Un PEI-« T »PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la « Toute » Petite Enfance (0-3 ans)

Précisions :
Dans le billet du 8 janvier
concernant Reuven Feuërstein, je regrettais qu’il y ait parfois une exploitation commerciale de ses idées, ce qui ne peut que favoriser un certain élitisme :

« Il est utile de savoir la récupération « marchande » qui a été faite des techniques de Feuërstein : il est bon pour un cadre (adulte donc et bac ++, on est loin des orphelins de déportés ou des juifs d’Éthiopie) de faire un stage PEI. Ce qui prouve à coup sûr que ces outils d’enrichissement instrumental ne sont pas que d’acquisition, mais que surtout ils génèrent des attitudes efficaces dans la confrontation aux problèmes à résoudre, des stratégies performantes d’apprentissage, d’acculturation. Que des adultes décideurs progressent n’est pas en soi une mauvaise chose, mais cela risque de les conforter dans un sentiment de supériorité et de donner à penser que ces techniques nécessiteraient une intelligence adulte déjà bien en place, ce qui est une erreur fondamentale. L’apport le plus précieux de Feuërstein concerne chez les enfants en grande difficulté la remédiation intellectuelle, la restauration des attitudes de confiance en soi par l’évidence de réussites, l’importance de la médiation (le « passage », la transmission de savoirs, de compétences, d’attitudes) dans cette relation triangulaire : enfant, connaissance, médiateur. »

Dans un autre billet du 8 février, j’exprimais mon souhait d’un PEI destiné à la petite enfance et que j’intitulais :
Un PEI-PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la Petite Enfance :

« Ce dont je rêve, comme je n’ai cessé de le faire - est-ce une utopie ? – c’est d’une action préventive, le plus en amont possible, c’est-à-dire dès la naissance (et même pendant la grossesse et au temps encore plus ancien du désir d’enfant), essentiellement donc pendant la petite enfance, de 0 à 3 ans, au moment où les choses, mine de rien, se précipitent, un temps où les progrès vont à un train d’enfer, où les besoins à satisfaire sont les plus impérieux – et pourtant les plus simples (bonheur relationnel, bien-être et sécurité physiques, stimulations sensorielles…)
Essayons ensemble d’élaborer un PEI-PE, un « Programme d’Enrichissement Instrumental Petite Enfance» - en fait un inventaire pragmatique fondé sur la connaissance théorique et l’expérience de savoir faire et être vécus, éprouvés – un PEI donc adapté à la toute petite enfance. »

J’ai reçu récemment une information sur des stages PEI de 5 jours (sensibilisation de parents et de futurs médiateurs) concernant la petite enfance à partir de 3 ans) :
Et on m’informe, suite sans doute à la lecture du paragraphe ci-dessus, avoir lu avec intérêt ma « demande de PEI pour la petite enfance », et que mon «vœu est exaucé ».

Cependant les stages proposés aux adultes à Paris et répercutés localement aux enfants sont bien loin d’être gratuits.
Je ne nie pas qu’ils puissent être d’un grand secours à des parents anxieux et à leurs enfants en difficulté.
Mais je crains deux dérives possibles : une sélection par l’argent et surtout peut-être la tentation d’un forcing précoce.

Voilà pourquoi je crois devoir apporter une dernière fois des précisions sur mon projet de PEI-PE :
Il est destiné aux tout petits, c’est
« un PEI donc adapté à la toute petite enfance. », de 0 à 3 ans.
Les fondamentaux de ce PEI-
TPE :

  • Il est destiné à tous les enfants, de 0 à 3 ans, en particulier les plus défavorisés, donc entièrement gratuit et bénévole – ce qui n’exclut pas l’efficacité.
  • Il voit dans la maman et l’entourage proche de la toute première enfance les médiateurs naturellement compétents de tous les premiers apprentissages ;
  • Il vise à prévenir massivement les souffrances liées aux difficultés et à l’échec possibles à l’école ;
  • Il refuse toute idée de forcing précoce (un critère absolu : le plaisir évident d’un enfant de plus en plus épanoui et équilibré) ;
  • Il souhaite sensibiliser les décideurs à l’importance des contextes sociaux de la petite enfance

Ceux qui me suivent depuis les débuts de ce blog (3 mois déjà, 2000 visites…) ont bien compris que la générosité, l’altruisme et la lucidité sont des qualités essentielles à ce projet qui est, je le précise une dernière fois, un
Programme d’Enrichissement Instrumental de la Toute Petite Enfance.

