ToutPetits-Jeux (TpJx) : Jeux de rien, jeux de tout

Relisons d’abord cette page « Jouer avec rien, jouer avec tout », et celle-ci aussi, déjà plus pratique : « Des intentions à l’action »
Cette page de rien contient tout l’essentiel de ce dont il faut être persuadé : L’intelligence d’un petit d’homme se construit dès la naissance, et sitôt que la main devient capable de tenir et que le regard se coordonne pour profiter des trouvailles de la main et des manipulations, le déjà formidable cerveau est envahi de sensations visuelles, tactiles… que tant bien que mal - mais en tout cas de mieux en mieux à mesure des tâtonnements - il analyse, coordonne, mémorise. C’est dans ce triangle main / œil / pensée que se sont forgés, que se forgeront tous les génies de l’humanité, passés et à venir. Cela va durer jusqu’à l’adolescence : alors le cerveau tout puissant, fort de son vécu concret, saura se passer de la main et de l’œil (sinon pour mémoriser par écrit le cheminement de ses hypothèses). C’est alors que le « tu vois ? » prend toute sa valeur de représentation.
Mais dès les tout débuts de la préhension, du déliement digital et de la coordination oculomotrice, étymologiquement, déjà, comprendre c’est prendre avec soi.

Comprendre c’est incorporer. Incorporer le réel comme une indispensable nourriture.
L’enfant est insatiable de ces interminables
festins de sensations. La pensée seule de l’enfant tourne vite à vide. Car ces boulimies sensorielles sont assorties de plaisirs immédiats. Le plaisir ressenti est alors la récompense de l’action entreprise, si modeste, si élémentaire et sensorimotrice soit-elle. Et ce plaisir-conséquence est le moteur d’un désir causal qui va relancer l’action de nos petits maniaques qui vont répéter jusqu’à épuisement de tout leur suc de bonheur leurs petits schèmes de rien du tout. Mais petit schème deviendra schéma, puis équation, puis plan puis création : la boucle sera bouclée, du réel initial, donné, au réel repensé, modifié, amélioré.

Alors soyons bons et généreux avec nos tout petits : Soyons les parents nourriciers de leur intelligence en devenir. Parce qu’aussi précieux que le lait maternel dont ils vont faire les fibres de leur corps, abreuvons-les de ce cocktail précieux de sensations, et de paroles, de mots, dont ils vont tisser les fibres de leur intelligence.

Parlons à nos tout petits, dès leur naissance. Et soyons de bons acteurs qui jouent sincèrement leur rôle mais en n’ayant pas peur d’en rajouter. Soyons enthousiastes pour eux, comme eux. Commentons nos actions, leurs réactions, leur plaisirs ou leurs petits chagrins d’échecs, leurs impatiences. Cette empathie profonde, cette communion dans un plaisir sans doute quelque peu régressif et bêtifiant (vu de l’extérieur), mais en tout cas partagé, c’est cela la signature de la réussite pour un tout petit, un bonheur dont il ne se lasse ni se fatigue jamais.

Le critère est simple : Bébé est heureux, cela se voit, s’entend, se sent. Il en redemande et n’est pas dans un état de trop grande excitation. Il sourit, rit, jubile, frémit souvent de tout son corps, agite bras et jambes pour bien montrer son désir de participer. Sa fatigue, alors, est une saine fatigue sans refus du sommeil qui le saisit soudain. Et soyez sûr que les « jeux », l’action et le plaisir et leur « digestion », leur affinement, leur maîtrise, vont se poursuivre dans les phases de rêves où vous serez quelque peu mêlés.

Demain, en poussette, à cou, - ou à pied si on est déjà grand -, nous sortirons avec Tout Petit et ses aînés déjà en maternelle, et nous irons ensemble dans le jardin, jouer avec les couleurs du printemps.
En attendant, jetez un œil sur cette cueillette de rameaux que Val (4;6) et moi avons faite en pensant à ce qui pourrait bien plaire à un vraiment tout petit.

