Pas même né, et déjà Petit-Bout blessé

Il arrive malheureusement, environ deux fois sur cent, que les gênes jouent de vilains tours aux parents et au Petit-Bout qui leur est promis, que les chromosomes ne soient pas répartis correctement. Une combinaison pernicieuse, héréditaire ou accidentelle, venue du papa ou de la maman, ou de bien loin, d’on ne sait quelle branche de l’arbre généalogique, dote le pauvre Petit-Bout d’un héritage génétique plein de mauvaises surprises qui sauteront parfois aux yeux dès la naissance comme un affreux bec-de-lièvre ou une trisomie 21 – cependant pas toujours évidente -, ou plus discrètes, qui se révèleront dans les premiers mois ou les premières années.

Ces Petit-Bout malchanceux, à peine conçus, sont déjà blessés, et si on les laisse venir au monde, leurs parents vont recevoir une terrible blessure narcissique, terrible car le bébé que l’on fait ainsi à deux est toujours idéalisé, toujours chargé d’une mission de prolongement, d’accomplissement, de rédemption parfois. Et cette loterie de malheur se moque du mérite ou de l’amour.

Les risques d’aberrations chromosomiques sont parfois prévisibles. Ainsi les petits mongoliens naissent le plus souvent d’un ovule fatigué d’une maman âgée – c’est souvent le petit dernier d’une famille nombreuse. Mais il arrive que ce malheur accable une toute jeune maman, une femme-enfant – les tout premiers ovules sont parfois aussi défectueux que les derniers.

Le progrès permet maintenant de repérer nombre de ces anomalies. Certaines peuvent être traitées avant la naissance. Mais parfois, on n’a d’autre solution, si les parents le souhaitent, que d’interrompre la grossesse. Ce qui est toujours une cruelle blessure pour les parents et source de bien des culpabilisations, de bien des angoisses pour une éventuelle tentative nouvelle de grossesse.

Mais aussi que de souffrances, que de courage pour élever dignement un petit mongolien, par ailleurs  si affectueux quand on l’aime ! Que de blessures quotidiennes infligées par le regard des autres, par la trop voyante différence, par le souci de l’avenir, de l’insertion scolaire, puis plus tard professionnelle, sociale, par la santé souvent précaire de ces petits défavorisés…

Si pareil malheur vous atteint, vous et votre Petit-Bout malchanceux, écoutez,  lisez et relisez Françoise Dolto. Ses conseils de parler vrai au bébé défavorisé, le plus tôt possible, dès sa naissance, vous seront précieux et vous aideront à faire le point, à vous “parler” vrai à vous-même et entre vous.

Ce précédent article du blog tentait d’approcher cette immensité de douleur. Cet autre aussi.

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