Découragement

C’est sans doute un effet de l’hiver qui approche, du soleil incliné, de la lumière diminuée…
Je n’ai jamais aimé novembre qu’il faut traverser dans la grisaille pour gagner décembre et voir les merles aller et venir sur les pelouses et faire des projets d’avenir. On sent alors un frémissement, le basculement vers des jours plus longs, plus lumineux. Et puis on est pris par les fêtes de fin d’année.
Mais quand arrivent novembre et les premiers froids sombres et mouillés, on sent, inquiet, qu’il va falloir subir. Subir et patienter.
Et puis, novembre officialise, fête le souvenir de nos morts et nous rappelle notre faiblesse d’êtres humains conscients de leur vulnérabilité.

La mort, inéluctable, qu’il nous faut savoir accepter, penser et « vivre » chaque jour pour donner du sens, de la densité, du prix à notre vie.
Mais justement, il est des moments, des périodes où on doute de pouvoir faire de sa vie quelque chose de plus fort que le néant, qui aille au-delà de nous-mêmes, qui nous transcende, nous porte et que l’on transmet, confie à d’autres, comme un projet précieux vers un idéal humain.

Ainsi, notre vie ne se limite pas aux dates de notre naissance et de notre mort.
Nous avons vécu plusieurs mois d’une vie intra utérine que l’on sait, que l’on sent avoir été dense et importante. Et bien avant notre conception, nous étions déjà vivants dans le désir d’enfant de nos parents, dans leur besoin vital de transmettre.

Les tout petits que nous engendrons et mettons au monde sont ce défi, ce projet permanent et conscient de l’homme, de se survivre malgré sa précarité.

Et bien sûr, c’est ici et maintenant, en ce lieu et en ce temps qui nous sont dévolus, et non dans un au-delà temporel, que chacun de nous doit forger de son mieux, son œuvre de vie.

« La mort », le hors-série N° 248 de Science & Vie, veut nous aider à comprendre, vivre pleinement, vaincre en la retardant, en la dominant, notre fin inéluctable.

Science et Vie Hors Série

Un ensemble de réflexions, de données scientifiques, de témoignages humains, tout à fait remarquable, qu’il faut lire afin d’être plus fort et plus digne pour mieux envisager chaque jour, et quand l’heure sera venue du « cercle rouge », mieux « affronter l’ultime défi ».

La mort révoltante des enfants, des tout petits.
Eux qui n’ont pas eu le temps d’envisager un idéal, un projet à transmettre, la vie leur est soudain confisquée par la camarde voleuse d’enfants. Et elle leur est bien trop souvent sadiquement et longuement arrachée dans la douleur scandaleuse.
Dans la douleur et dans la conscience.
Très tôt les enfants sentent la mort qui menace, et Dolto, Nasio, Bernard Martino, et bien d’autres à leur suite, nous ont montré leur grande dignité et leur immense courage face à la douleur qui taraude, à la mort pressentie. Et il arrive souvent que ce soit eux, si faibles et pourtant pleins de vaillance, qui consolent leurs parents du deuil à venir.
Des statistiques glaciales.
Voyez, p 52 du hors-série de Sciences & Vie, leur « Petit atlas de la mortalité »
Je cite (bas de p 53) :
« 1 mort sur 5 dans le monde a moins de 5 ans ».
Cela fait 9 millions de petits morts en 2007 !
Mais il y a dans ces chiffres une effroyable logique : on meurt enfant surtout dans les pays pauvres, dans les pays en guerre (civile ou non), dans les pays délaissés. Et l’Afrique, si longuement, si scandaleusement exploitée puis abandonnée face au Sida, paie de loin le plus lourd tribut à cette hécatombe : Près d’un mort sur deux (46%) y a moins de 15 ans (seulement 1% dans les pays les plus riches). Le graphique de ce bas de p 53 révèle que près d’1 enfant africain sur 10 meurt avant 1 an…
Voyez encore cette carte de 2008 de la mortalité infantile dans le monde.

Il y a un lien étroit entre le niveau de vie et l’espérance de vie.
Comparez à la carte de mortalité infantile (lien ci-dessus) avec celle-ci de l’espérance de vie à la naissance
Dans la misère et la lutte permanente pour survivre, on n’a guère le loisir d’apprendre à lire – surtout s’il n’y a guère d’écoles : Voyez ces taux d’alphabétisation dont l’envers est l’illettrisme.
L’illettrisme, une calamité sournoise qui agit comme une carence, une carence en savoir, en possibilité d’apprendre, donc d’accéder à un apprentissage, à des connaissances, à des savoir faire, et qui mène tout droit au non emploi et à la misère.
Tenez, lisez ceci, qui nous concerne directement, nous, Français :

«Une étude de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) estime que les lacunes d’écriture, de lecture et de calcul touchent aussi bien les salariés que les personnes défavorisées ou issues de l’immigration. Plus de 1,8 million de travailleurs sont concernés, soit plus de la moitié des 3 100 000 personnes en situation d’illettrisme en France. Les quelque 8 000 organismes qui proposent une remise à niveau aux salariés, sont assaillis de demandes. » (Source : ici)

Et nous savons bien que, bien qu’en paix, nous sommes tout de même dans une guerre économique et donc sociologique, et que ces grandes misères culturelles, ces futures détresses se préparent dans une petite enfance malchanceuse que nous avons laissé insensiblement glisser, puis filer vers une adolescence et un âge adulte à l’avenir très menacés.

