La résilience dans tous ses états

Résilience et résiliance.
Il y a la résilience, celle dont on parle, ce fait si mystérieux dont certains doutent, ce concept, cette idée, bref : ce mot.
Et puis il pourrait y avoir la résiliance dont on sent, rien qu’à l’écriture, qu’elle est active.
Car ce mot résiliance, ainsi écrit, garde quelque chose de l’énergie du participe présent d’un verbe qui serait « résilier ».

On peut dont être résilient passivement, et résilier activement.
Il y a des résilients consommateurs, bénéficiaires passifs, et des résiliants donneurs, acteurs.
Les tuteurs de résilience seraient donc en fait des tuteurs de résiliance, actifs - mais souvent sans en être conscients : ils émettent en quelque sorte de la résilience dont bénéficient des récepteurs passifs, les futurs résilients.
L’un fait de la résiliance et l’autre thésaurise de la résilience, chacun un peu malgré soi. Mais il y a une justice: un résilient, passif au moment de sa détresse, devient presque à coup sûr résiliant actif, plein d’empathie et de sensibilité et d’ouverture aux autres quand il a surmonté son épreuve, conscient de ce qu’il doit à cette banque de solidarité que constitue le phénomène de la résilience: là encore, rien ne se perd de ces flux d’énergie.
Aussi n’hésitez pas à vouloir délibérément être résili
ant actif: Même si vous avez le sentiment que vos efforts résiliants sont inopérants, vous, à coup sûr serez transformé et plein d’une énergie nouvelle née du sentiment d’être en harmonie avec de vraies valeurs humanistes. Dans les pires épreuves, telles que la déportation, les persécutions, celles et ceux qui ont survécu le doivent au fait qu’ils ont su s’oublier eux-mêmes pour venir en aide à de plus fragiles, de plus vulnérables qu’eux. La résiliance au quotidien, ce ne sont souvent que de petits versements que vous ferez sur le livret d’épargne affective de vos tout petits, pour bien plus tard, quand le parcours sera jalonné de risques et de souffrances. Vous n’en serez pas remercié(e) de sitôt, peut-être jamais, tant cela a l’air d’aller de soi, mais sachez que vous serez un jour de celles ou de ceux qui auront vraiment compté dans une vie - et on les dénombre sur les doigts d’une main : prenez quelques minutes et essayez de faire le tour d’horizon des “phares” qui ont éclairé votre vie et qui parfois vous ont peut-être sauvé du désespoir.

Les mamans disponibles gorgent leurs nourrissons de bonne et substantielle résilience dont ils feront usage chaque fois que la vie sera dure.
Ces mamans-là – toutes les mamans à qui leur vie quotidienne, leur contexte socio affectif permettent d’être naturelles, instinctives (j’oserais dire animales) avec leur tout petit – apportent en plus du lait nourricier qui va réchauffer mais aussi étayer, charpenter le corps, une nourriture affective tout aussi indispensable. Le flux de bon lait riche de ses calories classiques sera alors porteur d’un surplus d’énergie, de désir de vivre, de conquérir, de lutter et de résister éventuellement. On pourrait dire qu’il y a des calories affectives, des calories qui réchauffent le cœur.
Les calories classiques se mesurent, se quantifient, se récupèrent.
L’affectivité est impondérable, immatérielle.
La résilience est une des composantes de ce faisceau de forces qu’est l’affectivité.

La résiliance, c’est la résilience voulue pour l’Autre.
Mais on est souvent résiliant à son insu, on fait de la résiliance sans le savoir, parce qu’on est ainsi, on fait du bien, sans s’en douter, à ceux qu’on côtoie. Et on est parfois plus performant en résiliance avec certains qu’avec d’autres moins en harmonie avec nous.
Certains ont une sorte de magnétisme résiliant qui envoie à leurs proches leurs bonnes ondes résiliantes sous forme souvent de simples paroles dites comme il faut au moment où il le fallait, de simples contacts stimulants, de simple présence rassurante.
De même on est souvent résilient sans s’en rendre compte : on puise tout naturellement, au jour le jour, en fonction des petites épreuves endurées dans son capital résilience et le rééquilibrage se fait souvent en douceur entre manque et ressources, si toutefois un coup trop dur ne nous oblige pas à dilapider, voire épuiser nos réserves de motivation et d’énergie, d’aptitude à rebondir.

On peut aussi contribuer à sa propre résilience, être auto-résiliant, arrondir peu à peu son capital résilience, par son style de vie par exemple, en évitant certains risques et en s’efforçant de mériter l’estime de soi qui est un des plaisirs sublimés, différés, les plus forts et motivants qui soient.

En plus de résilience et résiliance, les jumelles phonétiques (rézilyance – on entend chaque fois «zil » puis « yence » / « yance »), j’aimerais qu’on adopte aussi une petite sœur hétérozygote – d’un autre ovule – donc différente à l’oreille : résillence, prononcée « réziyance » - on entend cette fois « zi » puis « yance ». Résillence : vous remarquez le i et les 2 l, et ça sonne « ye », et on entend « résille ».
Résille : la coquetterie de bien des dames d’autrefois, ce réseau de mailles qui enserrait et retenait leur chevelure.
La résille est un réseau.
La résillence serait cette force, cette énergie puisée par le seul fait d’être inséré (enserré) dans un réseau humain.
Dans notre Saintonge, on appelle « résille » du « goret » ce que les vétérinaires nomment le péritoine du porc. C’est ce fragile réseau nourricier qui entoure la masse de l’intestin grêle, chez le « goret » comme chez nous humains où son inflammation est la terrible péritonite.
Quand nos paysans font la « tuange dau goret » (la mise à mort du porc à la ferme), ils recueillent soigneusement cette fragile résille blanche et rosée qui enveloppe la masse noble des intestins qui tombe en avalanche molle du malheureux goret ouvert et suspendu au « pendail » le bien nommé, et les femmes vont préparer et frire des « crépinettes », des sortes de petites galettes de chair à saucisse enveloppées chacune dans un fragment de la précieuse « résille ».
Tout ce détour ethno folklorique pour souligner l’importance d’un réseau, d’un filet, la force structurante de la maille, du lien.
Le réseau est toujours plus fort que la simple addition de ses « mailles », de ses éléments.

Le tout petit nourrisson a besoin pendant 2 ou 3 mois d’une relation duelle, forte, indéfectible, un réseau à deux mailles si proches qu’elles semblent n’en faire qu’une.
Même si dans les quelques jours qui suivent sa naissance, d’autres « mailles » sont perçues, entendues, entrevues, flairées.
Mais très vite, va débuter sa structuration sociale, ce maillage affectif vital, ce tricotage de liens si cher à Boris Cyrulnik, tout un réseau de plus en plus ramifié, avec ses bonnes mailles et ses moins bonnes
(« vous êtes le maillon faible, Taty Danielle à l’affection douteuse »…). Une vraie « résille » qui enserre les organes nobles de la vraie vie affective.
Tout une résillence donc, qui commence à se mettre en place et contribuera à tenir, à soutenir par sa force de réseau autant et plus que l’ensemble des tuteurs de résilience qui le constituent.

Ces nuances phonétiques et graphiques ne sont là que pour faire sentir que la résilience, se constitue, se joue, s’actualise à plusieurs dans un contexte qui doit être porteur :
- un bénéficiaire souvent inconscient de cette manne affective parce que tout petit ;
- des donateurs, très souvent eux aussi inconscients – de leur prodigalité : la maman, le papa et les tout proches, pour commencer.
- Ces piliers de résilience, de plus en plus nombreux si le tout petit grandissant a de la chance constituent un réseau, un maillage, un tricot de liens, d’attachements, qui vont structurer la personnalité naissante du tout petit et leur donner sa coloration plus ou moins heureuse, optimiste, dynamique, résistante aux épreuves et désireuse d’avenir.