Quelques conseils pour terminer :
Notez (rien de plus volatile que la mémoire !) vos idées de conseils, d’actions possibles pour cet « enrichissement instrumental des tout petits ». Faites, comme le conseille Feuërstein, des canevas, des tableaux, des plans :

  • Selon les « instruments » du tout petit
    • Ses sensations
      • Vue
      • Toucher
      • Goût
      • Audition
      • Odorat
    • Son action
      • Schèmes sensorimoteurs
      • Activités, motricité (déplacements, marche, explorations)
      • Intelligence sensorimotrice, essais, expériences, touche à tout…
      • Ses jeux
      • La parole
    • Son équilibre, son épanouissement corporel
    • Son affectivté
  • Ses acquisitions, ses progrès à noter, à « guetter »
    • Le gazouillis, la parole
    • L’objet permanent
    • La fonction représentative
      • Le faire semblant
      • Les jeux
      • La mémorisation
      • Les premiers gribouillages et « dessins »
  • Le tout petit seul
  • Les partenaires du tout petit (les divers contextes relationnels)
    • Des personnes
      • Lui-même
      • D’autres enfants
      • Sa fratrie, ses parents, ses proches
      • Des inconnus
    • Des animaux
    • Des objets
      • Seins, doigts, main…
      • Objets de hasard
      • Jouets
  • Selon l’âge du tout petit, ses “étapes”
    • Avant la naissance
    • À la maternité
    • Les 3 premiers mois
    • Le « ramper »
    • La marche…
  • Selon les lieux
    • Berceau, lit, poussette
    • Chambre
    • Maison
    • Extérieur
    • Quartier
      • Rues, espaces verts
      • Magasins, grande surface, cafétéria, restaurant…
    • Lieux inconnus
    • Chez des parents, des voisins
  • Selon les saisons

Il s’agit, pour chacune de ces « cases » de ces quelques tableaux donnés en exemple, d’imaginer, ou mieux, de se remémorer des activités de stimulation, d’encouragement du tout petit à partir plus confiant à la conquête du réel, en veillant toujours à son équilibre affectif et relationnel.
N’oubliez pas que l’on oublie vite : Jules Renard disait « Il faut saisir l’idée fuyante et lui écraser le nez sur le papier. »

Alors, à vos tableaux et à vos notes, et prenons l’habitude d’échanger. Vous savez comment me joindre :
toutpetits@hotmail.fr