Jouer avec rien, jouer avec tout

Vous avez remarqué combien souvent je vous ai parlé du « jeu » chez le tout petit.
Ce jeu par lequel l’enfant se construit, n’a rien à voir avec le jeu formel défini par Roger Caillois « Les jeux et les hommes » (Gallimard 1957) qui est, entre autres caractéristiques, improductif, réglé, fictif (Cf Wikipedia ).
Remarquons que le joueur, pris dans un réseau de règles, de conventions, s’abstrait du monde réel, le jeu étant alors vécu comme un moyen efficace d’oublier, justement, un réel trop dur ou pour le moins ennuyeux.
L’enfant, lui, dès sa naissance, et même avant, joue avec le réel, ne cessant de le soumettre, pour le faire « bouger », pour introduire « du jeu » dans un bloc apparemment impénétrable, » insaisissable », sans lois, sans organisation. Par le jeu, l’enfant, lui, ne s’abstrait pas du monde, il y entre.
Le bébé, le tout petit ne cesse de jouer avec ses outils de conquête, de compréhension que sont ses perceptions sensorielles. Sa mémoire, déjà, est essentielle, elle enregistre des “effets” liés à certaines « activités » perceptives, sensori-motrices - les toutes premières notions de causalité ne viendront que de la conscience de la régularité possible de ces effets, de leur reproductivité pour ainsi dire accidentellement ressentie, reconnue, puis peu à peu intentionnelle (habitudes, activités intentionnelles)
Le tout petit joue avec rien, en fait avec tout ce qui peut lui procurer des sensations.
Le tout petit n’a pas de jouets. Pour lui tout est jouet, tout est source de sensations, le cordon ombilical qu’il saisit, les parois de son domaine utérin contre lesquelles il se tapit quand maman ou papa tapote, l’appelle, le liquide dont il se régale (mais pas toujours, le menu de maman laisse parfois à désirer…). À sa naissance c’est le monde tout entier qui l’assaille, qui semble se jouer de lui, le noyer sous un flot de sensations sans liens. Heureusement, il a très vite grâce à maman reconnue, quelques repères olfactifs et auditifs : sa peau donne à Bébé des sensations oh! combien plus fortes, et cependant de même nature, grâce aux caresses et surtout au merveilleux bain. Et Maman lui assure des moments de quiétude heureuse. Sans compter les longs temps de sommeil, où déjà, par le travail du rêve, le tout petit, comme nous « révise » le monde vécu pour le rendre plus acceptable.
Et très vite, déjà, ce tout petit de rien du tout est plus fort que le monde, parce qu’il commence à le « saisir ». Et cette conquête, ce jeu d’énigmes toujours renouvelé durera tant que se maintiendront les moteurs que sont la curiosité, le désir d’essayer, de chercher pour ressentir, bientôt pour trouver, alimenté par le bonheur des réussites.

Au temps des expériences, de l’intelligence sensori-motrices (de la naissance à 18/24 mois), puis à celui des opérations concrètes (de 2 à 11/12 ans), toute la construction de l’intelligence se joue dans cette relation triangulaire interactive action-sensations/perceptions, analyse/mémorisation.
La main et le cerveau sont les deux outils essentiels, tous deux agissent, l’un en « représentation », en anticipation d’une stratégie à maîtriser, ou à affiner, ou a renouveler (invention, découverte), l’autre en essais, tâtonnements, vérifications, répétitions… Entre main et cerveau, les organes des sens ne sont que des agents – indispensables (mais leurs déficiences peuvent être compensées) - de renseignement, de transmission des ordres et des informations qui « remontent » en feedback.
Feuërstein a bien mis l’accent sur l’importance de ce travail mental de la « représentation » qui permet de « rejouer » de mémoire l’expérience, les tâtonnements récents : Cette stratégie du savoir attendre « je réfléchis une minute » évite l’impulsivité brouillonne qui mène tout droit au désordre extérieur et interne.
Notons bien toutefois que cette manipulation mentale des objets ne peut se faire qu’à partir des manipulations concrètes et très peu de temps après ou avant : en d’autres termes, jusqu’à l’entrée au collège – il y a bien sûr des exceptions – l’enfant doit toucher, déplacer, ranger, classer, tâter, tâtonner jusqu’à ce que jaillisse une idée, ou tout simplement une sensation, une impression mémorable, qui vaille la peine d’être « enregistrée » et qui méritera d’être reproduite en raison du plaisir (ou de la satisfaction – on grandit ! -) qu’elles produisent.

Cette fonction de « représentation », (la fonction sémiotique ) cette aptitude aux symboles, au cinéma mental, et qui commence très tôt, est sans aucun doute, avec l’utilisation de codes (l’écriture entre autres, qui permet de communiquer à distance) assure la supériorité de l’homme sur l’animal, le petit enfant découvrant aussi très vite qu’il a une pensée autonome de celle de l’adulte qui ne “lit” pas tout et qu’il peut éprouver les sentiments, vivre en partie ce que pense l’autre - c’est le début de l’empathie, cette faculté éminemment sociale de se mettre dans la peau des autres.