Le baume de mots vrais de Françoise Dolto

On le sait, il y a parfois, hélas, de mauvaises fées, des sorcières qui se penchent sur les berceaux, et qui, envieuses ou anxieuses, distillent des propos fielleux quant à l’avenir du tout petit nouveau venu : « Ah ! Avec celui-ci [ou celle-là], ça ne sera pas facile !… » Il est vrai que parfois les gênes ou la seule malchance néo natale jouent de sales tours aux nouveaux nés qui n’ont pas que de bonnes cartes dans la première donne de leur jeu et qui leur confèrent d’emblée l’allure de vilains petits canards à l’avenir douteux.
Eh bien ! Malgré cela, Françoise Dolto la super bonne sorcière sait conjurer ces noires prédictions. Habituellement, les magiciennes, même les meilleures des bonnes fées, tiennent à leur pouvoir – et à leur emploi - et gardent précieusement leurs secrets, mais Dolto est si généreuse, si désireuse du mieux-être de tous les tout petits qu’elle nous livre ses formules et même ses secrets d’alambic.

Quelques prescriptions de ce baume de parler vrai de Françoise Dolto (j’en ajouterai d’autres de temps en temps) :
Enfant adopté
« Ce sont tes parents adoptifs, comme tu es leur enfant adoptif. Ils sont comme toi : tu es adoptif, ils sont adoptifs… Deux autres, que tu ne connais pas, ont été tes parents géniteurs. Tu as été engendré par ta mère de naissance, elle n’a pas pu t’élever, et t’a confié en vue d’adoption ; elle t’avait mis au monde sain et solide puisque tu as survécu à votre séparation. »
« Comme je suis reconnaissante à ta mère de t’avoir mis au monde et de m’avoir donné la joie de pouvoir t’élever, bien qu’elle n’ait pas pu te garder, quelles qu’en soient les raisons, je n’en sais rien, ton père non plus ; en tout cas, quelle joie ils nous ont donnée d’avoir un bel enfant, et comme ils devaient être bien pour que tu sois si bien. »
(« Tout est langage » Folio p217)
À la mère désespérée d’un enfant mongolien de 3 jours :
« Il faut le leur dire tout de suite, dès leur naissance » p 158
« Dites à votre fille pourquoi vous pleurez, qu’elle est trisomique 21, qu’elle n’est pas comme d’autres enfants dont on sait comment les élever. Employez le mot « anomalie génétique » et dites-lui que vous pleurez parce que cette anomalie fait que vous ne savez pas comment vous pourrez l’élever et que vous avez peur qu’elle soit malheureuse. » Tout est langage » Folio p159)
Maladie grave
:
« …Il faut le lui dire tout de suite, lui dire : « Tout ce que tu ressens, tu peux m’en parler ; c’est toi qui sais comment cela va ; il faut que tu renseignes le médecin, et s’il n’a pas le temps de t’écouter, moi je le ferai. »
Le Parler vrai d’un enfant qui se savait condamné :
« Tu diras à maman que je l’aime même quand je suis mort. »
Et Françoise Dolto ajoute « Cela fait partie du vivre que de mourir pour chacun de nous, et c’est beaucoup moins angoissant chez les enfants que chez les adultes, parce qu’ils n’ont pas de responsabilité. Ils en ont un peu comme celui-là avait la responsabilité de sa mère. »
L’infirmière lui avait demandé conseil :
- «Cet enfant est en train de mourir, la mère est dans un état épouvantable. Qu’est-ce qu’il faut lui dire ? Faut-il la prévenir ? Elle va arriver dans huit jours, l’enfant sera mort, elle n’a pas l’air de s’en douter…
- Écoutez, moi je ne sais pas, mais l’enfant sait. Il connaît sa mère. Demandez-lui. »
L’infirmière, à l’enfant :
- «Qu’est-ce que tu crois qu’il faut dire à ta mère sur l’évolution de ta maladie ?
- Elle ne peut pas supporter que je vais mourir ; alors tu feras ce que tu pourras. » «
Tout est langage » Folio p155…

La recette du baume du parler vrai façon Françoise Dolto :
Une part de chacun des ingrédients suivants (on les porte presque toujours en soi sans bien s’en douter et ils se révèlent quand joue notre capacité d’indignation et notre besoin d’engagement, d’action, notre refus de rester indifférent et passif)
- altruisme
- générosité
- humanisme
Tout cela bien mêlé à des mots de tous les jours, des mots clairs, sans ambiguïté, « Il faut dire aux enfants les mots justes… Nous disons les mots aux enfants bien avant qu’ils sachent ce qu’il y a sous les mots. » Mais aussi des mots à vous, de votre langue, de votre dialecte, de votre patois même – il est souvent si riche en sentiments simples mais forts et vrais (c’est encore heureusement souvent la merveilleuse langue grand maternelle).
Françoise Dolto répond à la question :
- « Comment peut-on comprendre que l’enfant comprenne le langage ?
- Je ne sais pas, mais c’est vrai. Et il comprend toutes les langues. Si une Chinoise lui parle en chinois, une Arabe en arabe, et une Française en français, il comprend. Il comprend toutes les langues. Peut-être intuitionne-t-il ce qu’on veut lui dire. Peut-être est-ce communication d’un esprit à un autre esprit. Il en a l’entendement.
En couveuse, l’enfant n’entend pas avec ses oreilles physiques que sa mère est là, il a l’entendement de sa présence autre, mais qui est la suite de cette même présence quand il était in utero. Sa mère in utero, c’est sa mère ; sa mère qui vient pour lui et pour elle, l’aimer quand il est dans la couveuse, c’est aussi sa mère. Un cœur à cœur se renoue à défaut d’un corps à corps. »
(« Tout est langage » Folio p215)

Administration : Essentiellement par voie auriculaire, sous forme de phrases et de mots simples. Mais aussi accessoirement et simultanément :
- par voie cutanée (par le contact chaleureux)
- par voie olfactive (par l’odeur reconnue)
- et bien sûr par la vue (par les yeux de l’enfant qui vous voit lui dire ces mots avec une expression – perceptible aussi dans le ton – de sincérité, d’authenticité)
En fait le parler vrai est un bain langagier, un bain auquel on a ajouté les précieux sels de la tendresse, de l’amour, du désir de vie pour l’enfant, de la confiance que l’on a dans le potentiel de progrès d’un tout petit, dans la certitude que l’on a que, quel qu’il soit en ce moment, il est digne que nous soyons ses passeurs.

Posologie :
Il n’y a pas de dose limite, pas d’âge limite, pas de thème interdit, du moment qu’il s’agisse de la vérité de l’enfant, de ses origines, de son passé, si douloureux soient-ils : Personne, surtout pas les tout petits, ne se lasse d’une parole vraie enrobée de tendresse et d’amour.

Contre indications :
Aucune contre indication pour les enfants, si jeunes soient-ils. Aucun risque, ni allergie, ni accoutumance, ni dépendance.
Quant aux adultes, tous seront bénéficiaires de ce parler vrai aux tout petits. Ils apprendront même pour leur plus grand bien à se parler vrai entre eux…
Les seuls à tenir éloignés sont les pervers sadiques notoires (mais Marie-France Hirrigoyen vous dirait que leurs victimes, même adultes, tombent des nues quand elles découvrent celui ou celle qui les harcèle, souvent très proche et faisant parfaitement illusion.)

Les pré-requis du parler vrai.
Quelques conditions préalables tout de même : Ce n’est pas une recette magique, il faut donner de soi-même, avoir développé en soi quelques qualités.
Il suffit d’être capable d’un parler suffisamment vrai, authentiquement généreux et désireux du bien de l’enfant (un peu comme Winnicott parle d’« une mère suffisamment bonne »). Mais rassurez-vous, la pratique du parler vrai vous transformera, vous rendra presque toujours meilleur: Le parler vrai fait du bien aux tout petits mais aussi à celles et ceux de leurs proches qui le pratiquent.

Tout simplement parce que parler vrai à un tout petit a très souvent valeur de serment : c’est un engagement qui le portera, lui le tout petit si vulnérable, si menacé peut-être, mais qui vous portera, vous aussi. Vous serez tenu à garder cette attitude positive et vous serez soutenu dans cet effort par le seul fait d’avoir su employer ces mots dans le climat affectif qu’il leur faut.
Vous deviendrez tout bonnement l’un de ses plus précieux tuteurs de résilience.

