La résilience dans tous ses états

Résilience et résiliance.
Il y a la résilience, celle dont on parle, ce fait si mystérieux dont certains doutent, ce concept, cette idée, bref : ce mot.
Et puis il pourrait y avoir la résiliance dont on sent, rien qu’à l’écriture, qu’elle est active.
Car ce mot résiliance, ainsi écrit, garde quelque chose de l’énergie du participe présent d’un verbe qui serait « résilier ».

On peut dont être résilient passivement, et résilier activement.
Il y a des résilients consommateurs, bénéficiaires passifs, et des résiliants donneurs, acteurs.
Les tuteurs de résilience seraient donc en fait des tuteurs de résiliance, actifs - mais souvent sans en être conscients : ils émettent en quelque sorte de la résilience dont bénéficient des récepteurs passifs, les futurs résilients.
On fait de la résiliance et on thésaurise de la résilience un peu malgré soi

Les mamans disponibles gorgent leurs nourrissons de bonne et substantielle résilience dont ils feront usage chaque fois que la vie sera dure.
Ces mamans-là – toutes les mamans à qui leur vie quotidienne, leur contexte socio affectif permettent d’être naturelles, instinctives (j’oserais dire animales) avec leur tout petit – apportent en plus du lait nourricier qui va réchauffer mais aussi étayer, charpenter le corps, une nourriture affective tout aussi indispensable. Le flux de bon lait riche de ses calories classiques sera alors porteur d’un surplus d’énergie, de désir de vivre, de conquérir, de lutter et de résister éventuellement. On pourrait dire qu’il y a des calories affectives, des calories qui réchauffent le cœur.
Les calories classiques se mesurent, se quantifient, se récupèrent.
L’affectivité est impondérable, immatérielle.
La résilience est une des composantes de ce faisceau de forces qu’est l’affectivité.

La résiliance, c’est la résilience voulue pour l’Autre.
On est souvent résiliant à son insu, on fait de la résiliance sans le savoir, parce qu’on est ainsi, on fait du bien à qui on côtoie, sans s’en douter.
Certains ont une sorte de magnétisme résiliant qui envoie à leurs proches leurs bonnes ondes résiliantes sous forme souvent de simples paroles dites comme il faut au moment où il le fallait, de simples contacts stimulants, de simple présence rassurante.
De même on est souvent résilient sans s’en rendre compte : on puise tout naturellement dans son capital résilience et le rééquilibrage se fait souvent en douceur entre manque et ressources.

On peut aussi contribuer à sa propre résilience, être auto-résiliant, arrondir son capital résilience par son style de vie par exemple, en évitant certains risques et en s’efforçant de mériter l’estime de soi.

En plus de résilience et résiliance, les jumelles phonétiques (rézilyance – on entend chaque fois «zil » puis « yence » / « yance »), j’aimerais qu’on adopte aussi une petite sœur hétérozygote – d’un autre ovule – donc différente à l’oreille : résillence, prononcée « réziyance » - on entend cette fois « zi » puis « yance ». Résillence : vous remarquez le i et les 2 l, et ça sonne « ye », et on entend « résille ».
Résille : la coquetterie de bien des dames d’autrefois, ce réseau de mailles qui enserrait et retenait leur chevelure.
La résille est un réseau.
La résillence serait cette force, cette énergie puisée par le seul fait d’être inséré (enserré) dans un réseau humain.
Dans notre Saintonge, on appelle « résille » du « goret » ce que les vétérinaires nomment le péritoine du porc. C’est ce fragile réseau nourricier qui entoure la masse de l’intestin grêle, chez le « goret » comme chez nous humains où son inflammation est la terrible péritonite.
Quand nos paysans font la « tuange dau goret » (la mise à mort du porc à la ferme), ils recueillent soigneusement cette fragile résille blanche et rosée qui enveloppe la masse noble des intestins qui tombe en avalanche molle du malheureux goret ouvert et suspendu au « pendail » le bien nommé, et les femmes vont préparer et frire des « crépinettes », des sortes de petites galettes de chair à saucisse enveloppées chacune dans un fragment de la précieuse « résille ».
Tout ce détour ethno folklorique pour souligner l’importance d’un réseau, d’un filet, la force structurante de la maille, du lien.
Le réseau est toujours plus fort que la simple addition de ses « mailles », de ses éléments.