Et le grand chic maintenant, c’est de déplacer les populations (on a appelé cela déportation). On déplace, déporte les habitants de zones entières quand on ne provoque pas leurs fuites éperdues, leurs exodes– qu’on dit être des migrations – devant la guerre et les massacres qui prennent vite des allures de génocides – mais on s’habitue n’est-ce pas ? On est submergé d’images déprimantes par leur répétition et par notre impuissance, à nous bien sûr, mais aussi même aux ONG : il leur en faut du courage et de l’opiniâtreté pour persévérer dans les périls, chacune sur son petit chantier de misère, sachant fort bien que par ailleurs, nous, puissants, bien nantis, bien nourris, leur fabriquons encore et encore de la souffrance, de la détresse, de la maladie et de la mort.

Vous trouverez ici des données statistiques, en français, de l’OMS

Et, surtout, si vous avez le temps, plongez-vous dans cet immense tableau de données mondiales et pays par pays, de l’OMS, en français, – ce qui n’est pas toujours le cas.
Sigles régionaux de l’OMS:
AFRO Région africaine. AMRO Région des Amériques. EURO
Région de l’Europe. EMRO Région de l’Asie du Sud-est
Vous trouverez les tableaux suivants dans le fichier pdf de 149 pages :

1. (p 13) Enfants de moins de 5 ans présentant un déficit pondéral (%)
2. (p14) Taux de mortalité des moins de 5 ans
(probabilité de décès avant l’âge de 5 ans pour 1000 naissances vivantes)
3. (p15) Couverture par la vaccination anti rougeoleuse chez les enfants d’un an (%)
4. Taux de mortalité maternelle (pour 100 000 naissances vivantes)
5. Naissances assistées par du personnel de santé qualifié (%)6. Prévalence de la contraception (%)
7. Taux de fécondité des adolescentes (pour 1000 jeunes filles de 15 à 19 ans)
8. Couverture par les soins anténatals (%) : au moins 1 visite
9. Besoins insatisfaits en matière de planification familiale (%)
10. Prévalence du VIH chez les adultes de 15 ans et plus pour 100 000 habitants
11. Proportion des hommes entre 15 et 24 ans ayant une connaissance générale et correcte du VIH/sida (%)
12. Proportion des femmes entre 15 et 24 ans ayant une connaissance générale et correcte du VIH/sida (%)
13. Couverture par le traitement antirétroviral chez les personnes à un stade avancé
de l’infection à VIH (%)
14. Taux de mortalité due au paludisme pour 100 000 habitants
15. Enfants de moins de 5 ans dormant sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide (%)
16. Enfants de moins de 5 ans fiévreux et ayant reçu un traitement antipaludique quelconque (%)
17. Taux de succès thérapeutique dans le cadre du DOTS (%)
18. Accès à des sources d’eau potable améliorées (%).
19. Accès à un assainissement amélioré (%)
p37 Taux de mortalité des nourrissons / des enfants de moins de 5 ans / des adultes 15-60 ans
1. (p38) Mortalité et charge de morbidité

Voyez à partir de la page 60 :
3. Maladies infectieuses sélectionnées

Voyez à partir de la page 83: les Facteurs de risque, puis p 85 des statistiques sanitaires mondiales de 2009.
P 96 Personnel de santé, infrastructures sanitaires et médicaments essentiels
P 108…, les % de dépenses de santé
P 120-128 les iniquités en matière de santé
Et à partir de la p 131 d’intéressantes statistiques démographiques.

Mes raisons de pessimisme, vous le voyez, ne sont donc pas que saisonnières et météorologiques…
Je suis indigné, parfois au bord du découragement, en raison de cette scandaleuse inégalité des chances des tout petits selon qu’ils naissent ici ou là, (géographiquement et socialement), aux causes surtout géopolitiques donc, bien qu’ils aient tous, malgré des apparences plus que variées et propices aux a priori, un génome identique aux potentialités absolument égales.

Et j’ai aussi bien des raisons d’admiration, d’enthousiasme pour l’immense travail de traitement et de prévention sanitaires effectué par les personnels de santé et les membres – souvent bénévoles – des ONG, dont on ne dira jamais assez le dévouement et le courage.

Une autre raison de m’enthousiasmer :
Je viens de redécouvrir – et je vous en parle dès demain – Bernard Martino, dont les idées, les œuvres écrites et les images nous sont familières comme celles de Françoise Dolto, comme si lui aussi était pour ainsi dire passé dans le domaine public…

Une réponse

  1. Vous êtes toujours là pour nous ramener à l’essentiel … mais comme vous, je n’aime guère ce mois qui ne m’apporte qu’ennuis et grisaille … Je vais de ce pas chercher ce magazine dont je vais lire chaque page pour admettre que ma mère doit partir … ce sera peut-être une aide … en tout cas, bises à vous deux, j’aime vous lire …

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