Marionnettes : leur parler vrai, leur agir vrai

La marionnette pourrait être vue comme une sorte de personnage, d’être transitionnel entre virtuel et réel. Un personnage que l’enfant (ou le marionnettiste pour que l’enfant s’y identifie) charge de sentiments, d’émotions, d’intentions, de désirs humains, le plus souvent enfantins. La marionnette, cet être mixte va vivre dans un monde imaginaire, imaginé. Elle va y jouer un rôle qu’elle seule, innocente, peut se permettre de tenir dans risque de sanctions.

Admirez cette « danse des petits pains » par Charlie Chaplin dans « la Ruée ver l’or », la dextérité de Charlot.
Mais le plus admirable c’est que nous voyons, nous projetons (un mot du cinéma…) dans cette scène ce que nous voulons y voir. Ce que nous pouvons y voir. La musique, l’ambiance du film, ce qui a précédé, ce que nous anticipons, ce que nous avons aimé dans notre vie, les mimiques de l’artiste, tout cela compose pour chacun de nous un bouquet personnel de sensations, comme toute œuvre d’art.
Le théâtre de marionnettes est l’auberge espagnole où nous venons de faire halte : nous y trouverons ce qu’il y a en nous de richesses ou de mesquineries, notre capacité d’émerveillement, notre acceptation ou notre refus de ce jeu symbolique, notre adoption ou notre rejet de ces êtres transitionnels qui nous permettent des incursions dans l’irréel et néanmoins possible, qui nous représentent, qui sont un peu de nous osant se risquer.
Ici, dans ce cas précis de la danse des petits pains avec Charlot, pas de grand risque, sinon de nostalgie un peu douloureuse au retour de ces contrées où règnent, pendant le temps magique de la danse, la beauté, la grâce, la gentillesse…
Mais rappelez vous aussi le même Charlie Chaplin devenu la Marionnette, le dictateur, le pantin Hitler en train de jouer avec le globe terrestre. Alors là, fini de sourire, notre rire était crispé. Et pourtant ce guignol Hitler avait la même fonction d’accompagnement transitionnel, de nous permettre d’oser entrer dans l’inimaginable : la dictature la plus atroce encore possible si nous ne sommes pas suffisamment vigilants car, et c’est le message subliminal que le clown nous adresse ainsi : toutes les tragédies ont d’abord l’allure de jeux grotesques, de sinistres farces (« Non ! ce n’est pas possible ! »).

La marionnette dit à notre réalisme: « ne croyez pas trop en moi. Vous voyez bien que je ne suis qu’un objet de pas grand-chose ». Les petits pains nous disent : « Faut pas [trop] rêver, nous n’avons rien de la grâce des ballerines, ni tutu, ni « petits chaussons de satin blanc ». Nous ne sommes qu’illusions et leurres grossiers. » Et le Dictateur lui aussi veut se montrer, sans grand pouvoir, sans danger en ce sas, inoffensif.
Et en même temps, les marionnettes nous exhortent : « Allez! laissez-vous aller, laissez-vous porter, transporter par le rêve, dansez avec nous, tout au moins en pensée, ouvrez la malle aux souvenirs, aux émotions. Bien sûr vous aurez un petit peu mal après, mais vous emporterez aussi notre souvenir d’objets à rêver et vous pourrez quand vous voudrez vous refaire en pensée une petite projection intime et pourquoi pas une ruée vers l’or à votre façon avec saloon et « vraies » danseuses que vous serez ou que vous applaudirez… Et le guignol d’Hitler glisse à notre inconscient : ne vous fiez pas trop à mon apparence.

La marionnette peut oser parler vrai. Puisqu’elle est censée n’être qu’objet ou, au plus, quelqu’un d’autre que moi. Et dans son parler vrai elle questionne souvent son « montreur » (son père alors – mais on voit des marionnettes enfant accompagnées de plusieurs membres de sa famille virtuelle). Et elle pose des questions essentielles (pour un enfant du jeune public) : « Tu m’aimes ? – mais oui. – Tu m’aimes comment ? – Très fort. – Et lui, (regard, geste vers la marionnette nourrisson qui est dans le berceau), tu l’aimes aussi fort? – Bien sûr – Fais-moi un câlin… Encore… très fort… »

C’est la force de l’esprit humain de pouvoir, de savoir donner du sens à des objets, à des êtres de fiction. Et peut-être surtout de savoir atténuer, nuancer une signification trop lourde, intolérable, trop réaliste, trop prégnante. Et même de savoir la travestir, la modifier, la coder, la rendre méconnaissable pour un temps. Ce que fait le rêve.
Un spectacle de marionnettes, c’est sans doute une forme de rêve éveillé.
Je peux être mon propre marionnettiste.

La marionnette, comme tout faire-semblant est un jouet. Bien plus : un jeu, une faille, une lézarde dans un réel trop dur par laquelle la compréhension va se glisser.
Comme le doudou, être-objet transitionnel entre la maison et l’école, l’ailleurs, le loin, la marionnette est un être-objet transitionnel entre le réel et le possible (craint ou espéré) devenu grâce à elle imaginable, donc vivable un jour s’il le faut. La marionnette contribue à d’éventuelles futures résiliences.

Emmenez votre tout petit voir, entendre, vivre l’ambiance magique d’un spectacle de marionnettes.
Mieux encore, donnez-lui quelques personnages marionnettes et soyez marionnettiste pour lui, avec lui.
Ces marionnettes, faites-les ensemble avec des objets de tous les jours
, des légumes par exemple : Dessinez (ou creusez) des yeux, une bouche, ajoutez un nez à une grosse pomme de terre (qui pourra être le papa, ou le gendarme comme chez Guignol…), une pomme de terre moyenne.
C’est alors que les savoir-faire, les compétences des aînés déjà scolarisés seront triplement précieux, pour la réalisation matérielle, pour la manipulation des marionnettes et pour oser leur prêter des propos (on devient acteur en fréquentant des acteurs, n’est-ce pas, parfois un peu cabotin, avec des trucs de métier – mais soyez sûr que l’enfant, lui est sincère dans ses improvisations tant sont intenses ses besoins d’identification, de projection, d’expression, de communication ?…). Essayez aussi ensemble (avec papa et ses outils et quelques bouts de bois, avec vos coupons de tissu, avec les couleurs des aînés…) de réaliser un petit théâtre de marionnettes
Surtout ne soyez pas trop exigeant quant à la qualité de vos réalisations en commun : les enfants sont d’une indulgence immense dans ce domaine, l’essentiel pour eux est de pouvoir très vite assouvir leur besoin de magie, de poésie, de pouvoir s’identifier en voyant agir le personnage, en l’entendant parler, en s’entendant parler lui-même s’il ose s’identifier au point de tenir un rôle parlé. Rappelez-vous le bonheur que procure un bonhomme de neige et comme il est d’autant plus émouvant qu’il est sommaire. L’esprit humain, l’œil compensent et gomment toutes les imperfections, toutes les approximations. Et le miracle c’est que notre imaginaire à chacun de nous enrichit le misérable objet de toute une bulle immense de souvenirs, d’évocations, de projets, de projections. Chacun de nous selon sa richesse ou ses misères – certains se contentent de bien peu, de rêver, d’espérer. C’est comme dans l’auberge espagnole.
Si vous tenez à préserves vos pommes de terre – qui deviennent une matière première base de créativité hors de prix- pensez aux poireaux : ils sont longilignes, de toutes tailles, élégamment vêtus de vert, et leur tête chenue fait merveille. Si vous tenez à leur faire un regard, un nez, une bouche, vous saurez bien incruster trois ou quatre clous de girofle (attention tout de même aux petits accessoires: vos tout-petits explorent et identifient beaucoup par leur bouche…)
Et pensez aux fleurs du jardin, aux formidables tulipes qui ont tout naturellement les unes par rapport aux autres des positions relatives, des différences de taille et d’épanouissement, des postures, des inclinaisons qui font penser à des conversations, à des colloques. Vous pouvez même les faire parler entre elles sans avoir à les cueillir. Et ainsi la conversation pourra reprendre un autre jour : « - Mais comme elle a grandi votre fille, Mme Tulipe ! – C’est qu’elle boit bien tout ce que le jardinier lui donne… »
Si vous n’avez plus de tulipes, les roses de mai-juin feront merveille. Et si vous n’avez pas de jardin, les grandes marguerites des champs, les boutons d’or seront de formidables acteurs. Vous pourrez organiser diverses petites réunions dans plusieurs vases. On pourra même, rose, aller en visite dans le vase-maison des marguerites : la fleur des champs recevant la fleur des villes…
Dites-vous bien que tout, absolument tout peut être objet de projection, d’identification. J’ai vu récemment un formidable spectacle « La balle rouge » par la « Compagnie du Chat Pitre » qui se dit justement « Théâtre d’objets », merveilleusement accompagné ce jour-là au bandonéon par « Artango « (Jacques Trupin) : Les personnages ne sont que des frites, des frites en mousse jaune bien visible dans le noir, d’une quarantaine de cm pour les parents. Ces parents vont avoir un bébé, puis ils vont se lasser l’un de l’autre et se séparer. Le tout petit, est bien malheureux et compense par son attachement à une balle rouge qui grandit, devient immense à la mesure des besoins d’amour. La souplesse des matériaux, (et la dextérité des manipulateurs) font que tout le public, adultes et enfants, est saisi de tendresse pour cet enfant objet qui vit si vrai les émotions réelles des enfants, vécues ou craintes.