Le tout petit nourrisson a besoin pendant 2 ou 3 mois d’une relation duelle, forte, indéfectible, un réseau à deux mailles si proches qu’elles semblent n’en faire qu’une.
Même si dans les quelques jours qui suivent sa naissance, d’autres « mailles » sont perçues, entendues, entrevues, flairées.
Mais très vite, va débuter sa structuration sociale, ce maillage affectif vital, ce tricotage de liens si cher à Boris Cyrulnik, tout un réseau de plus en plus ramifié, avec ses bonnes mailles et ses moins bonnes
(« vous êtes le maillon faible, Taty Danielle à l’affection douteuse »…). Une vraie « résille » qui enserre les organes nobles de la vraie vie affective.
Tout une résillence donc, qui commence à se mettre en place et contribuera à tenir, à soutenir par sa force de réseau autant et plus que l’ensemble des tuteurs de résilience qui le constituent.

Ces nuances phonétiques et graphiques ne sont là que pour faire sentir que la résilience, se constitue, se joue, s’actualise à plusieurs dans un contexte qui doit être porteur :
- un bénéficiaire souvent inconscient de cette manne affective parce que tout petit ;
- des donateurs, très souvent eux aussi inconscients – de leur prodigalité : la maman, le papa et les tout proches, pour commencer.
- Ces piliers de résilience, de plus en plus nombreux si le tout petit grandissant a de la chance constituent un réseau, un maillage, un tricot de liens, d’attachements, qui vont structurer la personnalité naissante du tout petit et leur donner sa coloration plus ou moins heureuse, optimiste, dynamique, résistante aux épreuves et désireuse d’avenir.

Un PEI-« T »PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la « Toute » Petite Enfance (0-3 ans)

Précisions :
Dans le billet du 8 janvier
concernant Reuven Feuërstein, je regrettais qu’il y ait parfois une exploitation commerciale de ses idées, ce qui ne peut que favoriser un certain élitisme :

« Il est utile de savoir la récupération « marchande » qui a été faite des techniques de Feuërstein : il est bon pour un cadre (adulte donc et bac ++, on est loin des orphelins de déportés ou des juifs d’Éthiopie) de faire un stage PEI. Ce qui prouve à coup sûr que ces outils d’enrichissement instrumental ne sont pas que d’acquisition, mais que surtout ils génèrent des attitudes efficaces dans la confrontation aux problèmes à résoudre, des stratégies performantes d’apprentissage, d’acculturation. Que des adultes décideurs progressent n’est pas en soi une mauvaise chose, mais cela risque de les conforter dans un sentiment de supériorité et de donner à penser que ces techniques nécessiteraient une intelligence adulte déjà bien en place, ce qui est une erreur fondamentale. L’apport le plus précieux de Feuërstein concerne chez les enfants en grande difficulté la remédiation intellectuelle, la restauration des attitudes de confiance en soi par l’évidence de réussites, l’importance de la médiation (le « passage », la transmission de savoirs, de compétences, d’attitudes) dans cette relation triangulaire : enfant, connaissance, médiateur. »

Dans un autre billet du 8 février, j’exprimais mon souhait d’un PEI destiné à la petite enfance et que j’intitulais :
Un PEI-PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la Petite Enfance :

« Ce dont je rêve, comme je n’ai cessé de le faire - est-ce une utopie ? – c’est d’une action préventive, le plus en amont possible, c’est-à-dire dès la naissance (et même pendant la grossesse et au temps encore plus ancien du désir d’enfant), essentiellement donc pendant la petite enfance, de 0 à 3 ans, au moment où les choses, mine de rien, se précipitent, un temps où les progrès vont à un train d’enfer, où les besoins à satisfaire sont les plus impérieux – et pourtant les plus simples (bonheur relationnel, bien-être et sécurité physiques, stimulations sensorielles…)
Essayons ensemble d’élaborer un PEI-PE, un « Programme d’Enrichissement Instrumental Petite Enfance» - en fait un inventaire pragmatique fondé sur la connaissance théorique et l’expérience de savoir faire et être vécus, éprouvés – un PEI donc adapté à la toute petite enfance. »

J’ai reçu récemment une information sur des stages PEI de 5 jours (sensibilisation de parents et de futurs médiateurs) concernant la petite enfance à partir de 3 ans) :
Et on m’informe, suite sans doute à la lecture du paragraphe ci-dessus, avoir lu avec intérêt ma « demande de PEI pour la petite enfance », et que mon «vœu est exaucé ».

Cependant les stages proposés aux adultes à Paris et répercutés localement aux enfants sont bien loin d’être gratuits.
Je ne nie pas qu’ils puissent être d’un grand secours à des parents anxieux et à leurs enfants en difficulté.
Mais je crains deux dérives possibles : une sélection par l’argent et surtout peut-être la tentation d’un forcing précoce.