Protection du site : J’ai dû m’y résoudre.
Copyrightdepôt

A


Jouer avec rien, jouer avec tout

Vous avez remarqué combien souvent je vous ai parlé du « jeu » chez le tout petit.
Ce jeu par lequel l’enfant se construit, n’a rien à voir avec le jeu formel défini par Roger Caillois « Les jeux et les hommes » (Gallimard 1957) qui est, entre autres caractéristiques, improductif, réglé, fictif (Cf Wikipedia ).
Remarquons que le joueur, pris dans un réseau de règles, de conventions, s’abstrait du monde réel, le jeu étant alors vécu comme un moyen efficace d’oublier, justement, un réel trop dur ou pour le moins ennuyeux.
L’enfant, lui, dès sa naissance, et même avant, joue avec le réel, ne cessant de le soumettre, pour le faire « bouger », pour introduire « du jeu » dans un bloc apparemment impénétrable, » insaisissable », sans lois, sans organisation. Par le jeu, l’enfant, lui, ne s’abstrait pas du monde, il y entre.
Le bébé, le tout petit ne cesse de jouer avec ses outils de conquête, de compréhension que sont ses perceptions sensorielles. Sa mémoire, déjà, est essentielle, elle enregistre des “effets” liés à certaines « activités » perceptives, sensori-motrices - les toutes premières notions de causalité ne viendront que de la conscience de la régularité possible de ces effets, de leur reproductivité pour ainsi dire accidentellement ressentie, reconnue, puis peu à peu intentionnelle (habitudes, activités intentionnelles)
Le tout petit joue avec rien, en fait avec tout ce qui peut lui procurer des sensations.
Le tout petit n’a pas de jouets. Pour lui tout est jouet, tout est source de sensations, le cordon ombilical qu’il saisit, les parois de son domaine utérin contre lesquelles il se tapit quand maman ou papa tapote, l’appelle, le liquide dont il se régale (mais pas toujours, le menu de maman laisse parfois à désirer…). À sa naissance c’est le monde tout entier qui l’assaille, qui semble se jouer de lui, le noyer sous un flot de sensations sans liens. Heureusement, il a très vite grâce à maman reconnue, quelques repères olfactifs et auditifs : sa peau donne à Bébé des sensations oh! combien plus fortes, et cependant de même nature, grâce aux caresses et surtout au merveilleux bain. Et Maman lui assure des moments de quiétude heureuse. Sans compter les longs temps de sommeil, où déjà, par le travail du rêve, le tout petit, comme nous « révise » le monde vécu pour le rendre plus acceptable.
Et très vite, déjà, ce tout petit de rien du tout est plus fort que le monde, parce qu’il commence à le « saisir ». Et cette conquête, ce jeu d’énigmes toujours renouvelé durera tant que se maintiendront les moteurs que sont la curiosité, le désir d’essayer, de chercher pour ressentir, bientôt pour trouver, alimenté par le bonheur des réussites.

Au temps des expériences, de l’intelligence sensori-motrices (de la naissance à 18/24 mois), puis à celui des opérations concrètes (de 2 à 11/12 ans), toute la construction de l’intelligence se joue dans cette relation triangulaire interactive action-sensations/perceptions, analyse/mémorisation.
La main et le cerveau sont les deux outils essentiels, tous deux agissent, l’un en « représentation », en anticipation d’une stratégie à maîtriser, ou à affiner, ou a renouveler (invention, découverte), l’autre en essais, tâtonnements, vérifications, répétitions… Entre main et cerveau, les organes des sens ne sont que des agents – indispensables (mais leurs déficiences peuvent être compensées) - de renseignement, de transmission des ordres et des informations qui « remontent » en feedback.
Feuërstein a bien mis l’accent sur l’importance de ce travail mental de la « représentation » qui permet de « rejouer » de mémoire l’expérience, les tâtonnements récents : Cette stratégie du savoir attendre « je réfléchis une minute » évite l’impulsivité brouillonne qui mène tout droit au désordre extérieur et interne.
Notons bien toutefois que cette manipulation mentale des objets ne peut se faire qu’à partir des manipulations concrètes et très peu de temps après ou avant : en d’autres termes, jusqu’à l’entrée au collège – il y a bien sûr des exceptions – l’enfant doit toucher, déplacer, ranger, classer, tâter, tâtonner jusqu’à ce que jaillisse une idée, ou tout simplement une sensation, une impression mémorable, qui vaille la peine d’être « enregistrée » et qui méritera d’être reproduite en raison du plaisir (ou de la satisfaction – on grandit ! -) qu’elles produisent.

Cette fonction de « représentation », (la fonction sémiotique ) cette aptitude aux symboles, au cinéma mental, et qui commence très tôt, est sans aucun doute, avec l’utilisation de codes (l’écriture entre autres, qui permet de communiquer à distance) ce qui assure la supériorité de l’homme sur l’animal, le petit enfant découvrant aussi très vite qu’il a une pensée autonome de celle de l’adulte qui ne “lit” pas tout et qu’il peut éprouver les sentiments, vivre en partie ce que pense l’autre - c’est le début de l’empathie, cette faculté éminemment sociale de se mettre dans la peau des autres (dans leur tête et dans leurs émotions).