À partir de 11/12 ans, la puissance du génome humain permet des manipulations sans objets concrets : l’enfant, l’adolescent « jouent » avec des idées abstraites, des « inconnues » et autres variables mathématiques : Ces manipulations mentales aboutissent à des hypothèses qui sont des essais d’explications, de lois de l’organisation possible du réel. À partir de ces hypothèses de lois, le cerveau pense, imagine, déduit des applications qui pourront être vérifiées par d’autres opérations hypothético-déductives mais aussi par des expériences en laboratoire où on retrouve souvent la dure résistance du réel qui impose la révision des hypothèses initiales.

Le petit animal lui ne « joue » dans son enfance que les activités qui seront essentielles à sa vie et à sa survie. Dès qu’il aborde l’âge adulte, il répète, par imitation, les « jeux » sociaux de son groupe, il s’entraîne par ces jeux à sa future intégration sociale. Quand il est intégré, fini de jouer gratuitement, pour le plaisir.
L’animal adulte n’a plus guère besoin de chercher, il a tout trouvé, il ne cherchera plus. Mais il est condamné à rester en groupe, il ne peut communiquer qu’à portée de regard ou de cri.
L’homme lui a inventé l’écriture. Même en prison, il peut continuer à chercher et à trouver.

Revenons au jeu de notre tout petit qui n’est pas encore au collège…
Seul, ou avec papa, maman…, ou avec ses aînés, il va jouer, il doit jouer. Le médecin consulté observe ou demande toujours s’il joue. S’il ne joue pas, notre tout petit est malade ou déprimé.
Plus les jouets seront simples, meilleurs ils seront.
Rappelez-vous ce document de conseils de l’UNESCO ou de l’OMEP que je cherchais… et n’ai toujours pas retrouvé : il était destiné aux populations les plus pauvres (de chaque continent) et suggérait aux mères des activités de jeux avec leurs tout petits en tirant parti des seules ressources naturelles.
Faisons comme si nous étions démunis de tout, sauf de la nature qui nous entoure et qui nous offre bien des voies d’accès à la compréhension du monde.

Réfléchissons-y, inventons ensemble et photographions.
Associez à cette réflexion les aînés de vos tout petits, les “grands” qui sont déjà en maternelle : vous serez surpris de la variété des idées de jeux et jouets “naturels” qu’ils auront pour leurs petits frères et sœurs. Et s’ils y prennent du plaisir, eux, les grands, ils prendront l’heureuse habitude de jouer généreusement avec les petits et ils sauront apprécier leurs réussites, partager leurs joies et les encourager. C’est très exactement ce qui se passe dans les classes à plusieurs niveaux: les petits sont “tirés” vers le haut et les grands deviennent plus attentifs, plus solidaires.

Un long fleuve tranquille (de 3 à 6 mois)

Rappelez-vous mes tout débuts … et mes cent premiers jours, ici
Ah! oui, j’étais bien peu de choses…
Mais tout de même, je savais soulever ma tête, et quand j’étais en forme je pouvais la tenir droite : très tôt j’ai su sourire, “aux anges” quand j’étais dilaté de bon lait et de bien-être. Mais Maman était toute heureuse, très vite, elle a bien vu que c’était elle que je fixais , que je suivais du regard, que c’était elle qui déclenchait les plus belle risettes, que sa voix, l’odeur de son cou calmait mes pleurs mieux parfois que téton ou biberon - que je ratais quelquefois, ce qui n’arrrangeait pas mon impatience… Les voix et les bruits familiers m’apaisaient mais je n’aimais pas tout ce qui était fort en décibels et inconnu.
Côté réflexes primaires j’ai fait dans ces trois premiers mois de grands progrès avec ma menotte qui est capable de se resserrer - involontairement - comme un petit piège à objets, 4 doigts contre paume. Mais avec mes risettes, ce qui plaisait le plus à Maman c’était mes premiers “gazouillis”, ces petits bruits d’amour auxquelles elle savait si bien me répondre par de belles vocalises en “mamanais”: “aaaa beu, beu, reu… gue…mais il me parle mon petit père! aaaaaaaa…”