Mais surtout, faites parler vos marionnettes :
Vous, le papa, la maman, profitez de la circonstance, parlez par la voix, les postures, les déplacements de la marionnette que vous tenez, à la marionnette de votre enfant (si c’est en duo), mais aussi à celle d’un autre de vos enfants, à celle de Papa… (si c’est toute une troupe qui se produit ce jour-là dans le coin de la cuisine ou du salon…) Parlez ainsi par personnage transitionnel interposé à vos tout petits (même s’ils ne parlent pas encore, vous verrez comme ils boiront tout cela des yeux, comme ils seront bon public, comme ils en redemanderont) Ce sont pour eux dans le domaine du virtuel des mots possibles de véritables schèmes sensori-affectifs, comme le sont dans celui des objets réels leurs schèmes sensori-moteurs. Ils manipulent (ou voient manipuler) certes des objets, mais en fait ce sont des émotions dont ils sont chargés, dont ils les chargent en pensée, qu’ils manipulent.

Vous l’avez bien compris, l’essentiel est alors de parler, de faire parler, de provoquer, de susciter des répliques, si votre tout petit est en âge de le faire, ou s’il ose le vouloir. Mais même s’il se tait, soyez sûrs que les pensées passent, les siennes… et les vôtres et celles des autres partenaires de la saynète.
Soyez alors sincère dans votre jeu, soyez authentique. Le sens des mots dont la marionnette est l’ambassadeur l’atteindra alors positivement.
Parlez vrai à vos tout petits à travers ces merveilleux porte-parole que seront vos marionnettes. Le prétexte du jeu permet à chacun des sincérités, des audaces même de propos et de pensées.
Et dites-vous bien que plus la marionnette est rudimentaire, plus elle offre de degrés de liberté aux projections.

Dolto et le parler vrai : une «voie royale » vers l’inconscient des nourrissons

Pour Freud, le rêve, l’analyse qu’on en fait pour lui donner du sens, est la voie royale vers l’inconscient.
Quoi de plus bizarre, de plus inquiétant parfois que ces rêves dont nous nous souvenons – pas toujours d’ailleurs : notre inconscient tient à son incognito, à sa « paix » même si cette paix se paie d’une forte tension intérieure épuisante psychiquement, sans qu’on se doute des raisons de cette « fatigue » ?
C’est que notre inconscient « encaisse » tout, en particulier tout ce qui nous blesse.
Les blessures, les souffrances de notre moi ne nous viennent pas que de l’extérieur, de l’autre, mais aussi et souvent de notre « mauvaise conscience », de nos intentions agressives difficilement contenues, de ces pensées qui nous culpabilisent et qu’on voudrait oublier.
Ce stockage intérieur des blessures, des souffrances subies, est sans doute une manière de différer une réponse agressive en retour. Sinon ce serait la guerre perpétuelle, la loi du talion systématique.
Ce refoulement est souvent voulu, plus ou moins bien maîtrisé : on « avale » une humiliation, on ne réplique pas du tac au tac à une parole blessante : on ne cesse de tenter de faire bonne figure, d’espérer une embellie relationnelle. Sinon nous ne cesserions de nous battre comme des chiens devenus furieux. C’est d’ailleurs ce que nous faisons dans les passages à l’acte, quand une mauvaise goutte de trop fait déborder ce vase de rétention qui étale dans le temps les traumatismes subis, qui donne sa chance au temps, qui espère un mieux, qu’un acte, une parole positifs à nos yeux vienne effacer, atténuer tout au moins, panser un peu, et différer l’éventuelle poursuite des hostilités.
Le refoulement qui reste conscient c’est la diplomatie de notre inconscient, une chance donnée à la vie sociale.
Mais le tout petit ne sait pas, ne peut pas, comme l’adulte maîtriser sa souffrance, il ne sait pas y répondre, il est sans grande expérience affective. Il lui faut, et très vite, en retour, le baume apaisant, cicatrisant d’un geste, d’une bonne parole, d’un parler vrai.

Mais attention ! Le pervers sadique sait très bien blesser et parfois tuer avec des mots : Ces mots si mauvais, si dangereux, c’est son parler vrai à lui, c’est lui. Nous reparlerons et souvent des travaux de Marie-France Hirrigoyen, qu’il faut considérer à l’égal de F. Dolto quant à la générosité et au courage de son dire vrai sur le harcèlement.

Comment est-ce que l’inconscient se manifeste dans la vie tous les jours ? De mille manières, on pourrait dire par des indiscrétions : Par exemple par des lapsus qui nous échappent, des jeux de mots qui sont des façons de dire sans dire, des pulsions, des comportements mal contrôlés, des réactions qui surprennent, ces « actes manqués » qui nous étonnent nous-mêmes…
Notre inconscient est omniprésent. Nous sommes toujours plus ou moins poussés, tiraillés, ballottés par des forces contradictoires, des énergies – nos énergies…) qui nous habitent et qui luttent entre elles.
C’est souvent l’anarchie dans notre monde intérieur si mal éclairé : on ne sait qui commande des forces du bien ou des forces du mal - notre bien, notre mal à nous, pas toujours bien conformes à la cohabitation sociale.
L’analyse, c’est un effort d’élucidation de ces mystères internes qui nous travaillent. C’est toujours tenter d’amener à la lumière de notre conscience de vilaines choses enfin regardables. Car c’était ça : on ne voulait pas voir, pas savoir, on appuyait de toutes les forces de ses défenses sur cette bonde qui menace parfois d’exploser. On voulait oublier ce qu’on nous avait fait, ce qu’on aurait pu faire si on s’était laissé aller, si on avait osé, si on avait eu le courage.
Le rêve, c’est le salon de maquillage, c’est l’habilleuse qui travestit ces vilains souvenirs, ces horribles intentions, ces affreux visages de monstres qui restent derrière le rideau et qui voudraient tant entrer en scène, à la lumière des projecteurs. Mais qui ne sont vraiment pas présentables en l’état, qui feraient fuir le public et fermer le théâtre de la vie. Allons! Encore un petit effort de présentation, on voit encore de vilains oripeaux qui dépassent, quelques noirceurs sur vos visages. Voilà, c’est mieux, vous allez pouvoir faire votre entrée, saluer, vivre, qui et quoi que vous soyez, si laids soyez-vous. Ah ! Certes, vous allez surprendre, effrayer parfois, on n’en reviendra pas de vos accoutrements et de vos masques de carnaval, et souvent on cherchera à oublier même votre essai de spectacle malgré votre effort de travestissement.
C’est que le message exprimé n’est pas acceptable : le chiffreur a mal codé, ce qu’on croit comprendre fait peur. Il va falloir reprendre le « travail » du rêve, ce sera pour une autre nuit, un autre somme. Mais soyons tranquille, il y aura de nouvelles tentatives d’évasion, et un beau matin, un fil d’associations d’idées parti d’un bout du rêve remémoré nous mènera à notre grande surprise vers un pan de notre vérité vraie.
Parfois, la souffrance est telle, les comportements sont si perturbés, les rêves si obsessionnels, si inacceptés et si vite refoulés eux-mêmes, qu’il faut l’aide d’un analyste pour aider à cet effort de clairvoyance. Il va lui falloir libérer l’inconscient de son patient des éléments refoulés qui perturbent à son insu sa vie consciente, qui le rendent malade, inadapté à une vie sociale acceptable, qui mobilisent une grande partie de son énergie pour justement contenir le refoulé et l’empêcher d’accéder au niveau de la conscience où il serait toujours intolérable comme au temps lointain où il a été refoulé et apparemment oublié.
Mais pour Freud l’analyse ne pouvait se faire qu’avec des patients ayant un bon niveau de langage afin qu’ils puissent dire leurs rêves, verbaliser leurs associations d’idées.
Françoise Dolto a eu le génie et sans doute surtout suffisamment de bonté, de désir intense de guérir ses tout petits souffrants, de croire en leurs personnes, et d’essayer de les atteindre en leur parlant vrai, généreux, de croire que la charge émotive de l’altruisme qui les sous tendait serait perçue par le tout petit quelle que soit sa langue maternelle, que le courant devait nécessairement passer entre intention authentique de l’adulte parlant de tout son être et le besoin aussi intense de guérir, de continuer à désirer.
Le parler vrai, l’« être vrai » est toujours résilient.

