La résilience dans tous ses états
17 mai 2008 — toutpetitsRésilience et résiliance.
Il y a la résilience, celle dont on parle, ce fait si mystérieux dont certains doutent, ce concept, cette idée, bref : ce mot.
Et puis il pourrait y avoir la résiliance dont on sent, rien qu’à l’écriture, qu’elle est active.
Car ce mot résiliance, ainsi écrit, garde quelque chose de l’énergie du participe présent d’un verbe qui serait « résilier ».
On peut dont être résilient passivement, et résilier activement.
Il y a des résilients consommateurs, bénéficiaires passifs, et des résiliants donneurs, acteurs.
Les tuteurs de résilience seraient donc en fait des tuteurs de résiliance, actifs - mais souvent sans en être conscients : ils émettent en quelque sorte de la résilience dont bénéficient des récepteurs passifs, les futurs résilients.
L’un fait de la résiliance et l’autre thésaurise de la résilience, chacun un peu malgré soi. Mais il y a une justice: un résilient, passif au moment de sa détresse, devient presque à coup sûr résiliant actif, plein d’empathie et de sensibilité et d’ouverture aux autres quand il a surmonté son épreuve, conscient de ce qu’il doit à cette banque de solidarité que constitue le phénomène de la résilience: là encore, rien ne se perd de ces flux d’énergie.
Aussi n’hésitez pas à vouloir délibérément être résiliant actif: Même si vous avez le sentiment que vos efforts résiliants sont inopérants, vous, à coup sûr serez transformé et plein d’une énergie nouvelle née du sentiment d’être en harmonie avec de vraies valeurs humanistes. Dans les pires épreuves, telles que la déportation, les persécutions, celles et ceux qui ont survécu le doivent au fait qu’ils ont su s’oublier eux-mêmes pour venir en aide à de plus fragiles, de plus vulnérables qu’eux. La résiliance au quotidien, ce ne sont souvent que de petits versements que vous ferez sur le livret d’épargne affective de vos tout petits, pour bien plus tard, quand le parcours sera jalonné de risques et de souffrances. Vous n’en serez pas remercié(e) de sitôt, peut-être jamais, tant cela a l’air d’aller de soi, mais sachez que vous serez un jour de celles ou de ceux qui auront vraiment compté dans une vie - et on les dénombre sur les doigts d’une main : prenez quelques minutes et essayez de faire le tour d’horizon des “phares” qui ont éclairé votre vie et qui parfois vous ont peut-être sauvé du désespoir.
Les mamans disponibles gorgent leurs nourrissons de bonne et substantielle résilience dont ils feront usage chaque fois que la vie sera dure.
Ces mamans-là – toutes les mamans à qui leur vie quotidienne, leur contexte socio affectif permettent d’être naturelles, instinctives (j’oserais dire animales) avec leur tout petit – apportent en plus du lait nourricier qui va réchauffer mais aussi étayer, charpenter le corps, une nourriture affective tout aussi indispensable. Le flux de bon lait riche de ses calories classiques sera alors porteur d’un surplus d’énergie, de désir de vivre, de conquérir, de lutter et de résister éventuellement. On pourrait dire qu’il y a des calories affectives, des calories qui réchauffent le cœur.
Les calories classiques se mesurent, se quantifient, se récupèrent.
L’affectivité est impondérable, immatérielle.
La résilience est une des composantes de ce faisceau de forces qu’est l’affectivité.
La résiliance, c’est la résilience voulue pour l’Autre.
Mais on est souvent résiliant à son insu, on fait de la résiliance sans le savoir, parce qu’on est ainsi, on fait du bien, sans s’en douter, à ceux qu’on côtoie. Et on est parfois plus performant en résiliance avec certains qu’avec d’autres moins en harmonie avec nous.
Certains ont une sorte de magnétisme résiliant qui envoie à leurs proches leurs bonnes ondes résiliantes sous forme souvent de simples paroles dites comme il faut au moment où il le fallait, de simples contacts stimulants, de simple présence rassurante.