Voilà pourquoi je crois devoir apporter une dernière fois des précisions sur mon projet de PEI-PE :
Il est destiné aux tout petits, c’est
« un PEI donc adapté à la toute petite enfance. », de 0 à 3 ans.
Les fondamentaux de ce PEI-
TPE :

  • Il est destiné à tous les enfants, de 0 à 3 ans, en particulier les plus défavorisés, donc entièrement gratuit et bénévole – ce qui n’exclut pas l’efficacité.
  • Il voit dans la maman et l’entourage proche de la toute première enfance les médiateurs naturellement compétents de tous les premiers apprentissages ;
  • Il vise à prévenir massivement les souffrances liées aux difficultés et à l’échec possibles à l’école ;
  • Il refuse toute idée de forcing précoce (un critère absolu : le plaisir évident d’un enfant de plus en plus épanoui et équilibré) ;
  • Il souhaite sensibiliser les décideurs à l’importance des contextes sociaux de la petite enfance

Ceux qui me suivent depuis les débuts de ce blog (3 mois déjà, 2000 visites…) ont bien compris que la générosité, l’altruisme et la lucidité sont des qualités essentielles à ce projet qui est, je le précise une dernière fois, un
Programme d’Enrichissement Instrumental de la Toute Petite Enfance.

Quelques conseils pour terminer :
Notez (rien de plus volatile que la mémoire !) vos idées de conseils, d’actions possibles pour cet « enrichissement instrumental des tout petits ». Faites, comme le conseille Feuërstein, des canevas, des tableaux, des plans :

  • Selon les « instruments » du tout petit
    • Ses sensations
      • Vue
      • Toucher
      • Goût
      • Audition
      • Odorat
    • Son action
      • Schèmes sensorimoteurs
      • Activités, motricité (déplacements, marche, explorations)
      • Intelligence sensorimotrice, essais, expériences, touche à tout…
      • Ses jeux
      • La parole
    • Son équilibre, son épanouissement corporel
    • Son affectivté
  • Ses acquisitions, ses progrès à noter, à « guetter »
    • Le gazouillis, la parole
    • L’objet permanent
    • La fonction représentative
      • Le faire semblant
      • Les jeux
      • La mémorisation
      • Les premiers gribouillages et « dessins »
  • Le tout petit seul
  • Les partenaires du tout petit (les divers contextes relationnels)
    • Des personnes
      • Lui-même
      • D’autres enfants
      • Sa fratrie, ses parents, ses proches
      • Des inconnus
    • Des animaux
    • Des objets
      • Seins, doigts, main…
      • Objets de hasard
      • Jouets
  • Selon l’âge du tout petit, ses “étapes”
    • Avant la naissance
    • À la maternité
    • Les 3 premiers mois
    • Le « ramper »
    • La marche…
  • Selon les lieux
    • Berceau, lit, poussette
    • Chambre
    • Maison
    • Extérieur
    • Quartier
      • Rues, espaces verts
      • Magasins, grande surface, cafétéria, restaurant…
    • Lieux inconnus
    • Chez des parents, des voisins
  • Selon les saisons

Il s’agit, pour chacune de ces « cases » de ces quelques tableaux donnés en exemple, d’imaginer, ou mieux, de se remémorer des activités de stimulation, d’encouragement du tout petit à partir plus confiant à la conquête du réel, en veillant toujours à son équilibre affectif et relationnel.
N’oubliez pas que l’on oublie vite : Jules Renard disait « Il faut saisir l’idée fuyante et lui écraser le nez sur le papier. »

Alors, à vos tableaux et à vos notes, et prenons l’habitude d’échanger. Vous savez comment me joindre :
toutpetits@hotmail.fr

Protection du site : J’ai dû m’y résoudre.
Copyrightdepôt

A


Hommage au tout petit

Oui, hommage et gloire au tout petit, au tout petit qui vient de naître, à celui qui fait ses premiers pas, à cet autre qui pleure son désespoir au seuil de la crèche, à cet autre encore qui entre confiant dans sa classe maternelle.

Hommage aussi à ce tout petit que nous avons tous été, à ce petit “moi” de notre préhistoire personnelle que nous ne connaissons le plus souvent que par des images et par ouï-dire.

Hommage surtout aux mères, à toutes les mamans, à la nôtre en particulier, qui ont su fabriquer ce chef-d’oeuvre potentiel qu’est tout bébé, mais surtout qui ont su lui donnner cette envie de vivre, de survivre, de ne pas se laisser aller malgré tant de faiblesse.