Françoise Dolto ne cesse d’affirmer que le langage adulte atteint le tout petit encore au stade préverbal, même le nourrisson, même le fœtus dans les quelques semaines qui précèdent sa naissance.
C’est que le langage parlé, si spectaculaire, n’est qu’un des langages qu’utilise toute communication entre deux personnes.
La communication directe est toujours tout un faisceau de langages, les uns conscients (la parole qui s’entend, les mimiques, les gestes…, qui l’accompagnent et qui se voient), d’autres inconscients (la charge émotive, l’intention sous-tendue…, qui donnent aux mots exprimés leur vraie valeur, positive, neutre ou négative).
Dans tous nos propos, il y a toujours bien plus que des mots et des idées : il y a surtout, sous-jacents ; des éléments inconscients qui dépendent du destinataire des propos, de notre relation avec lui, de ce que nous lui voulons, de ce que nous en espérons…, mais qui dépendent aussi de nous et qui révèlent toujours quelque chose de notre moi profond, authentique, de sa coloration plus ou moins altruiste, de notre générosité, de notre sincérité relationnelle.

Françoise Dolto n’a jamais rien révélé du contenu des analyses qu’elle a pratiquées.
C’est ainsi que « L’association Archives et Documentation Françoise Dolto » créée en 1990 par les ayants-droits de Françoise Dolto 230 rue St-Jacques à Paris, met à disposition des chercheurs tous ses travaux, et que son but est de « Conserver le patrimoine que constituent les archives laissées par Françoise Dolto, qui comprend des écrits originaux, des manuscrits travaillés, des notes, de la correspondance, des cassettes audio et vidéo – à l’exception des dossiers de patients, que la psychanalyste a tenu à détruire avant sa mort. »
Mais Françoise Dolto nous en dit beaucoup sur sa technique, sa conception de l’analyse, en particulier des nourrissons à laquelle elle a consacré ses dernières années.
Elle nous apprend que la parole, comme un geste, comme une action, peut être bonne ou mauvaise, structurante ou déstructurante, positive ou négative.
Et cela à des périodes de très grande sensibilité, ces « étapes majeures de l’enfant », en particulier les minutes qui suivent la naissance, chaque fois que le tout petit en devenir aborde une nouvelle manière de vivre, accède à de nouveaux pouvoirs (la marche, la parole, la continence – qui peuvent être acceptés ou refusés), mais aussi dans les moments de traumatismes et de souffrance où pourrait s’insinuer le doute dans la fiabilité des partenaires, de l’entourage, des valeurs sûres qui font que la vie vaut d’être vécue, que la victoire sur la difficulté présente vaudra la peine qu’on ait tenté de la surmonter.

Ainsi la parole mauvaise, parfois intentionnellement blessante (Cf une réponse de FD : En substance : « …la naissance d’un nouveau né suscite des sentiments d’intense jalousie contre la famille de cet enfant, d’où les prophéties de difficultés, voire de malheur «Eh ! bien, celle-ci, elle vous en fera voir ! », la parole méchante – parfois la seule pensée mauvaise non dite mais qui « passe » pourtant, se perçoivent, se lisent, « s’entendent » sur les visages, dans la dureté des regards, dans les attitudes, dans l’absence de certains gestes… - cette parole fausse, non vraie, inauthentique peut-être une agression, un passage à l’acte, et génère alors de graves perturbations qui se révèleront par la suite.

Pour FD, taire, ne pas dire, parler faux, parler mauvais c’est blesser, traumatiser.
Dire, révéler, apprendre, même et surtout aux pré-verbaux, c’est prévenir de bien plus graves traumatismes, car la vérité survient toujours même si elle n’accède pas à la conscience (et elle est alors épuisante), c’est atténuer les rivalités fraternelles, c’est atténuer les tensions œdipiennes…

Parler vrai, mettre en mots justes et intentionnellement généreux, c’est toujours prévenir, c’est toujours apaiser, conforter la fiabilité de la relation, c’est objectiver, mettre à distance, extérioriser quelque chose qui blesse intérieurement, qui ferait encore plus mal si le temps passait sur des non dits et pourtant ressentis.
La douleur non parlée ne s’oublie pas.
L’adulte a la parole, en fait le pouvoir communiquer, le tout petit pas encore.
Il est du devoir de l’adulte qui perçoit la souffrance, le mal être du tout petit, de lui « dire » en mots et en manières d’être alors avec lui, son interprétation de son mal et de ses causes, son empathie (il comprend, partage la souffrance) , et les remèdes possibles.

La voie royale qui mène à l’inconscient des tout petits n’est jamais bien fermée. C’est toujours journée portes ouvertes. Tout et n’importe qui peut s’y engouffrer et y commettre des ravages. Mais aussi n’importe qui peut y avancer à mots doux et vrais, le visage ouvert, et faire alors beaucoup de bien.

Allez, et pour finir ces paroles si positives de Françoise Dolto, p 197 de « Tout est langage » :

  • Question : Vous faites des psychanalyses avec des enfants qui n’ont pas encore le langage…
  • F.D. : …pas le langage verbal pour s’exprimer, mais ils ont le langage, sans cela on ne peut pas faire de psychanalyse avec des enfants.
  • Question : Quelle valeur ont les mots en eux-mêmes pour un petit qui ne sait pas parler ?
  • F.D. : On leur dit très peu de mots. On « est » avec eux dans ce qu’ils font. Être. Les mots sont ceux qui nous expriment nous-mêmes, en vérité, pas des mots « à leur portée », mais des mots du vocabulaire clairs pour nous.
    Chez l’adulte, il y a des séances d’analyse qui se passent dans le silence total. De même , avec l’enfant, il y a des séances dans le silence total, un silence verbal, avec une énorme animation de communication. »

ToutPetits-Jeux (TpJx) : Jeux de rien, jeux de tout

Relisons d’abord cette page « Jouer avec rien, jouer avec tout », et celle-ci aussi, déjà plus pratique : « Des intentions à l’action »
Cette page de rien contient tout l’essentiel de ce dont il faut être persuadé : L’intelligence d’un petit d’homme se construit dès la naissance, et sitôt que la main devient capable de tenir et que le regard se coordonne pour profiter des trouvailles de la main et des manipulations, le déjà formidable cerveau est envahi de sensations visuelles, tactiles… que tant bien que mal - mais en tout cas de mieux en mieux à mesure des tâtonnements - il analyse, coordonne, mémorise. C’est dans ce triangle main / œil / pensée que se sont forgés, que se forgeront tous les génies de l’humanité, passés et à venir. Cela va durer jusqu’à l’adolescence : alors le cerveau tout puissant, fort de son vécu concret, saura se passer de la main et de l’œil (sinon pour mémoriser par écrit le cheminement de ses hypothèses). C’est alors que le « tu vois ? » prend toute sa valeur de représentation.
Mais dès les tout débuts de la préhension, du déliement digital et de la coordination oculomotrice, étymologiquement, déjà, comprendre c’est prendre avec soi.