De 3 à 6 mois : le petit bolide met le turbo des progrès
Admirez un peu! je coordonne de mieux en mieux mes deux outils essentiels, l’œil et la main et je repère bien les beaux joujoux, le hochet rouge qui en plus fait un si joli bruit. Et ça n’a l’air de rien, mais je l’attrape volontairement et quand on me tend quelque chose d’intéressant, de beau, de coloré, de brillant, moi aussi, je tends la mainMais s’il disparaît, je ne le cherche pas. Et on croyait dur comme fer jusqu’à il y a quelques années que c’était parce que je ne maîtrisais pas pas encore ce que les savants appellent le schème de l’objet permanent. On pensait que mon petit cerveau débutant et inexpérimenté n’avait pas encore compris que les objets existent et demeurent, qu’ils ne se volatilisent pas comme ça sans raison - sans causalité - qu’ils n’apparaissent pas soudain comme au sortir du chapeau d’un magicien. Eh bien, on verra bientôt que dès les premiers mois, je sais, j’ai compris que le monde n’est pas que fantaisie, que la pensée magique a ses limites (sans doute celles de l’imaginaire, du rêve, des symboles… qui seront les merveilleux outils de mes fantastiques progrès à venir).
Pour l’instant, je n’ai que quelques mois et je sais que le hochet est toujours là, quelque part dans le fouillis du berceau, il existe aussi dans ma mémoire par toutes les belles et bonnes sensations qu’il m’a procurées, mon brave cerveau a bien travaillé, il a gravé, enregistré dans quelques sillons, dans quelques circuits - toujours remaniables -, toutes ces déjà si nombreuses expériences, et je sais que ce hochet a quelque chose de permanent, comme les yeux de maman, comme sa voix et son odeur.
Si je ne tente pas de “chercher” l’objet soudain disparu, ce n’est pas que je n’y crois plus - je ne suis pas un petit Saint-Sébastien qui ne croirait qu’en ce qu’il verrait - c’est que je ne peux pas encore l’attraper, chercher, fouiller, retourner : ma main, mon bras, (toute ma motricité) sont en retard sur sur mon cerveau, car je le vois, dans ma tête.
J’ai jusqu’à 10-12 mois pour vous prouver par mes gestes que je sais, et vous verrez que des chercheurs ont bidouillé de formidables expériences qui prouvent à coup sûr que tout petit, déjà, je m’attends à voir réapparaître un beau joujou que j’ai vu avancer puis disparaître derrière un écran : ma mine déconfite prouve ma déception de ne pas le revoir là où il devrait réapparaître et que je n’aime pas ces “blagues” inquiétantes d’un réel qui ne tient pas ses promesses…

Je n’en suis pas encore à examiner méthodiquement tout ce que je saisis : ma main est encore bien maladroite et mes doigts n’ont pas appris à tourner, retourner délicatement. Par contre, il y a un itinéraire parfaitement balisé, celui qui va de l’objet saisi - peu importe comment - à la bouche: je suce, suçote, mordille et salive tant et plus. À cet âge, j’apprends beaucoup par la bouche, l’œil n’a même pas à guider, je suis comme un petit aveugle qui tâtonnerait pour “apprécier” les qualités des choses. Mais attendez que mon déliement digital s’affine et vous verrez le virtuose!… et comme l’œil observe bien et volontairement, et comme à l’évidence, le cerveau note, mémorise, pour bientôt inventer des variations…
Je fais aussi de sacrés progrès en tonicité musculaire: je tiens bien droite ma tête et je peux rester un moment assis (mais il faut encore me tenir le dos). Je deviens curieux, déjà je veux me soulever, voir mieux, plus loin: À plat ventre, je joue - un peu - au petit Sphinx, mais je fatigue vite, plus vite encore quand je suis sur le dos et que j’essaie - mais oui! - de me soulever, je redresse la tête, j’arrive à décoller les épaules, souvent avec une belle grimace d’effort, je voudrais tant qu’on me prenne…
Déjà, j’aime le jeu : la preuve, je ris, aux éclats, mes gazouillis deviennent des cris de joie. J’aime ces “blagues”-là parce que je les connais, je les aime et je les espère, je ne m’en lasse pas alors qu’une disparition illogique me met mal à l’aise.

Autre malaise, bien douloureux et nocif pour moi, quand je sens - mais oui ça passe - que Maman n’est pas en forme, qu’elle n’a pas le moral. Rien de plus contagieux que ces moments de dépression, et alors, comme elle, je n’ai plus le goût à grand chose et je ne fais guère de progrès. Simplement pour vous rappeler que pour être heureux et performant, il me faut sentir la quiétude, l’équilibre de Maman, en tout cas que ces temps de tristesse ne deviennent ni coutumiers no trop durables.