Oui, regardez-le comme il est pitoyable et vulnérable ce petit être vagissant. Mais voyez aussi combien cette grande dépendance fait le bonheur de l’entourage familial, comment à tant de demande de soins et de chaleur humaine correspond chez ceux qui l’entourent un immense besoin de dévouement, de protection.

La mystérieuse alchimie qui, de cette matière apparemment brute, va faire très vite une petite personne de 3 ans au caractère et à la personnalité déjà bien marqués, n’a besoin que de la chaleur douce des bras qui tour à tour le prennent, du “doux ramage humain” qui si vite le console et le rassure, et de bien d’autres bienveillances relationnelles et formatrices dont nous parlerons ensemble dans ce blog.

La naissance n’est que le début le plus facile. La conception, la grossesse sont en quelque sorte la part automatique, instinctive d’une vie. Au jour de la naissance débute la part la plus noble, la plus exaltante, mais aussi la plus importante. Mais nous le verrons, il suffit d’un minimum de quiétude et de sécurité matérielle et affective pour qu’agisse la merveilleuse complémentarité des besoins de soins et de dévouement

Le petit d’animal qui vient de naître est d’avance armé de tout un arsenal d’instincts, de savoir-faire quasi automatiques qui lui permettent très vite d’être autonome, de pouvoir se passer de sa mère.

Mais notre petit, à nous humains, n’a, au jour de sa naissance, que quelques vestiges du bagage animal d’instincts, de réflexes: il sait pour quelques jours seulement s’aggriper aux index de l’accoucheur; soutenu, il est capable d’esquisser quelques pas et même d’enjamber alors quand il le heurte l’obstacle placé sur son passage! Mais très vite, il redevient un petit être démuni, dépendant, qu’il est impossible, impensable d’abandonner, de délaisser ne serait-ce que quelques heures, qui semble n’avoir pour seuls savoir faire que les réflexes de sucer et de crier.

À l’évidence, il n’est pas fini, même si les mamies ont vérifié qu’il a bien son compte de doigts, quelques cheveux, pas de tache, que le petit bonhomme est bien un petit gars : il semble si inerte, si végétatif ce gros poupon vagissant que cela angoisse bien des mères qui sentent qu’il sera bien long et peut-être pas si tranquille que ça le fleuve de sa vie, que l’essentiel est à faire de maintenant à la maternelle.

Mais qu’elles se réjouissent de cet inachèvement apparent. Très vite ce bébé sera infiniment plus performant (selon les critères de la réussite humaine) que tout autre bébé animal (mais nous apprendrons à admirer la merveilleuse finition d’un adulte animal, la parfaite adaptation d’un loup à la “civilisation” loup).

Ce bébé, si vulnérable au départ, nous le verrons dans la sécurité des bras maternels, dans la tendre chaleur du cocon familial, dans les échanges et les relations affectives, accomplir des progrès spectaculaires, nous verrons s’édifier les bases de tous les progrès ultérieurs, nous assisterons à la construction d’une intelligence, à l’éclosion d’une personnalité.

À trois ans, l’essentiel du pouvoir apprendre est en place, l’école maternelle peut prendre le relais et exploiter ces bases que l’humble famille a pu assurer. Je reviendrai souvent sur l’intérêt de tous les éducateurs et enseignants à se pencher sur les berceaux, à entrer dans les crèches et autres pouponnières, à observer, admirer, aimer ces petites merveilles, leurs futurs élèves, pour mieux les aider, mieux les comprendre, les préparer à leurs activités scolaires à venir : oui, l’école est l’héritière obligée des familles.

Les progrès initiaux ont été si importants, et surtout si rapides dans les toutes premières années qu’on peut dire que le bébé est un bolide et que, paradoxalement, le petit enfant scolarisé est déjà un sage qui avance tranquillement, à une vitesse de croisière, fort de ses outils de compréhension du réel tout neufs et peu à peu affinés et de mieux en mieux maîtrisés, vers plus de savoir et de culture .

Et tout cela, nous le verrons et le répéterons souvent, nécessite sécurité affective et matérielle chez la maman, dans l’entourage familial, afin que chacun puisse s’y consacrer au mieux à la relation avec le tout petit.

Et ce bébé blog que j’ose mettre au monde dans une blogosphère que certains disent déjà surpeuplée, est lui aussi, forcément, bien vulnérable au jour de sa naissance. Et il aura bien besoin de votre bienveillance, de votre aide, de vos témoignages, de vos approbations comme de vos critiques. Merci d’avance de cette participation sans laquelle aucune réflexion ne peut progresser.