Comprendre c’est incorporer. Incorporer le réel comme une indispensable nourriture.
L’enfant est insatiable de ces interminables
festins de sensations. La pensée seule de l’enfant tourne vite à vide. Car ces boulimies sensorielles sont assorties de plaisirs immédiats. Le plaisir ressenti est alors la récompense de l’action entreprise, si modeste, si élémentaire et sensorimotrice soit-elle. Et ce plaisir-conséquence est le moteur d’un désir causal qui va relancer l’action de nos petits maniaques qui vont répéter jusqu’à épuisement de tout leur suc de bonheur leurs petits schèmes de rien du tout. Mais petit schème deviendra schéma, puis équation, puis plan puis création : la boucle sera bouclée, du réel initial, donné, au réel repensé, modifié, amélioré.

Alors soyons bons et généreux avec nos tout petits : Soyons les parents nourriciers de leur intelligence en devenir. Parce qu’aussi précieux que le lait maternel dont ils vont faire les fibres de leur corps, abreuvons-les de ce cocktail précieux de sensations, et de paroles, de mots, dont ils vont tisser les fibres de leur intelligence.

Parlons à nos tout petits, dès leur naissance. Et soyons de bons acteurs qui jouent sincèrement leur rôle mais en n’ayant pas peur d’en rajouter. Soyons enthousiastes pour eux, comme eux. Commentons nos actions, leurs réactions, leur plaisirs ou leurs petits chagrins d’échecs, leurs impatiences. Cette empathie profonde, cette communion dans un plaisir sans doute quelque peu régressif et bêtifiant (vu de l’extérieur), mais en tout cas partagé, c’est cela la signature de la réussite pour un tout petit, un bonheur dont il ne se lasse ni se fatigue jamais.

Le critère est simple : Bébé est heureux, cela se voit, s’entend, se sent. Il en redemande et n’est pas dans un état de trop grande excitation. Il sourit, rit, jubile, frémit souvent de tout son corps, agite bras et jambes pour bien montrer son désir de participer. Sa fatigue, alors, est une saine fatigue sans refus du sommeil qui le saisit soudain. Et soyez sûr que les « jeux », l’action et le plaisir et leur « digestion », leur affinement, leur maîtrise, vont se poursuivre dans les phases de rêves où vous serez quelque peu mêlés.

Demain, en poussette, à cou, - ou à pied si on est déjà grand -, nous sortirons avec Tout Petit et ses aînés déjà en maternelle, et nous irons ensemble dans le jardin, jouer avec les couleurs du printemps.
En attendant, jetez un œil sur cette cueillette de rameaux que Val (4;6) et moi avons faite en pensant à ce qui pourrait bien plaire à un vraiment tout petit.

Ségolène, Boris, Tim et les autres… croisés de la résilience

Ils sont 26 à s’être rassemblés sous la bannière de la résilience pour réunir leurs compétences et leurs dévouements au service de l’enfance maltraitée et rédiger un précieux ouvrage publié par la Fondation de France aux Éditions Érès « La résilience : « le réalisme de l’espérance », à la suite du colloque qui a eu lieu à Paris les 29 et 30 mai 2000, à l’initiative de la Fondation pour l’Enfance.
La Fondation pour l’Enfance a été créée par Anne-Aymone Giscard d’Estaing en 1977 et le colloque qu’elle présidait en 2000 était parrainé par Ségolène Royal, alors Ministre déléguée à la Famille et à l’Enfance.
C’est dire l’importance et la force fédératrice de ce thème de la résilience capable de transcender des différences politiques et de faire converger efficacement les désirs de protection des enfants et de tous ceux que malmène leur destin au point de risquer en être détruits.
Il faut dire que jusqu’il n’y a guère plus d’une trentaine d’années, on avait, même en Europe, une conception très fataliste, très innéiste de la survenue ou de la maîtrise du malheur. On était en quelque sorte prédestiné à être victime et éventuellement à pouvoir s’en tirer, repartir, rebondir.
Mme Royal souligne l’approche renouvelée de la maltraitance que permet le concept de résilience : « …une approche où l’attention due aux victimes oblige à ne jamais s’incliner devant la loi du silence… une approche qui refuse de passer du malheur inaudible, qui était jadis la règle, au malheur obligé, qui serait l’inéluctable destin de ceux qui ont souffert ». Elle reconnaît avoir ignoré le mot précis de « résilience » qui correspondait à ses questionnements et l’avoir découvert à la lecture de ce « Merveilleux malheur », dont Boris Cyrulnilk est l’auteur. « Il me manquait le mot pour dire ce que je constatais : l’intensité de la souffrance, aussi la capacité de résistance des enfants maltraités, leur étonnante propension (pour peu qu’on les accompagne intelligemment et leur offre les points d’appui adéquats) à rebondir, à repartir, à faire que la vie l’emporte sur la mort, alors même qu’on aurait pu les croire définitivement cassés. » Elle souligne aussi l’importance de l’effet Pygmalion, ces propos qui se veulent très tôt et sentencieusement prophétiques d’un destin de réussite ou d’échec. « Dans le domaine des apprentissages comme dans celui de la maltraitance, l’ennemi principal est parfois ce déterminisme fait de mauvaise vulgarisation sociologique et psychologique, épris de reproduction sans espoir. Ce déterminisme-là voudrait que, parce que les parents n’ont pas aimé l’école, leurs enfants y échouent forcément et que la répétition soit la malédiction sans appel de tous les maltraités, qui, forcément, maltraiteront un jour. »
Pour Ségolène Royal, «… la pauvreté, la précarité, le surendettement, les vies assaillies de toutes parts par la difficulté sont, pour les enfants qui les vivent et pour leurs parents, une maltraitance sociale à laquelle il n’y a pas lieu, non plus, de se résigner. »
Et chacun de nous peut constater que cette maltraitance sociale, après 8 années de ce 21ème siècle que l’on nous disait il n’y a pas si longtemps, si prometteur d’abondance, de bonheur et de sécurité, cette maltraitance sociale frappe et hache maintenant sans retenue, sans égard pour les éliminés ni regard pour les dégâts commis.

L’espoir, voilà le maître mot que sous-tend le concept de résilience, qui est la négation de la résignation, de l’irréversibilité. Mais cette confiance, ce devoir d’espérance en la résilience des victimes, si atteintes soient-elles, n’est pas la foi du charbonnier. Elle est une espérance réaliste, fondée sur l’expérience, sur l’observation de ces réussites, de ces rétablissements paradoxaux que l’on est bien obligé de constater et qui nous interpellent et nous soufflent que les plus vilains des petits canards, les plus écrabouillés des traumatisés ont leur chance, et que surtout, plus jamais nous ne devons les abandonner à leur malheur présent. Nous sommes tenus par la richesse, la générosité de ce concept. Chacun de nous a désormais, à sa façon, possibilité et obligation d’aide, d’assistance, de soutien, de tuteurage résilient. Le déterminisme statistique et innéiste était bien commode pour soulager les consciences et dispenser d’effort altruiste et même du sentiment d’une quelconque responsabilité partagée. Nous, qui nous sommes tirés pour le moment des embûches de nos destinées, devons nous considérer en partie comme chanceux et pas seulement méritants. Les enfants dont les deux parents sont du jour au lendemain quasiment sans ressources du fait d’une délocalisation, d’un dégraissage, n’ont en rien démérité et tous sont les victimes innocentes d’une mondialisation, d’un libéralisme de plus en plus arrogants.

