Le baume de mots vrais de Françoise Dolto
13 mai 2008 — toutpetitsOn le sait, il y a parfois, hélas, de mauvaises fées, des sorcières qui se penchent sur les berceaux, et qui, envieuses ou anxieuses, distillent des propos fielleux quant à l’avenir du tout petit nouveau venu : « Ah ! Avec celui-ci [ou celle-là], ça ne sera pas facile !… » Il est vrai que parfois les gênes ou la seule malchance néo natale jouent de sales tours aux nouveaux nés qui n’ont pas que de bonnes cartes dans la première donne de leur jeu et qui leur confèrent d’emblée l’allure de vilains petits canards à l’avenir douteux.
Eh bien ! Malgré cela, Françoise Dolto la super bonne sorcière sait conjurer ces noires prédictions. Habituellement, les magiciennes, même les meilleures des bonnes fées, tiennent à leur pouvoir – et à leur emploi - et gardent précieusement leurs secrets, mais Dolto est si généreuse, si désireuse du mieux-être de tous les tout petits qu’elle nous livre ses formules et même ses secrets d’alambic.
Quelques prescriptions de ce baume de parler vrai de Françoise Dolto (j’en ajouterai d’autres de temps en temps) :
Enfant adopté « Ce sont tes parents adoptifs, comme tu es leur enfant adoptif. Ils sont comme toi : tu es adoptif, ils sont adoptifs… Deux autres, que tu ne connais pas, ont été tes parents géniteurs. Tu as été engendré par ta mère de naissance, elle n’a pas pu t’élever, et t’a confié en vue d’adoption ; elle t’avait mis au monde sain et solide puisque tu as survécu à votre séparation. »
« Comme je suis reconnaissante à ta mère de t’avoir mis au monde et de m’avoir donné la joie de pouvoir t’élever, bien qu’elle n’ait pas pu te garder, quelles qu’en soient les raisons, je n’en sais rien, ton père non plus ; en tout cas, quelle joie ils nous ont donnée d’avoir un bel enfant, et comme ils devaient être bien pour que tu sois si bien. »
(« Tout est langage » Folio p217)
À la mère désespérée d’un enfant mongolien de 3 jours :
« Il faut le leur dire tout de suite, dès leur naissance » p 158
« Dites à votre fille pourquoi vous pleurez, qu’elle est trisomique 21, qu’elle n’est pas comme d’autres enfants dont on sait comment les élever. Employez le mot « anomalie génétique » et dites-lui que vous pleurez parce que cette anomalie fait que vous ne savez pas comment vous pourrez l’élever et que vous avez peur qu’elle soit malheureuse. » Tout est langage » Folio p159)
Maladie grave :
« …Il faut le lui dire tout de suite, lui dire : « Tout ce que tu ressens, tu peux m’en parler ; c’est toi qui sais comment cela va ; il faut que tu renseignes le médecin, et s’il n’a pas le temps de t’écouter, moi je le ferai. »
Le Parler vrai d’un enfant qui se savait condamné :
« Tu diras à maman que je l’aime même quand je suis mort. »
Et Françoise Dolto ajoute « Cela fait partie du vivre que de mourir pour chacun de nous, et c’est beaucoup moins angoissant chez les enfants que chez les adultes, parce qu’ils n’ont pas de responsabilité. Ils en ont un peu comme celui-là avait la responsabilité de sa mère. »
L’infirmière lui avait demandé conseil :
- «Cet enfant est en train de mourir, la mère est dans un état épouvantable. Qu’est-ce qu’il faut lui dire ? Faut-il la prévenir ? Elle va arriver dans huit jours, l’enfant sera mort, elle n’a pas l’air de s’en douter…
- Écoutez, moi je ne sais pas, mais l’enfant sait. Il connaît sa mère. Demandez-lui. »
L’infirmière, à l’enfant :
- «Qu’est-ce que tu crois qu’il faut dire à ta mère sur l’évolution de ta maladie ?