À partir de 11/12 ans, la puissance du génome humain permet des manipulations sans objets concrets : l’enfant, l’adolescent « jouent » avec des idées abstraites, des « inconnues » et autres variables mathématiques : Ces manipulations mentales aboutissent à des hypothèses qui sont des essais d’explications, de lois de l’organisation possible du réel. À partir de ces hypothèses de lois, le cerveau pense, imagine, déduit des applications qui pourront être vérifiées par d’autres opérations hypothético-déductives mais aussi par des expériences en laboratoire où on retrouve souvent la dure résistance du réel qui impose la révision des hypothèses initiales.

Le petit animal lui ne « joue » dans son enfance que les activités qui seront essentielles à sa vie et à sa survie. Dès qu’il aborde l’âge adulte, il répète, par imitation, les « jeux » sociaux de son groupe, il s’entraîne par ces jeux à sa future intégration sociale. Quand il est intégré, fini de jouer gratuitement, pour le plaisir.
L’animal adulte n’a plus guère besoin de chercher, il a tout trouvé, il ne cherchera plus. Mais il est condamné à rester en groupe, il ne peut communiquer qu’à portée de regard ou de cri.
L’homme lui a inventé l’écriture. Même en prison, il peut continuer à chercher et à trouver.

Revenons au jeu de notre tout petit qui n’est pas encore au collège…
Seul, ou avec papa, maman…, ou avec ses aînés, il va jouer, il doit jouer. Le médecin consulté observe ou demande toujours s’il joue. S’il ne joue pas, notre tout petit est malade ou déprimé.
Plus les jouets seront simples, meilleurs ils seront.
Rappelez-vous ce document de conseils de l’UNESCO ou de l’OMEP que je cherchais… et n’ai toujours pas retrouvé : il était destiné aux populations les plus pauvres (de chaque continent) et suggérait aux mères des activités de jeux avec leurs tout petits en tirant parti des seules ressources naturelles.
Faisons comme si nous étions démunis de tout, sauf de la nature qui nous entoure et qui nous offre bien des voies d’accès à la compréhension du monde.

Réfléchissons-y, inventons ensemble et photographions.
Associez à cette réflexion les aînés de vos tout petits, les “grands” qui sont déjà en maternelle : vous serez surpris de la variété des idées de jeux et jouets “naturels” qu’ils auront pour leurs petits frères et sœurs. Et s’ils y prennent du plaisir, eux, les grands, ils prendront l’heureuse habitude de jouer généreusement avec les petits et ils sauront apprécier leurs réussites, partager leurs joies et les encourager. C’est très exactement ce qui se passe dans les classes à plusieurs niveaux: les petits sont “tirés” vers le haut et les grands deviennent plus attentifs, plus solidaires.

Un PEI-PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la Petite Enfance

Le PEI de Reuven Feuërstein est d’abord un programme de sauvetage affectif (reprise de la confiance en soi, restauration d’une image de soi moins dévaluée) et de reconstruction, puis de structuration pour plus d’efficience des potentialités retrouvées.
Il s’adresse donc le plus souvent à des adolescents, à des adultes qui sont des victimes anciennes déjà, qui ont longuement souffert, qui ont accumulé les échecs, les frustrations, les doutes et les renoncements.

Ce dont je rêve, comme je n’ai cessé de le faire - est-ce une utopie ? – c’est d’une action préventive, le plus en amont possible, c’est-à-dire dès la naissance (et même pendant la grossesse et au temps encore plus ancien du désir d’enfant), essentiellement donc pendant la petite enfance, de 0 à 3 ans, au moment où les choses, mine de rien, se précipitent, un temps où les progrès vont à un train d’enfer, où les besoins à satisfaire sont les plus impérieux – et pourtant les plus simples (bonheur relationnel, bien-être et sécurité physiques, stimulations sensorielles…)

Essayons ensemble d’élaborer un PEI-PE, un « Programme d’Enrichissement Instrumental Petite Enfance» - en fait un inventaire pragmatique fondé sur la connaissance théorique et l’expérience de savoir faire et être vécus, éprouvés – un PEI donc adapté à la toute petite enfance.