Il y a comme de la magie dans la résilience, c’est toujours l’exception paradoxale qui fait mentir les statistiques si commodes, si bien génératrices de lois conformes aux courbes de Gauss, et si prisées outre-Atlantique. Il faut dire que très longtemps a sévi le concept de vulnérabilité, dont, dit Stanislaw Tomkiewicz, «…sa dictature était si puissante, que… dans notre traité [« L'enfant et sa santé » Doin, 1987], nous avons consacré un long chapitre à la vulnérabilité [et] nous n’avons, à notre grande honte, même pas mentionné le terme de résilience, et ceci quatre ans après qu’Emmy Werner eut porté ce concept sur les fonts baptismaux. »
Le concept symétrique, est celui d’invulnérabilité, forgé par Koupernik et Anthony. Sa nocivité tient au fait qu’elle implique « …une qualité d’être humain qui lui est à la fois intrinsèque (voire génétique), permanente tout au long de sa vie et absolue (quelle que soit la nature de l’agression ou du traumatisme). Boris Cyrulnik nous montre dans ses textes, comment la résilience, au moins telle que nous la concevons en France, est au contraire pour une large part acquise, variable au fur et à mesure du déroulement de l’existence et différentielle selon la nature du stress. » (Stanislaw Tomkiewicz)

Mais la résilience, malgré ses aspects miraculeux, magiques, n’a rien de l’automatisme qu’on prêtait à l’invulnérabilité qui avait des allures de don naturel, de filiation, d’héritage élitiste. Tant mieux pour les invulnérables était-on amené à penser, et les vulnérables, quelque part doivent avoir tort… Le tri était facile, d’un côté les victimes, les cassés, les malchanceux. De l’autre ceux qui triomphaient des épreuves, parce qu’à coup sûr ils avaient de bons gênes, toute une gamme de qualités natives. Pourquoi aurait-on remis en question les données de cette trieuse si propre à perpétuer un  ordre social établi?
(À suivre, bien sûr.)

Langages d’hommes et mémoire d’outre-mère (3)

Tout petit Manouche pas encore né, j’ai baigné dans des flots d’harmonies vocales et instrumentales toutes proches à peine atténuées par le tamis amniotique.
Comme je vous disais il y a peu, ma famille et le groupe d’amis passionnés de musique qui emplissaient doublement (chacun d’eux apportait son instrument) notre roulotte, ou que nous allions visiter – et vous comprenez que je n’étais alors jamais oublié –, nous étions pour ainsi dire les Bach des Saintes-Maries de la Mer où la fatigue de nos deux braves chevaux et surtout la sinistre misère avaient fini par nous scotcher.
Dès que je m’éveillais la divine musique chantée ou jouée était là toute proche et en moi en même temps. Je la ressentais dans mon corps de toutes ses vibrations et elle m’emplissait d’un bien-être total ; j’étais là lové au plus près et je tressaillais doucement. Mais souvent aussi, le rythme était tel que mes décharges motrices enthousiastes saluaient l’artiste et faisaient dire à maman : « C’est déjà un fameux danseur ! »

Un jour, je l’ai su par la suite, un homme inconnu de notre petit groupe d’amis est venu avec sa guitare.
Je l’ai connu (et reconnu musicalement) après ma naissance. Il est encore mon ami, mon frère, mon père en musique, mais bien vieux, bien fatigué, et ses doigts autrefois si habiles ne lui obéissent plus.
Et maintenant, c’est moi jeune homme qui joue pour lui de sa guitare qu’il m’a donnée pour ne pas la briser de honte et de désespoir. J’avais 12 ans et, cette guitare dans les bras, je suis entré pour toujours dans le monde de la musique.

Mais laissez-moi revenir en arrière, dans mon petit chez-moi bien douillet :
Chez nous tous et toutes n’étaient pas des virtuoses, des génies de la musique, mais tous et toutes chantaient, rythmaient ou jouaient avec un égal bonheur.
Et un jour voici ce que j’ai entendu : Instantanément j’ai perçu le génie de Django et tout mon petit être a été saisi, conquis, enveloppé, imprégné. Je saurai plus tard qu’il a joué pour nous, pour moi en fait, pendant plus d’une heure pour ce premier contact. Et il est revenu, chaque jour, pendant les six semaines qu’il me restait de mon bail utérin.
Chaque jour j’avais tout un concert de guitare que m’offrait ce guitariste de génie très proche de son idole Django Reinhardt

Le jour où je suis né, il était là, et j’ai reconnu, le célèbre « Nuages » de Django que je portais en moi depuis déjà bien des semaines.
Chaque jour encore, jusqu’à mes trois mois, il est revenu, a joué, rejoué tout ce qu’il aimait tant, du mieux qu’il pouvait, comme si j’étais en personne un petit dieu de la musique qu’il se devait d’honorer d’offrandes quotidiennes.
Maman et Papa m’ont pris et tenu pour que je voie et entende de tout près celui qui me faisait tant d’honneur. Et moi je le regardais de mon regard sérieux, profond, de nouveau-né qui a déjà vécu et qui reconnait bien des sensations éprouvées de l’intérieur la veille encore. Et ce que je voyais c’était la musique, la divine musique, les cascades d’arpèges, le merveilleux métissage des notes en harmonies sublimes.
Il approchait sa guitare tout près de moi et m’inondait de ses plus beaux accords, de ses passages préférés. Tout en jouant, il appuyait même sa guitare contre moi, contre mon dos, pour que j’en sente mieux les vibrations. Souvent il posait une de mes mains, mon bras tout entier sur la table d’harmonie, sur les cordes même.

Cette belle histoire de langage musical nous est dite par Françoise Dolto dans son ouvrage de la collection folio essais de Gallimard « Tout est langage », pp 122-123, en réponse à la question ; « Une parole reçue dans l’enfance peut-elle décider de toute une vie ? ». Voici une partie de sa réponse, chaque mot, chaque parole a son poids :

« Pour les Gitans musiciens, dans le clan, le groupe, la tribu, je ne sais pas comment ils disent, quand le meilleur musicien d’un instrument se sent vieillir, ils parlent entre eux : « Il faudrait bien qu’il y ait un enfant qui reprenne », et pendant les six dernières semaines de la grossesse d’une des femmes enceintes, ce meilleur musicien vient jouer tous les jours pour le fœtus, et puis encore tous les jours durant les quelques semaines qui suivent sa naissance; il vient jouer tous les jours, pour le bébé, et ce qu’il joue le mieux. On laisse les choses comme ça, et on est sûr que cet enfant-là prendra cet instrument en grandissant. »

Visitez le site manoucheries.com (musique, parler…)

Un PEI-« T »PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la « Toute » Petite Enfance (0-3 ans)

Précisions :
Dans le billet du 8 janvier
concernant Reuven Feuërstein, je regrettais qu’il y ait parfois une exploitation commerciale de ses idées, ce qui ne peut que favoriser un certain élitisme :

« Il est utile de savoir la récupération « marchande » qui a été faite des techniques de Feuërstein : il est bon pour un cadre (adulte donc et bac ++, on est loin des orphelins de déportés ou des juifs d’Éthiopie) de faire un stage PEI. Ce qui prouve à coup sûr que ces outils d’enrichissement instrumental ne sont pas que d’acquisition, mais que surtout ils génèrent des attitudes efficaces dans la confrontation aux problèmes à résoudre, des stratégies performantes d’apprentissage, d’acculturation. Que des adultes décideurs progressent n’est pas en soi une mauvaise chose, mais cela risque de les conforter dans un sentiment de supériorité et de donner à penser que ces techniques nécessiteraient une intelligence adulte déjà bien en place, ce qui est une erreur fondamentale. L’apport le plus précieux de Feuërstein concerne chez les enfants en grande difficulté la remédiation intellectuelle, la restauration des attitudes de confiance en soi par l’évidence de réussites, l’importance de la médiation (le « passage », la transmission de savoirs, de compétences, d’attitudes) dans cette relation triangulaire : enfant, connaissance, médiateur. »

Dans un autre billet du 8 février, j’exprimais mon souhait d’un PEI destiné à la petite enfance et que j’intitulais :
Un PEI-PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la Petite Enfance :

« Ce dont je rêve, comme je n’ai cessé de le faire - est-ce une utopie ? – c’est d’une action préventive, le plus en amont possible, c’est-à-dire dès la naissance (et même pendant la grossesse et au temps encore plus ancien du désir d’enfant), essentiellement donc pendant la petite enfance, de 0 à 3 ans, au moment où les choses, mine de rien, se précipitent, un temps où les progrès vont à un train d’enfer, où les besoins à satisfaire sont les plus impérieux – et pourtant les plus simples (bonheur relationnel, bien-être et sécurité physiques, stimulations sensorielles…)
Essayons ensemble d’élaborer un PEI-PE, un « Programme d’Enrichissement Instrumental Petite Enfance» - en fait un inventaire pragmatique fondé sur la connaissance théorique et l’expérience de savoir faire et être vécus, éprouvés – un PEI donc adapté à la toute petite enfance. »

J’ai reçu récemment une information sur des stages PEI de 5 jours (sensibilisation de parents et de futurs médiateurs) concernant la petite enfance à partir de 3 ans) :
Et on m’informe, suite sans doute à la lecture du paragraphe ci-dessus, avoir lu avec intérêt ma « demande de PEI pour la petite enfance », et que mon «vœu est exaucé ».

