
Rose, cette petite anglaise, avait, en 1941, 3 ans, dont 2 de guerre.
Son papa l’a filmée régulièrement tout au long de la seconde guerre mondiale.
Nous la voyons grandir, tout au long des épisodes 3 et 4 de « http://www.programme-tv.net/culture-infos/r19732-apocalypse-la-deuxieme-guerre-mondiale/1692135-le-choc/ et http://www.programme-tv.net/culture-infos/r19732-apocalypse-la-deuxieme-guerre-mondiale/1692136-l-embrasement/ à mesure que l’embrasement et l’apocalypse deviennent planétaires.
Et chacune des apparitions de cette gentille petite Rose est une pause bienvenue qui nous permet de reprendre notre souffle après tant d’horreurs filmées.
Ce fil Rose est le symbole de l’espoir, de la vie qui continue malgré tout et qui assurément va reprendre. Rose, toute petite, toute fragile incarne la résistance en germe, l’espoir jamais anéanti.
Rose, c’est l’image même de la résilience qui va empêcher tant et tant de malheureux de sombrer dans le désespoir, de ne pas tenter jusqu’au bout de survivre, de lutter.
En 1941, j’avais 5 ans, dont 2 de guerre, moi aussi, bien sûr.
Le fil rouge de l’espoir, le mien, tenait bon malgré les difficultés et les peurs.
Nous étions maman et moi dans un merveilleux village qui avait tout pour le bonheur d’une enfance :
Une grande place centrale où s’installaient de petits cirques sans chapiteaux, des montreurs d’ours venus du Limousin pas si lointain, de singes frigorifiés qui se réchauffaient en tétant des biberons de café, et tout en bas de la place une épicerie comme on n’en voit plus et un charron – maréchal ferrant qui cerclait les roues de charrette dans un grand feu, qui ferrait les chevaux au milieu d’un cercle d’enfants. Sur un côté et contre un mur, une aire parfaite pour les jeux de billes, et un cinéma où j’ai pu voir et revoir tous les exploits de Charlot et sucer à l’entracte d’inépuisables sucres d’orge, des vrais dont j’ai encore le goût là…
Une place où, vers la fin du cauchemar, on osait dresser le soir de grands bûchers où on brûlait des mannequins, celui de Laval, celui d’Hitler à plusieurs reprises ; et nous, les gamins, nous dansions autour comme les Peaux-Rouges du cinéma…
Et pourtant ce n’était pas sans risques, car nous étions juste sur la ligne de démarcation qui nous faisait l’honneur de passer chez nous, séparant la zone occupée de la zone « nono » (non occupée). C’est dire si les accrochages entre Allemands et FFI étaient fréquents. Combien de fois avons-nous été surpris par de soudains combats ! Les balles sifflaient, les grenades explosaient, nous courions comme des perdus, chacun droit vers sa maison, comme des lapins vers leurs terriers un matin d’ouverture de la chasse. Parfois, les FFI exhibaient leurs trophées, leurs prises, des miliciens aux bérets noirs tenus des heures bras en l’air au bout des mitraillettes, contre le mur de la pharmacie. Et on avait la cruauté d’espérer que les Sten allaient peut-être « partir » toutes seules – elles en avaient la réputation. Car on avait vu, un autre jour, venir, par la route de la forêt, une ambulance des nôtres, aux vitres brisées, et toute maculée d’un sang qui appelait à des représailles.
Un village merveilleux dont le nom disait la pauvreté (Champagne-Mouton), mais avec d’infinies richesses, inestimables pour des enfants : des prés, des bois tout à l’entour où nous faisions d’immenses parties de cache-cache et de gendarmes et voleurs : je me souviens d’une de ces gigantesques parties où un copain et moi nous étions si bien et si loin dissimulés qu’on ne nous trouva point et que nous sommes rentrés à nuit noire faute de partenaires…
Le bonheur absolu nous venait de nos 3 rivières : Connaissez vous un village pauvre mais riche de deux ruisseaux, l’Or et l’Argent, qui ,en « s’alliant », donnent naissance à l’Argentor ?!!… L’Argent avait une eau limpide, parfaite, que j’ai bue « à quatre pattes », avec délectation. L’eau de l’Or était proche du bronze, moins bonne à notre goût, mais point du tout polluée, alors que maintenant elle est toute irisée par les modernes lessives. Quant à l’Argentor, plus éloigné, c’était déjà avec ses longues prairies et ses forêts toutes proches un de nos territoires d’explorations et d’aventures.
