ramage, comme le dit si joliment Paul Osterrieth, fait de petits bruits, de petits rires, de petits mots décousus, de vocalises amoureuses. Au total, ce long message de bienvenue est un monologue amoureux, assurément longuement mûri, révé, mais c’est aussi le duo de deux coeurs en harmonie.

Toutes les mères, humaines comme animales, ont cette infinie douceur pour accueillir leurs petits, et toutes savent les envelopper dans un bain de chaude tendresse faite de tiédeur, d’affection, de langage amoureux.

Cette langue d’accueil des tout petits est universelle, et c’est cette qualité commune d’amour qui fait que des femelles animales savent élever des petits qui ne sont pas de leur espèce et parfois même des petits Mowgli des Indes, des petits Victor de l’Aveyron. Nous reparlerons bien sûr, longuement des « enfants sauvages ».

Alors, qui que nous soyons pour ce nouveau-né, parents proches ou lointains, visiteurs, voisins, amis de la famille, intervenants dans les premiers jours de son existence, sachons bien que tous nos comportements positifs compteront pour son équilibre présent et ultérieur et que tout cela pèsera pour compenser les souffrances, les frustrations, les épreuves qui ne manqueront pas.

Cette langue maternelle c’est celle du cœur, celle qui n’a pas besoin d’être comprise, c’est la langue des mères à leurs bébés, celle que peu à peu elle leur apprendra, elle et son entourage ; c’est la langue du pays où on naît, où on passe son enfance. C’est cette musique ineffable qui émeut tant les exilés, les prisonniers, quand soudain ils l’entendent dans le brouhaha à peine perçu des étrangers.

Demain, je vous parlerai d’une autre langue, sans doute aussi précieuse à un enfant que sa langue maternelle, cette langue que j’appelle la langue grand-maternelle.