Cependant les stages proposés aux adultes à Paris et répercutés localement aux enfants sont bien loin d’être gratuits.
Je ne nie pas qu’ils puissent être d’un grand secours à des parents anxieux et à leurs enfants en difficulté.
Mais je crains deux dérives possibles : une sélection par l’argent et surtout peut-être la tentation d’un forcing précoce.

Voilà pourquoi je crois devoir apporter une dernière fois des précisions sur mon projet de PEI-PE :
Il est destiné aux tout petits, c’est
« un PEI donc adapté à la toute petite enfance. », de 0 à 3 ans.
Les fondamentaux de ce PEI-
TPE :

  • Il est destiné à tous les enfants, de 0 à 3 ans, en particulier les plus défavorisés, donc entièrement gratuit et bénévole – ce qui n’exclut pas l’efficacité.
  • Il voit dans la maman et l’entourage proche de la toute première enfance les médiateurs naturellement compétents de tous les premiers apprentissages ;
  • Il vise à prévenir massivement les souffrances liées aux difficultés et à l’échec possibles à l’école ;
  • Il refuse toute idée de forcing précoce (un critère absolu : le plaisir évident d’un enfant de plus en plus épanoui et équilibré) ;
  • Il souhaite sensibiliser les décideurs à l’importance des contextes sociaux de la petite enfance

Ceux qui me suivent depuis les débuts de ce blog (3 mois déjà, 2000 visites…) ont bien compris que la générosité, l’altruisme et la lucidité sont des qualités essentielles à ce projet qui est, je le précise une dernière fois, un
Programme d’Enrichissement Instrumental de la Toute Petite Enfance.

Quelques conseils pour terminer :
Notez (rien de plus volatile que la mémoire !) vos idées de conseils, d’actions possibles pour cet « enrichissement instrumental des tout petits ». Faites, comme le conseille Feuërstein, des canevas, des tableaux, des plans :

  • Selon les « instruments » du tout petit
    • Ses sensations
      • Vue
      • Toucher
      • Goût
      • Audition
      • Odorat
    • Son action
      • Schèmes sensorimoteurs
      • Activités, motricité (déplacements, marche, explorations)
      • Intelligence sensorimotrice, essais, expériences, touche à tout…
      • Ses jeux
      • La parole
    • Son équilibre, son épanouissement corporel
    • Son affectivté
  • Ses acquisitions, ses progrès à noter, à « guetter »
    • Le gazouillis, la parole
    • L’objet permanent
    • La fonction représentative
      • Le faire semblant
      • Les jeux
      • La mémorisation
      • Les premiers gribouillages et « dessins »
  • Le tout petit seul
  • Les partenaires du tout petit (les divers contextes relationnels)
    • Des personnes
      • Lui-même
      • D’autres enfants
      • Sa fratrie, ses parents, ses proches
      • Des inconnus
    • Des animaux
    • Des objets
      • Seins, doigts, main…
      • Objets de hasard
      • Jouets
  • Selon l’âge du tout petit, ses “étapes”
    • Avant la naissance
    • À la maternité
    • Les 3 premiers mois
    • Le « ramper »
    • La marche…
  • Selon les lieux
    • Berceau, lit, poussette
    • Chambre
    • Maison
    • Extérieur
    • Quartier
      • Rues, espaces verts
      • Magasins, grande surface, cafétéria, restaurant…
    • Lieux inconnus
    • Chez des parents, des voisins
  • Selon les saisons

Il s’agit, pour chacune de ces « cases » de ces quelques tableaux donnés en exemple, d’imaginer, ou mieux, de se remémorer des activités de stimulation, d’encouragement du tout petit à partir plus confiant à la conquête du réel, en veillant toujours à son équilibre affectif et relationnel.
N’oubliez pas que l’on oublie vite : Jules Renard disait « Il faut saisir l’idée fuyante et lui écraser le nez sur le papier. »

Alors, à vos tableaux et à vos notes, et prenons l’habitude d’échanger. Vous savez comment me joindre :
toutpetits@hotmail.fr

Protection du site : J’ai dû m’y résoudre.
Copyrightdepôt

A


Doltissimo !

Vos suggestions, commentaires, critiques… en mail à : toutpetits@hotmail.fr

Voici sans doute un des livres les plus précieux écrits par Françoise Dolto : « Tout est langage », N° 412 de la remarquable collection Folio /Essais des éditions Gallimard.

À l’origine de ce livre, en octobre 1984, à Grenoble, une conférence d’une heure environ, suivie d’un débat très riche de quelque trois heures, destinés à un public de psychologues, de médecins, d’infirmières, de travailleurs sociaux, d’adultes responsables de soins apportés à des enfants en difficultés.
Dans son avant-propos à l’édition de 1987 (Vertige-Carrère), Françoise Dolto rappelle l’intitulé initial de sa conférence : « Le dire et le faire. Tout est langage. L’importance des paroles dites aux enfants et devant eux. »
L’actuel ouvrage des éditions Gallimard (1994) est l’édition, revue et corrigée du premier livre de 1987 qui s’était révélé parfois approximatif dans la transcription de la conférence et du débat.
« Mener à bien la révision de ce texte n’a pas été pourtant une tâche facile… Comme il se doit… nous avons choisi d’adopter une stratégie minimale, nous efforçant de ne toucher que le moins possible au texte initial, nous contentant d’y apporter les modifications requises pour lui restituer toute sa lisibilité. »Gérard Guillerault (p 8), qui prévient un peu plus loin : « Que l’on se garde pourtant de n’y voir que des recettes ou des conseils au quotidien. Mais le rappel, plutôt, de ce qu’une théorie ne vaut qu’à s’inscrire dans les faits, en l’occurrence les faits psycho-éducatifs et sociaux, car c’est là qu’elle avère sa pertinence et son efficacité, qu’elle confirme sa portée thérapeutique. »

Il ne s’agit pas seulement d’un travail sur le langage de l’enfant.
Mais surtout sur le langage à l’enfant :
Pour Françoise Dolto, tout, absolument tout ce qui concerne l’enfant, ce qui importe de son passé et de son présent pour son devenir, ses difficultés et celles de ses parents de naissance et ceux de l’état civil, tout doit lui être dit, quel que soit son âge.
Tout doit être dit même aux tout petits qui n’ont pas la parole.
L’enfant comprend tout, « saisit » tout, « entend » tout, le verbal comme le non verbal. Et il subit les messages inconscients de l’adulte.
Le titre pourrait être « Tout est dicible ». Tout, y compris l’indicible, le caché, le soigneusement enseveli dans l’ombre et le silence des secrets de famille.

Je pense qu’une règle simple (de conduite, d’éthique relationnelle avec les enfants) pourrait être la suivante :
- Ce qui me fait mal à envisager, ce à quoi j’évite de penser, moi, adulte, ce que je crains, ce que j’essaie de refouler, cela me perturbe, cela modifie ma façon d’être avec les autres et en particulier ma relation avec mes enfants. Je suis moins présent aux autres, en tout cas j’en suis rendu différent. Je ne suis plus moi, plus tout à fait moi, et les « antennes » de mon tout petit sans parole ne me perçoivent plus si bien, parfois ne me reconnaissent plus.
-Si cette douleur, cette souffrance consciente est verbalisée, dite, exprimée en paroles, en mots « vrais », elle me libère. Le soulagement est immédiat, l’oppression diminue, disparaît même instantanément. Je me retrouve, on me retrouve. Je suis redevenu authentique. Et l’enfant, le bébé de quelques jours même, qui « sait » désormais, ira mieux.
Tout simplement parce que le poison de la douleur honteuse non dite ne frelate plus les échanges, la communication. La « ligne » est claire, sans parasitage, sans brouillage.
- Cet « aveu », cette souffrance confiée (confidence, pas contagion) par l’adulte à l’enfant ne peut se concevoir que dans le souci du mieux-être, du bon