Un long fleuve tranquille (de 3 à 6 mois)
16 février 2008 — toutpetitsRappelez-vous mes tout débuts … et mes cent premiers jours, ici
Ah! oui, j’étais bien peu de choses…
Mais tout de même, je savais soulever ma tête, et quand j’étais en forme je pouvais la tenir droite : très tôt j’ai su sourire, “aux anges” quand j’étais dilaté de bon lait et de bien-être. Mais Maman était toute heureuse, très vite, elle a bien vu que c’était elle que je fixais , que je suivais du regard, que c’était elle qui déclenchait les plus belle risettes, que sa voix, l’odeur de son cou calmait mes pleurs mieux parfois que téton ou biberon - que je ratais quelquefois, ce qui n’arrrangeait pas mon impatience… Les voix et les bruits familiers m’apaisaient mais je n’aimais pas tout ce qui était fort en décibels et inconnu.
Côté réflexes primaires j’ai fait dans ces trois premiers mois de grands progrès avec ma menotte qui est capable de se resserrer - involontairement - comme un petit piège à objets, 4 doigts contre paume. Mais avec mes risettes, ce qui plaisait le plus à Maman c’était mes premiers “gazouillis”, ces petits bruits d’amour auxquelles elle savait si bien me répondre par de belles vocalises en “mamanais”: “aaaa beu, beu, reu… gue…mais il me parle mon petit père! aaaaaaaa…”
De 3 à 6 mois : le petit bolide met le turbo des progrès
Admirez un peu! je coordonne de mieux en mieux mes deux outils essentiels, l’œil et la main et je repère bien les beaux joujoux, le hochet rouge qui en plus fait un si joli bruit. Et ça n’a l’air de rien, mais je l’attrape volontairement et quand on me tend quelque chose d’intéressant, de beau, de coloré, de brillant, moi aussi, je tends la main… Mais s’il disparaît, je ne le cherche pas. Et on croyait dur comme fer jusqu’à il y a quelques années que c’était parce que je ne maîtrisais pas pas encore ce que les savants appellent le schème de l’objet permanent. On pensait que mon petit cerveau débutant et inexpérimenté n’avait pas encore compris que les objets existent et demeurent, qu’ils ne se volatilisent pas comme ça sans raison - sans causalité - qu’ils n’apparaissent pas soudain comme au sortir du chapeau d’un magicien. Eh bien, on verra bientôt que dès les premiers mois, je sais, j’ai compris que le monde n’est pas que fantaisie, que la pensée magique a ses limites (sans doute celles de l’imaginaire, du rêve, des symboles… qui seront les merveilleux outils de mes fantastiques progrès à venir).
Pour l’instant, je n’ai que quelques mois et je sais que le hochet est toujours là, quelque part dans le fouillis du berceau, il existe aussi dans ma mémoire par toutes les belles et bonnes sensations qu’il m’a procurées, mon brave cerveau a bien travaillé, il a gravé, enregistré dans quelques sillons, dans quelques circuits - toujours remaniables -, toutes ces déjà si nombreuses expériences, et je sais que ce hochet a quelque chose de permanent, comme les yeux de maman, comme sa voix et son odeur.
Si je ne tente pas de “chercher” l’objet soudain disparu, ce n’est pas que je n’y crois plus - je ne suis pas un petit Saint-Sébastien qui ne croirait qu’en ce qu’il verrait - c’est que je ne peux pas encore l’attraper, chercher, fouiller, retourner : ma main, mon bras, (toute ma motricité) sont en retard sur sur mon cerveau, car je le vois, dans ma tête.
J’ai jusqu’à 10-12 mois pour vous prouver par mes gestes que je sais, et vous verrez que des chercheurs ont bidouillé de formidables expériences qui prouvent à coup sûr que tout petit, déjà, je m’attends à voir réapparaître un beau joujou que j’ai vu avancer puis disparaître derrière un écran : ma mine déconfite prouve ma déception de ne pas le revoir là où il devrait réapparaître et que je n’aime pas ces “blagues” inquiétantes d’un réel qui ne tient pas ses promesses…
Je n’en suis pas encore à examiner méthodiquement tout ce que je saisis : ma main est encore bien maladroite et mes doigts n’ont pas appris à tourner, retourner délicatement. Par contre, il y a un itinéraire parfaitement balisé, celui qui va de l’objet saisi - peu importe comment - à la bouche: je suce, suçote, mordille et salive tant et plus. À cet âge, j’apprends beaucoup par la bouche, l’œil n’a même pas à guider, je suis comme un petit aveugle qui tâtonnerait pour “apprécier” les qualités des choses. Mais attendez que mon déliement digital s’affine et vous verrez le virtuose!… et comme l’œil observe bien et volontairement, et comme à l’évidence, le cerveau note, mémorise, pour bientôt inventer des variations…
Je fais aussi de sacrés progrès en tonicité musculaire: je tiens bien droite ma tête et je peux rester un moment assis (mais il faut encore me tenir le dos). Je deviens curieux, déjà je veux me soulever, voir mieux, plus loin: À plat ventre, je joue - un peu - au petit Sphinx, mais je fatigue vite, plus vite encore quand je suis sur le dos et que j’essaie - mais oui! - de me soulever, je redresse la tête, j’arrive à décoller les épaules, souvent avec une belle grimace d’effort, je voudrais tant qu’on me prenne…
Déjà, j’aime le jeu : la preuve, je ris, aux éclats, mes gazouillis deviennent des cris de joie. J’aime ces “blagues”-là parce que je les connais, je les aime et je les espère, je ne m’en lasse pas alors qu’une disparition illogique me met mal à l’aise.
Autre malaise, bien douloureux et nocif pour moi, quand je sens - mais oui ça passe - que Maman n’est pas en forme, qu’elle n’a pas le moral. Rien de plus contagieux que ces moments de dépression, et alors, comme elle, je n’ai plus le goût à grand chose et je ne fais guère de progrès. Simplement pour vous rappeler que pour être heureux et performant, il me faut sentir la quiétude, l’équilibre de Maman, en tout cas que ces temps de tristesse ne deviennent ni coutumiers no trop durables.
Nous reparlerons bientôt de cet indispensable minimum vital de sécuriité et affective et matérielle indispensable à l’épanouissement du tout petit et de sa maman.