Le bébé qui vient de naître a déjà des outils qu’il mûrit depuis des mois de vie intra-utérine. A la naissance, il a tout un bagage, tout un équipement de capteurs sensoriels (goût et odorat, toucher, audition, vue) en bon état de « marche » et qui ne demandent qu’à servir, à être sollicités, encouragés, affinés. Tous ces flux de sensations captées et acheminées pour appréciation, analyse vers les 15 milliards de neurones du cerveau, vont être d’abord en quelque sorte subis mais de moins en moins passivement : les réactions vont se diversifier – pleurs, cris, sourires, mimiques – mais aussi et surtout mouvements. Car Bébé n’est pas fait que de capteurs sensoriels, il a aussi tout un équipement neuromusculaire aux ordres – de mieux en mieux obéis - du cerveau. Bébé réagit, Bébé bouge, remue, gigote… et Maman le sait bien depuis son 5ème mois de grossesse…
Ces sensations et ces possibilités motrices – de déplacement donc ( des yeux, de la tête, des bras et des jambes, puis de la main, des doigts) vont peu à peu se coordonner pour « jouer » du monde, des choses du réel, pour manipuler, ce qui provoquera en feedback des flots de sensations nouvelles qui conforteront ou contrediront, d’où peu à peu des « stratégies », des schèmes “prémédités” d’actions successives efficaces sous contrôle sensoriel, des enchainements de petites actions intentionnelles : c’est là que se situe la naissance de l’intelligence.

Etre intelligent c’est d’abord être ouvrier. Gloire et honneur à la main et à l’œil qui la conseille, et au cerveau qui en tâche de fond silencieuse ne cesse de coordonner… et de savourer l’ineffable plaisir qui en résulte en cas de réussite, ce plaisir qui alimentera le désir de recommencer, de varier, d’essayer à nouveau.
L’intelligence naît dans le triangle main - oeil - cerveau. Si la main est déficiente, la mémoire des actions accomplies par d’autres (enfants, adultes de l’entourage…), la “représentation” - le petit cinéma qu’il s’en fait - suffit à l’”intelligence” (la compréhension) du pouvoir de l’action, de l’intention préalable, sur le réel, pour le modifier, l’expérimenter. Si l’œil est déficient, la perception des sensations tactiles venues de la main, du corps, permet au cerveau de se faire une “image” de l’action, ainsi vécue, donc “vue” parce que “sentie”, dans le noir.
Les déficiences sensorimotrices, et même cérébrales peuvent toujours être au moins en partie compensées, contournées. L’intelligence naît toujours de l’emploi de plusieurs “outils” . Si un outillage manque ou est incomplet, on fait avec ce qu’on a. Ce qui est indispensable c’est d’avoir gardé intact le désir d’essayer, d’entreprendre : les bonheurs des petits handicapés pour leurs modestes réussites sont sans doute bien plus intenses que les nôtres, nous qui sommes souvent suréquipés et qui ne savons pas bien tirer le meilleur parti de notre riche dotation. Observez comme votre chien qui vous aime cherche à vous “lire”, à vous “entendre”, et comment malgré son absence de langage humain, il parvient à communiquer avec nous…
Je reviendrai longuement sur ce thème : Le tout petit ne cesse de lire et d’écrire.

Il n’y a de vraie pédagogie que celle du plaisir de la réussite.
Quand on veut éduquer, apprendre, il faut, toujours, savoir donner des occasions de réussites, organiser des « provocations » à agir, à tenter, à expérimenter, et qui ne soient pas des défis impossibles. La vraie générosité du pédagogue est de savoir se mettre au modeste niveau des petits “élèves”, et d’être même assez humble pour partager sincèrement leurs grands petits plaisirs.
Être pédagogue c’est avant tout être un passeur généreux.

