Un film splendide : la fascination des images, l’emprise de la musique, le choc des mots.
Le poids des images : fascinantes, mais aussi, souvent angoissantes.
Fascinantes, techniquement parfaites, ces images de notre Terre sont terriblement émouvantes. On ne la savait pas si belle, notre Terre, même dans sa déchéance, son délabrement, car on la voit, on la sent, on la sait menacée.
Tant de misère se cache si souvent derrière tant de beauté, dès qu’on s’éloigne, qu’on prend du recul, qu’on s’élève : misère en cours, d’actualité, et surtout, surtout, misère à venir, promise, et semble-t-il inéluctable.
Le choc des mots.
Le texte de Yann-Arthus Bertrand est à la hauteur des images et de ses intentions, de son projet qui est avant tout de nous “choquer”, de secouer notre inertie, de nous ouvrir les yeux.
J’espère le trouver dans son intégralité.
Et pourtant, le journal « La Croix » n’y voit, n’y entend qu’un « prêchi-prêcha », et enfonce le clou de cette crucifixion, affirmant qu’il “décrit le déluge environnemental en cours, en déclinant les maux de la planète tel un terrible décalogue, sans trouver le bon aiguillon pour déclencher l’électrochoc. (…) Comment faire en sorte que les écologistes ne crient plus dans le désert ? Malheureusement Yann Arthus-Bertrand laisse la question entière” (http://www.challenges.fr/actualite/toute_lactu/20090605.OBS9400/les_commentaires_sur_home_de_yann_arthusbertrand.html)
On comprend que le journal catholique n’apprécie guère un tel film qui nous met devant nos responsabilités : Nous sommes responsables, totalement, des dégâts commis, du péril encouru. Nous sommes les seuls artisans de ce désastre. Dieu, aucun dieu n’y est pour quoi que ce soit.
Nous avions la chance inouïe de vivre sur ce que nous commençons à regretter amèrement comme un paradis perdu, comme un « home » chaleureux, protecteur, nourricier. Depuis 200 000 ans, un instant dans l’immensité de la vie terrestre qui nous a précédés, nous les hommes, trop doués, trop bricoleurs de périls en tous genres, 4 milliards d’années au bas mot – plus de 20 000 fois ces 200 000 ans d’humanité… Un intrus prétentieux est venu chambouler un extraordinaire écosystème :
Et c’est là le message essentiel de Yann-Arthus Bertrand : tout se tient sur notre Terre.
Tout est nécessaire, utile, indispensable. Tout et tous, les choses, les éléments, les plantes, tous les êtres vivants.
Nous sommes les dieux malveillants, maladroits et inconséquents qui avons déréglé cet ensemble autonome qui recevait de l’extérieur juste ce qu’il fallait d’une énergie solaire inépuisable et jusqu’à maintenant sans grand excès, un ensemble qui tendait naturellement vers toujours plus d’harmonie, de quiétude – les volcans entre autres s’étaient dans l’ensemble plutôt calmés.
Depuis 12 000 ans, l’homme a su maîtriser la végétation, domestiquer les céréales, il a inventé les greniers, ses premières caisses d’épargne pour les jours mauvais des hivers, des récoltes mal venues ou saccagées. Libéré de la hantise de la faim, des corvées quotidiennes des cueillettes et chasses, des obligations de déplacements, d’errances, il a eu le temps de faire fonctionner le formidable cerveau dont il était doté – autre chance exceptionnelle : il a pensé, imaginé, inventé, des abris, des habits, des outils, des rites, des œuvres d’art sur ses “murs”, mais aussi des armes, de plus en plus performantes et perforantes…
Jusqu’à il y a 200 ans, on a pu vivre ainsi, comme font quelques milliards d’hommes encore de nos jours de façon de plus en plus précaire.
Première terrible secousse : le machinisme et son exploitation des énergies fossiles et des matières premières.
Second choc – un cataclysme : le nucléaire dont on ne parle pas dans le film.
Enfin, dernier ébranlement en date, l’informatique qui multiplie à l’infini les possibilités du cerveau humain et qui risque faire des ordinateurs et des « machines intelligentes », si on n’y veille, le peuple tout puissant et sans pitié qui déjà envahit tout et commence à exiler les cadres, chasser les cerveaux qui les ont enfantés…
L’emprise de la musique.
On comprend toujours mieux la musique quand on la voit jouer ou chanter.
On sent alors à quel point elle est œuvre humaine, combien elle traduit des émotions, comment elle s’efforce de nous les faire partager.
De nombreux commentaires disent angoissante la musique qui baigne le film « Home ».
C’est sans doute vrai, mais ce film est en lui-même comme un écosystème, où tout se tient, se soutient : les images, les mots, les sons. Tout contribue à nous hypnotiser, à nous pénétrer, à nous persuader de l’extrême urgence d’un sursaut, d’un réveil, d’une prise de conscience.
Il est donc normal d’être angoissé, c’est la moindre des choses devant pareilles évidences, et cette musique, si prégnante, si prenante est salutaire si elle nous remue, si elle nous effraie parfois, si elle nous sort de notre torpeur, de notre incrédulité face aux alarmes des écologistes.
Laissez-vous étreindre, laissez-vous convaincre, mobilisez-vous.
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