- Elle ne peut pas supporter que je vais mourir ; alors tu feras ce que tu pourras. » « Tout est langage » Folio p155…
La recette du baume du parler vrai façon Françoise Dolto :
Une part de chacun des ingrédients suivants (on les porte presque toujours en soi sans bien s’en douter et ils se révèlent quand joue notre capacité d’indignation et notre besoin d’engagement, d’action, notre refus de rester indifférent et passif)
- altruisme
- générosité
- humanisme
Tout cela bien mêlé à des mots de tous les jours, des mots clairs, sans ambiguïté, « Il faut dire aux enfants les mots justes… Nous disons les mots aux enfants bien avant qu’ils sachent ce qu’il y a sous les mots. » Mais aussi des mots à vous, de votre langue, de votre dialecte, de votre patois même – il est souvent si riche en sentiments simples mais forts et vrais (c’est encore heureusement souvent la merveilleuse langue grand maternelle).
Françoise Dolto répond à la question :
- « Comment peut-on comprendre que l’enfant comprenne le langage ?
- Je ne sais pas, mais c’est vrai. Et il comprend toutes les langues. Si une Chinoise lui parle en chinois, une Arabe en arabe, et une Française en français, il comprend. Il comprend toutes les langues. Peut-être intuitionne-t-il ce qu’on veut lui dire. Peut-être est-ce communication d’un esprit à un autre esprit. Il en a l’entendement.
En couveuse, l’enfant n’entend pas avec ses oreilles physiques que sa mère est là, il a l’entendement de sa présence autre, mais qui est la suite de cette même présence quand il était in utero. Sa mère in utero, c’est sa mère ; sa mère qui vient pour lui et pour elle, l’aimer quand il est dans la couveuse, c’est aussi sa mère. Un cœur à cœur se renoue à défaut d’un corps à corps. » (« Tout est langage » Folio p215)
Administration : Essentiellement par voie auriculaire, sous forme de phrases et de mots simples. Mais aussi accessoirement et simultanément :
- par voie cutanée (par le contact chaleureux)
- par voie olfactive (par l’odeur reconnue)
- et bien sûr par la vue (par les yeux de l’enfant qui vous voit lui dire ces mots avec une expression – perceptible aussi dans le ton – de sincérité, d’authenticité)
En fait le parler vrai est un bain langagier, un bain auquel on a ajouté les précieux sels de la tendresse, de l’amour, du désir de vie pour l’enfant, de la confiance que l’on a dans le potentiel de progrès d’un tout petit, dans la certitude que l’on a que, quel qu’il soit en ce moment, il est digne que nous soyons ses passeurs.
Posologie :
Il n’y a pas de dose limite, pas d’âge limite, pas de thème interdit, du moment qu’il s’agisse de la vérité de l’enfant, de ses origines, de son passé, si douloureux soient-ils : Personne, surtout pas les tout petits, ne se lasse d’une parole vraie enrobée de tendresse et d’amour.
Contre indications :
Aucune contre indication pour les enfants, si jeunes soient-ils. Aucun risque, ni allergie, ni accoutumance, ni dépendance.
Quant aux adultes, tous seront bénéficiaires de ce parler vrai aux tout petits. Ils apprendront même pour leur plus grand bien à se parler vrai entre eux…
Les seuls à tenir éloignés sont les pervers sadiques notoires (mais Marie-France Hirrigoyen vous dirait que leurs victimes, même adultes, tombent des nues quand elles découvrent celui ou celle qui les harcèle, souvent très proche et faisant parfaitement illusion.)
Les pré-requis du parler vrai.
Quelques conditions préalables tout de même : Ce n’est pas une recette magique, il faut donner de soi-même, avoir développé en soi quelques qualités. Il suffit d’être capable d’un parler suffisamment vrai, authentiquement généreux et désireux du bien de l’enfant (un peu comme Winnicott parle d’« une mère suffisamment bonne »). Mais rassurez-vous, la pratique du parler vrai vous transformera, vous rendra presque toujours meilleur: Le parler vrai fait du bien aux tout petits mais aussi à celles et ceux de leurs proches qui le pratiquent.
Tout simplement parce que parler vrai à un tout petit a très souvent valeur de serment : c’est un engagement qui le portera, lui le tout petit si vulnérable, si menacé peut-être, mais qui vous portera, vous aussi. Vous serez tenu à garder cette attitude positive et vous serez soutenu dans cet effort par le seul fait d’avoir su employer ces mots dans le climat affectif qu’il leur faut.
Vous deviendrez tout bonnement l’un de ses plus précieux tuteurs de résilience.