Donc apprenons à donner à nos tout petits des occasions de réussites à la portée de leurs sensations et de leur motricité débutantes. Observons, guettons les « jeux » qui marchent, qui plaisent, qu’ils rejouent pendant des heures, des jours, dont ils ne se lassent que quand ils sont mûrs pour de nouvelles étapes. Nos images, vidéos, témoignages peu à peu rassemblés ( et datés par l’âge des « acteurs » ) seront autant de preuves de cette synergie plaisir/désir – jeu/action.

Épanouir pas cher
Images, vidéos, écrits, récits, idées… Montons ensemble pour le mieux-être des tout-petits une « banque » de témoignages en images fixes ou animées, en paroles personnelles ou rapportées, enregistrées ou écrites, une réserve des savoir-faire d’adultes (ou d’autres enfants, de la famille ou non)
Il faut que nos images, nos vidéos, nos témoignages ainsi rassemblés et commentés interpellent et motivent celles et ceux qui nous visiteront par la suite. Il est des images, des récits authentiques, qui valent tous les discours du monde.

Dans un prochain billet, je vous dirai les stratégies que nous pourrions mettre en oeuvre pour mieux “outiller” notre bébé blog, pour le rendre plus efficace - plus intelligent!… - pour les buts que nous poursuivons. Nous essaierons de mettre en place des outils, des procédés de collecte d’images, de vidéos, de témoignages.

Je termine par un appel:
Je recherche un document de 4 à 5 pages ronéotées que j’ai eu il y a bien longtemps, que je ne retrouve plus - je suis excellent en désordre…
Ce document émanait sans doute de l’UNESCO ou de l’OMEP (Organisation Mondiale pour l’Éducation Préscolaire). L’OMEP créée par des survivants de la seconde guerre mondiale s’est beaucoup préoccupée des progrès à faire de l’humanité et ils ont eu l’intuition que c’était dans le berceaux, dans les maternelles que se trouvait un possible meilleur avenir. Mais dans le contexte de misères et de privations de l’immédiat après-guerre, ils ont été amenés à beaucoup réfléchir à des solutions aussi simples et aussi peu onéreuses que possible pour épanouir l’intelligence des tout petits.
L’une de ces solutions privilégiées, objet de plusieurs congrès mondiaux de L’OMEP est le jeu.
Le document que je recherche donne des conseils en matière de jeux avec leurs tout petits à l’intention des mamans des pays les plus pauvres, les plus “primitifs”, et qui n’ont évidemment pas les moyens d’acheter des jouets, des contrées où le Père Noël ne s’égare pas…
Ces quelques pages nous seraient bien précieuses, elles seraient les bases de notre quête d’occasions de jeux, d’activités pour des enfants de la naissance à 3 ans. Elles disaient aux mamans comment jouer avec leur petit enfant avec des objets de la nature, des galets, des pierres de couleurs et de tailles divers, des feuilles, des noyaux, de simples bouts de bois, sans compter les jeux seul ou à deux avec les mains, les doigts, le corps et les multiples plaisirs sensoriels qu’il peut procurer.
Si nous ne retrouvons pas ce document, nous saurons bien en élaborer un ensemble, et il nous faudra penser à tous ces petits de couleurs et de langues si différentes et qui pourtant, tous, sans exception ont les potentialités des petits blancs. Et bien sûr aussi à tous nos petits de chez nous que la sournoise misère, de plus en plus envahissante, malmène et détruit parfois.
Je vous le disais, ce changement de regard implique un changement de société.

 

 

 

Feuërstein et le PEI (Programme d’Enrichissement Instrumental)


 

À peine adolescent, Reuven Feuërstein avait déjà la réputation de savoir apprendre à lire et à écrire aux adultes illettrés de son voisinage.