Mon fil rouge à moi, notre fil rouge qui nous faisait trouver si belle la vie malgré les privations et les dangers, ces fils rouges tendus comme des désirs vers l’avenir, vers la libération espérée, vers la paix revenue, étaient ponctués de grandes peurs et de grands bonheurs.
Nous étions heureux et insouciants, petits dieux de nos mères restées seules bien souvent. Nos pères étaient en des lieux mythiques, prisonniers en Allemagne, quelque part dans la Résistance, morts parfois. Dans tous les cas, une immense liberté nous était donnée, dont nous usions et abusions, nous petits Champenois de Charente dans notre village sur mesure pour le bonheur des enfants.
C’était trop beau. Mon beau fil rouge, si plein de nœuds de bonheur, s’est soudain effiloché, sur le point de se rompre. La guerre venait de finir. Dans l’allegresse générale, maman est disparue sans retour possible et une petite sœur, une toute petite de un an et demi, que je retrouverai, elle, mais que 12 ans plus tard, depuis l’Algérie de mon service militaire, fut soudain escamotée.
Trou noir, incompréhension, révolte, impuissance.
Je sortirai pourtant de ce désert affectif, grâce à ma merveilleuse tante Margot, à une autre maman qui elle non plus n’avait pas été épargnée par la sinistre guerre, grâce à une nouvelle petite sœur que j’ai accueillie comme une inespérée compensation, grâce aussi à Monsieur Lardant, notre maître du CM2 de l’école Jules Ferry d’Angoulême, qui savait si bien nous passionner et nous projeter dans l’avenir.
Grâce à lui, grâce à elles surtout, j’ai senti peu à peu se retendre mon fil rouge qui avait été tout de même bien « tricoté », bien torsadé, par tous les bonheurs passés. J’ai pu oser voir émerger des souvenirs, me refaire une histoire autour des nœuds heureux ou simplement mémorables, oser des projets, avoir des visions d’avenir…
Chère petite Rose anglaise, tu as eu la chance que ton papa ponctue ton fil de vie de toutes ces images. J’espère que nous te retrouverons demain soir, mardi 22 septembre 2009, lors des deux derniers épisodes, filmée jusqu’à tes sept ans, et que nous verrons ton sourire illuminer les fêtes de la victoire.
Tes images, Rose, nous montrent combien les images d’une enfance, si douloureuse, si menacée soit-elle, peuvent être précieuses, quand il est nécessaire de se reconstruire, si le malheur a failli vous déstructurer.
Voici les liens vers quelques infos concernant les six épisodes :
Voyez aussi :
http://toutpetits.wordpress.com/2009/09/09/ennemis-et-complices-interieurs/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Apocalypse_:_la_Deuxi%C3%A8me_guerre_mondiale
http://programmes.france2.fr/apocalypse-seconde-guerre-mondiale/
Voyez aussi, en partenariat avec France 2, sur le site d’Historia, ces extraits du documentaire «Apocalypse : seconde guerre mondiale »
Archivé sous: cinéma, jeu, mort, régression, résilience, école | Tagué : "Apocalypse", 39-45, Angoulême, école, école Jules Ferry, Champagne-Mouton, Chaplin, Charente, Charlot, cinéma, espoir, FFI, fil rose, fil rouge, jeux, jouets, l'Argent, l'Argentor, l'Or, M. Lardant, malheur, maquisards, petit train, résilience, résistance, Rose Gowlland, ruisseaux, seconde guerre mondiale, village rivières
Je viens de lire avec passion ce merveilleux récit d’une enfance longtemps insouciante …que j’aimerais revivre aujourd’hui où tout est si difficile ! La maladie n’épargne rien … hélas .. Je vous embrasse et continue à vous lire avec bonheur .
Je viens aussi de lire ce commentaire et je vous en remercie .
Je viens de voir les 6 episodes de Apocalypse , c’est trés bouleversant .