De même on est souvent résilient sans s’en rendre compte : on puise tout naturellement, au jour le jour, en fonction des petites épreuves endurées dans son capital résilience et le rééquilibrage se fait souvent en douceur entre manque et ressources, si toutefois un coup trop dur ne nous oblige pas à dilapider, voire épuiser nos réserves de motivation et d’énergie, d’aptitude à rebondir.
On peut aussi contribuer à sa propre résilience, être auto-résiliant, arrondir peu à peu son capital résilience, par son style de vie par exemple, en évitant certains risques et en s’efforçant de mériter l’estime de soi qui est un des plaisirs sublimés, différés, les plus forts et motivants qui soient.
En plus de résilience et résiliance, les jumelles phonétiques (rézilyance – on entend chaque fois «zil » puis « yence » / « yance »), j’aimerais qu’on adopte aussi une petite sœur hétérozygote – d’un autre ovule – donc différente à l’oreille : résillence, prononcée « réziyance » - on entend cette fois « zi » puis « yance ». Résillence : vous remarquez le i et les 2 l, et ça sonne « ye », et on entend « résille ».
Résille : la coquetterie de bien des dames d’autrefois, ce réseau de mailles qui enserrait et retenait leur chevelure.
La résille est un réseau.
La résillence serait cette force, cette énergie puisée par le seul fait d’être inséré (enserré) dans un réseau humain.
Dans notre Saintonge, on appelle « résille » du « goret » ce que les vétérinaires nomment le péritoine du porc. C’est ce fragile réseau nourricier qui entoure la masse de l’intestin grêle, chez le « goret » comme chez nous humains où son inflammation est la terrible péritonite.
Quand nos paysans font la « tuange dau goret » (la mise à mort du porc à la ferme), ils recueillent soigneusement cette fragile résille blanche et rosée qui enveloppe la masse noble des intestins qui tombe en avalanche molle du malheureux goret ouvert et suspendu au « pendail » le bien nommé, et les femmes vont préparer et frire des « crépinettes », des sortes de petites galettes de chair à saucisse enveloppées chacune dans un fragment de la précieuse « résille ».
Tout ce détour ethno folklorique pour souligner l’importance d’un réseau, d’un filet, la force structurante de la maille, du lien.
Le réseau est toujours plus fort que la simple addition de ses « mailles », de ses éléments.
Le tout petit nourrisson a besoin pendant 2 ou 3 mois d’une relation duelle, forte, indéfectible, un réseau à deux mailles si proches qu’elles semblent n’en faire qu’une.
Même si dans les quelques jours qui suivent sa naissance, d’autres « mailles » sont perçues, entendues, entrevues, flairées.
Mais très vite, va débuter sa structuration sociale, ce maillage affectif vital, ce tricotage de liens si cher à Boris Cyrulnik, tout un réseau de plus en plus ramifié, avec ses bonnes mailles et ses moins bonnes (« vous êtes le maillon faible, Taty Danielle à l’affection douteuse »…). Une vraie « résille » qui enserre les organes nobles de la vraie vie affective.
Tout une résillence donc, qui commence à se mettre en place et contribuera à tenir, à soutenir par sa force de réseau autant et plus que l’ensemble des tuteurs de résilience qui le constituent.
Ces nuances phonétiques et graphiques ne sont là que pour faire sentir que la résilience, se constitue, se joue, s’actualise à plusieurs dans un contexte qui doit être porteur :
- un bénéficiaire souvent inconscient de cette manne affective parce que tout petit ;
- des donateurs, très souvent eux aussi inconscients – de leur prodigalité : la maman, le papa et les tout proches, pour commencer.
- Ces piliers de résilience, de plus en plus nombreux si le tout petit grandissant a de la chance constituent un réseau, un maillage, un tricot de liens, d’attachements, qui vont structurer la personnalité naissante du tout petit et leur donner sa coloration plus ou moins heureuse, optimiste, dynamique, résistante aux épreuves et désireuse d’avenir.