Plus tard, il a su « sauver » culturellement des enfants de déportés disparus. On pourrait dire maintenant, à la lumière des éclairages de Boris Cyrulnik, qu’il a su être pour tous ces enfants gravement traumatisés un « pilier de résilience » et réactiver chez eux des leviers, des moteurs de survie mis en place le plus souvent, bien avant les catastrophes, dans la toute petite enfance, dans la chaleur et le bonheur des premières relations maternelles et familiales.

Il a su « récupérer » les juifs éthiopiens souvent ethniquement croisés qui depuis plusieurs générations avaient totalement perdu leur culture juive.

Il a ainsi accompli des « miracles » didactiques et relationnels, et peu à peu, à partir de ce vécu et de convictions profondes, théorisé sa méthode et ses outils du PEI (un peu à la manière de Freud dont la psychanalyse fut à la fois une pratique et une théorie)

Il est utile de savoir la récupération « marchande » qui a été faite des techniques de Feuërstein : il est bon pour un cadre (adulte donc et bac ++ , on est loin des orphelins de déportés ou des juifs d’Éthiopie) de faire un stage PEI. Ce qui prouve à coup sûr que ces outils d’enrichissement instrumental ne sont pas que d’acquisition, mais que surtout ils génèrent des attitudes efficaces dans la confrontation aux problèmes à résoudre, des stratégies performantes d’apprentissage, d’acculturation. Que des adultes décideurs progressent n’est pas en soi une mauvaise chose, mais cela risque de les conforter dans un sentiment de supériorité et de donner à penser que ces techniques nécessiteraient une intelligence adulte déjà bien en place, ce qui est une erreur fondamentale. L’apport le plus précieux de Feuërstein concerne chez les enfants en grande difficulté la remédiation intellectuelle, la restauration des attitudes de confiance en soi par l’évidence de réussites, l’importance de la médiation (le « passage », la transmission de savoirs, de compétences, d’attitudes) dans cette relation triangulaire : enfant, connaissance, médiateur.

Cette acte de médiation, pour être efficace au point de restaurer l’espoir et la confiance chez les plus déprimés ou révoltés des enfants en échec, suppose chez le « passeur » une authentique générosité qui ne se satisfait que de l’évidence du bonheur, de l’équilibre retrouvés chez l’enfant.

 

Un livre précieux explique longuement ces processus de restauration des attitudes et des aptitudes :

Rosine DEBRAY « Apprendre à penser - Le programme de R. Feuërstein: une issue à l’échec scolaire » ESHEL 1989

Vous y apprendrez que l’intelligence d’un enfant est une construction, que rien n’est jamais perdu, qu’il s’agit souvent de restaurer, de reconstruire, de consolider, d’apprendre ou de réapprendre à l’enfant des techniques de saisie, de compréhension du réel, du monde, de lui donner des outils, des instuments efficaces.

PEI ne signifie pas Programme d’Enrichissement Intellectuel. Non ce I ( et c’est très important) signifie Instrumental. Oui ce sont les outils et les techniques du médiateur, du PEI de Feuërstein, qui sont intelligents et qui rendent intelligent, qui construisent ou restaurent l’intelligence. Et vous saurez que l’essentiel est à coup sûr le climat affectif, chaleureux et généreux, dans lequel baigne la transmission, le « passage » de compétences de celui qui sait à celui qui ne savait pas ou ne savait plus ou qui avait perdu tout désir d’apprendre.

J’ai envie de dire à propos du formidable livre de Rosine DEBRAY, comme sur la page 4 de couverture d’un livre qui nous avait beaucoup fait rire dans notre jeunesse – mais on savait encore rire de choses gentilles (« L’œuf et moi » de Betty Mc Donald) – quelque chose comme : « Si vous ne pouvez acheter ce livre, empruntez-le, volez-le… »

Mais je pense que ce lien vous aidera dans vos recherches, s’il n’est pas chez votre libraire ou dans votre bibli personnelle ou de quartier : http://www.google.fr/books?id=c_GXAAAACAAJ&dq=inauthor:Rosine+inauthor:DEBRAY&lr=lang_fr&as_brr=0&rview=1