Conter vrai, est-ce parler vrai ?
Oui, bien sûr, par l’intention qui sous-tend votre conte, par le but qu’il poursuit.
Un conte, un vrai bon conte est toujours généreux, utile. Il rassure, donne confiance en ses forces à soi ou dans les forces de recours toujours possibles (la bonne fée, le magicien, quelqu’un de fort dans la famille…)
Le conte est un entraînement, une « répétition » – comme au théâtre – de la vraie vie, de la vie dure, impitoyable souvent, la vraie vie qui a l’indifférence froide des statistiques si on ne fait que la regarder, que la dire, que la lire sans générosité optimiste.
Le conte apporte à la vie que l’on risque, que l’on va risquer, quand on n’est encore qu’enfant, les indispensables degrés de liberté de l’espoir et de la chance.
Votre enfant, votre petit, votre tout petit, même s’il ne parle pas encore, même s’il semble ne pas comprendre, même s’il est évident qu’il ne peut pas saisir, admettre le contenu objectif de votre conte, de votre récit, de vos paroles, sortira toujours plus fort, plus confiant en lui de cette petite mise en scène qu’est toujours un conte, un récit…
L’enfant se glisse toujours dans votre conte, dans votre récit (« cela aurait pu, pourrait m’arriver ! »). Toujours, il s’identifie à un personnage du conte, à un acteur du récit.
L’enfant est là, toujours, au milieu de vos personnages. Ne l’oubliez pas. Et si vous contez ou racontez à tout un groupe d’enfants, chacun, selon son caractère, sa personnalité, aura choisi, soyez en sûr(e), son personnage d’identification : un héros triomphant … ou une victime.
Car chaque enfant a sa coloration affective, optimiste ou pessimiste, confiant en lui et dans les autres ou au contraire méfiant, vaincu d’avance.
Donc un conte devrait toujours bien finir et voir d’une certaine manière triompher le bien, le juste et le bon sur le mal et l’injustice. Le conte est moral sans être moralisateur, ses « leçons » sont implicites
Le conte doit être un baume cicatrisant pour les faibles déjà blessés et un fortifiant préventif pour les autres.
C’est pour cela que les enfants ne se lassent jamais des contes qu’ils ont aimés et que toujours ils les redemandent, si possible sans la moindre variante : tout doit être redit, y compris et surtout tout le mal et tout le malheur, puisqu’on sait bien que cela va bien finir, que les méchants seront vaincus et que les pauvres bons gentils qui ont eu si peur, pour qui, avec qui on a tant tremblé, seront (au bout du compte…), les vainqueurs fêtés.
Inventez des contes pour vos enfants.
Et si vous pensez manquer d’imagination, puisez dans vos souvenirs d’enfance, dans ces mythes que transmet presque toujours une famille – il y a toujours eu des « héros » dans une famille, des exploits accomplis, des périls traversés sans encombre. Si vous avez vécu la guerre, l’exode ce sera inépuisable (attention tout de même à faire quand même gagner l’espoir, la vie qui continue et finit toujours par triompher, les survivants reprenant le flambeau). Et dans les souvenirs de votre vie professionnelle, que de choses stimulantes, exaltantes à faire revivre en les disant, en les transmettant, et qui ont alors la saveur et les vertus des contes les meilleurs, puisque vous êtes là, bien présent, bien fort après tant de difficultés rencontrées. Et puis il y a l’immense fonds de toute l’histoire fabuleuse de l’humanité si pleine de souffrances endurées, de malheurs surmontés.
Parfois le récit s’est enjolivé, embelli, moralisé, il est devenu une sorte de conte. Personne n’est dupe et tout le monde se délecte de ces menus mensonges. Le conte est toujours une vérité possible aménagée, c’est la vie vécue ou à vivre, arrangée, travestie pour la rendre acceptable, supportable et même tentante.
Conter, raconter ce sont des « frères » en paroles, ce devrait être des frères très ressemblants, s’ils viennent d’un conteur, d’un « raconteur » généreux qui veut le bien, le mieux-être de son public
Dans vos contes, dans vos récits choisis ou inventés, ne recourez pas trop aux magiciens, aux tout puissants qui résolvent tout à la vitesse de la pensée, de la peur, du caprice.
Un conte c’est presque toujours une série d’épreuves à surmonter, de défis à relever. Les solutions à ces épreuves doivent être humainement imaginables. Pour un enfant, cela ne doit pas aller au-delà de ses forces physiques et affectives, tout au moins de celles dont il rêve pour quand il sera grand et fort comme papa, maman, tonton… Cela ne devrait jamais dépendre d’un miracle – divin ou statistique. On peut parler raisonnablement de chance, de « miracle », mais sans y recourir systématiquement.
Laissez pour vos enfants la place à leur courage, à leur intelligence, à leur débrouillardise. Les meilleurs héros sont ceux qui s’en sortent par leurs qualités physiques et morales, ceux justement auxquels un enfant encore faible tente de s’identifier en rêvant de se comporter comme lui si un jour le destin lui fait rencontrer les mêmes difficultés.
D’ailleurs, les enfants peuvent eux-mêmes inventer des contes ou créer des variantes à certains contes et mettre ainsi en scène et commencer à maîtriser leurs peurs ou leurs appréhensions.
Ainsi, tous ces récits, tous ces contes, qui passent si merveilleusement par la parole des conteurs, arrondissent le capital résilience des auditeurs, mais aussi des lecteurs, quel que soit leur âge.
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Gaby qui refait surface après des soucis (hopitaux .. pour l’époux ) … J’ai eu un immense plaisir à vous lire aujourd’hui car vous avez fait affleurer des souvenirs de fin de journée dans ma classe où je lisais des contesinventés, prenant racine dans les faits de la journée … quel plaisir partagé alors … puis j’en ai écrits , illustrés , imprimés pour mes petits-enfants et croyez-moi , ils gardent précieusement ces fascicules !!On n’imagine pas l’intense plaisir de ces enfants supendus à nos lèvres !!! oui on sait à qui ils s’identifient…
Merci infiniment pour ces deux commentaires à 5 mn d’intervalle… Merci surtout pour cet encouragement à considérer le conte comme une manière de “parler vrai”, comme une façon d’illustrer et de dédramatiser la vraie vie vécue ou à venir, en la “jouant” avant d’avoir à la vivre. Je trouve les contes traditionnels, “classiques”, bien éloignés de la réalité. Les contes inventés à partir de la vie réelle, encore consciente, et qui ne s’en éloignent pas trop, ont la vertu d’un parler vrai qui commente avec des mots vrais, sincères, qui veulent aider.
Je serais très heureux de connaître quelques-uns de ces contes illustrés par une maman devenue mamie. Leur qualité est certaine, à la mesure du plaisir que vous lisez dans le regard de vos petits enfants. J’ai ainsi créé une petite histoire toute simple qui plaisait beaucoup à notre plus jeune fils. C’est maintenant lui qui la dit à Clément, notre petit-fils de 8 mois, et le plaisir induit est intact…
Au très grand plaisir de vous lire et de vous revoir. Tous mes vœux de bonne santé à votre mari. JA