Nous reparlerons bientôt de cet indispensable minimum vital de sécuriité et affective et matérielle indispensable à l’épanouissement du tout petit et de sa maman.

Un PEI-PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la Petite Enfance

Le PEI de Reuven Feuërstein est d’abord un programme de sauvetage affectif (reprise de la confiance en soi, restauration d’une image de soi moins dévaluée) et de reconstruction, puis de structuration pour plus d’efficience des potentialités retrouvées.
Il s’adresse donc le plus souvent à des adolescents, à des adultes qui sont des victimes anciennes déjà, qui ont longuement souffert, qui ont accumulé les échecs, les frustrations, les doutes et les renoncements.

Ce dont je rêve, comme je n’ai cessé de le faire - est-ce une utopie ? – c’est d’une action préventive, le plus en amont possible, c’est-à-dire dès la naissance (et même pendant la grossesse et au temps encore plus ancien du désir d’enfant), essentiellement donc pendant la petite enfance, de 0 à 3 ans, au moment où les choses, mine de rien, se précipitent, un temps où les progrès vont à un train d’enfer, où les besoins à satisfaire sont les plus impérieux – et pourtant les plus simples (bonheur relationnel, bien-être et sécurité physiques, stimulations sensorielles…)

Essayons ensemble d’élaborer un PEI-PE, un « Programme d’Enrichissement Instrumental Petite Enfance» - en fait un inventaire pragmatique fondé sur la connaissance théorique et l’expérience de savoir faire et être vécus, éprouvés – un PEI donc adapté à la toute petite enfance.

Le bébé qui vient de naître a déjà des outils qu’il mûrit depuis des mois de vie intra-utérine. A la naissance, il a tout un bagage, tout un équipement de capteurs sensoriels (goût et odorat, toucher, audition, vue) en bon état de « marche » et qui ne demandent qu’à servir, à être sollicités, encouragés, affinés. Tous ces flux de sensations captées et acheminées pour appréciation, analyse vers les 15 milliards de neurones du cerveau, vont être d’abord en quelque sorte subis mais de moins en moins passivement : les réactions vont se diversifier – pleurs, cris, sourires, mimiques – mais aussi et surtout mouvements. Car Bébé n’est pas fait que de capteurs sensoriels, il a aussi tout un équipement neuromusculaire aux ordres – de mieux en mieux obéis - du cerveau. Bébé réagit, Bébé bouge, remue, gigote… et Maman le sait bien depuis son 5ème mois de grossesse…
Ces sensations et ces possibilités motrices – de déplacement donc ( des yeux, de la tête, des bras et des jambes, puis de la main, des doigts) vont peu à peu se coordonner pour « jouer » du monde, des choses du réel, pour manipuler, ce qui provoquera en feedback des flots de sensations nouvelles qui conforteront ou contrediront, d’où peu à peu des « stratégies », des schèmes “prémédités” d’actions successives efficaces sous contrôle sensoriel, des enchainements de petites actions intentionnelles : c’est là que se situe la naissance de l’intelligence.

Etre intelligent c’est d’abord être ouvrier. Gloire et honneur à la main et à l’œil qui la conseille, et au cerveau qui en tâche de fond silencieuse ne cesse de coordonner… et de savourer l’ineffable plaisir qui en résulte en cas de réussite, ce plaisir qui alimentera le désir de recommencer, de varier, d’essayer à nouveau.
L’intelligence naît dans le triangle main - oeil - cerveau. Si la main est déficiente, la mémoire des actions accomplies par d’autres (enfants, adultes de l’entourage…), la “représentation” - le petit cinéma qu’il s’en fait - suffit à l’”intelligence” (la compréhension) du pouvoir de l’action, de l’intention préalable, sur le réel, pour le modifier, l’expérimenter. Si l’œil est déficient, la perception des sensations tactiles venues de la main, du corps, permet au cerveau de se faire une “image” de l’action, ainsi vécue, donc “vue” parce que “sentie”, dans le noir.
Les déficiences sensorimotrices, et même cérébrales peuvent toujours être au moins en partie compensées, contournées. L’intelligence naît toujours de l’emploi de plusieurs “outils” . Si un outillage manque ou est incomplet, on fait avec ce qu’on a. Ce qui est indispensable c’est d’avoir gardé intact le désir d’essayer, d’entreprendre : les bonheurs des petits handicapés pour leurs modestes réussites sont sans doute bien plus intenses que les nôtres, nous qui sommes souvent suréquipés et qui ne savons pas bien tirer le meilleur parti de notre riche dotation. Observez comme votre chien qui vous aime cherche à vous “lire”, à vous “entendre”, et comment malgré son absence de langage humain, il parvient à communiquer avec nous…
Je reviendrai longuement sur ce thème : Le tout petit ne cesse de lire et d’écrire.

Il n’y a de vraie pédagogie que celle du plaisir de la réussite.
Quand on veut éduquer, apprendre, il faut, toujours, savoir donner des occasions de réussites, organiser des « provocations » à agir, à tenter, à expérimenter, et qui ne soient pas des défis impossibles. La vraie générosité du pédagogue est de savoir se mettre au modeste niveau des petits “élèves”, et d’être même assez humble pour partager sincèrement leurs grands petits plaisirs.
Être pédagogue c’est avant tout être un passeur généreux.

Donc apprenons à donner à nos tout petits des occasions de réussites à la portée de leurs sensations et de leur motricité débutantes. Observons, guettons les « jeux » qui marchent, qui plaisent, qu’ils rejouent pendant des heures, des jours, dont ils ne se lassent que quand ils sont mûrs pour de nouvelles étapes. Nos images, vidéos, témoignages peu à peu rassemblés ( et datés par l’âge des « acteurs » ) seront autant de preuves de cette synergie plaisir/désir – jeu/action.

Épanouir pas cher
Images, vidéos, écrits, récits, idées… Montons ensemble pour le mieux-être des tout-petits une « banque » de témoignages en images fixes ou animées, en paroles personnelles ou rapportées, enregistrées ou écrites, une réserve des savoir-faire d’adultes (ou d’autres enfants, de la famille ou non)
Il faut que nos images, nos vidéos, nos témoignages ainsi rassemblés et commentés interpellent et motivent celles et ceux qui nous visiteront par la suite. Il est des images, des récits authentiques, qui valent tous les discours du monde.

Dans un prochain billet, je vous dirai les stratégies que nous pourrions mettre en oeuvre pour mieux “outiller” notre bébé blog, pour le rendre plus efficace - plus intelligent!… - pour les buts que nous poursuivons. Nous essaierons de mettre en place des outils, des procédés de collecte d’images, de vidéos, de témoignages.

Je termine par un appel:
Je recherche un document de 4 à 5 pages ronéotées que j’ai eu il y a bien longtemps, que je ne retrouve plus - je suis excellent en désordre…
Ce document émanait sans doute de l’UNESCO ou de l’OMEP (Organisation Mondiale pour l’Éducation Préscolaire). L’OMEP créée par des survivants de la seconde guerre mondiale s’est beaucoup préoccupée des progrès à faire de l’humanité et ils ont eu l’intuition que c’était dans le berceaux, dans les maternelles que se trouvait un possible meilleur avenir. Mais dans le contexte de misères et de privations de l’immédiat après-guerre, ils ont été amenés à beaucoup réfléchir à des solutions aussi simples et aussi peu onéreuses que possible pour épanouir l’intelligence des tout petits.
L’une de ces solutions privilégiées, objet de plusieurs congrès mondiaux de L’OMEP est le jeu.
Le document que je recherche donne des conseils en matière de jeux avec leurs tout petits à l’intention des mamans des pays les plus pauvres, les plus “primitifs”, et qui n’ont évidemment pas les moyens d’acheter des jouets, des contrées où le Père Noël ne s’égare pas…
Ces quelques pages nous seraient bien précieuses, elles seraient les bases de notre quête d’occasions de jeux, d’activités pour des enfants de la naissance à 3 ans. Elles disaient aux mamans comment jouer avec leur petit enfant avec des objets de la nature, des galets, des pierres de couleurs et de tailles divers, des feuilles, des noyaux, de simples bouts de bois, sans compter les jeux seul ou à deux avec les mains, les doigts, le corps et les multiples plaisirs sensoriels qu’il peut procurer.
Si nous ne retrouvons pas ce document, nous saurons bien en élaborer un ensemble, et il nous faudra penser à tous ces petits de couleurs et de langues si différentes et qui pourtant, tous, sans exception ont les potentialités des petits blancs. Et bien sûr aussi à tous nos petits de chez nous que la sournoise misère, de plus en plus envahissante, malmène et détruit parfois.
Je vous le disais, ce changement de regard implique un changement de société.