La boîte de nuit des rêves, des désirs inavouables : un pensionnat contrôlé pour « mauvais sujets ».

1- Désirs prohibés, mauvaises pensées et Œdipe pour tous.

Ces « mauvais sujets » sont les mauvaises pensées qui ne sont pas fréquentables, qui ne sont pas dignes de la société reconnue des belles et bonnes pensées conformes aux préceptes de la saine morale, ce sont les désirs prohibés d’actions inavouables qui nous viendraient à l’idée si un service d’ordre efficace et terriblement répressif ne veillait au grain.
On pourrait croire que les doux et innocents enfants sont à l’abri de leurs petites tentations de Saint-Antoine qui ne seraient le privilège que d’adultes dépravés.

L’enfant se permet tous les désirs…
L’enfant est « un pervers polymorphe » comme a osé l’affirmer Freud – et on lui en a beaucoup voulu de cette inconvenance, de ce sacrilège.
Plus simplement, le bébé, le petit enfant est incapable seul de résister à la force de ses désirs, de ses pulsions. Tout son être biologique le tend vers la satisfaction de besoins. Il est toujours comme en déséquilibre, en manque d’un plaisir, d’une jouissance : jouissance de manger jusqu’à être repu, de faire ses besoins quand ils se manifestent, d’entrer en contact cutané, d’expérimenter jusqu’au bout du plaisir possible toutes ses découvertes corporelles – gazouillis, raclements de gorge, cris, pleurs, gigotements, trépignements, toutes les exubérances, tous les excès. Aucune retenue spontanée à attendre de ce petit bloc d’énergie biologique tendue par un désir toujours renouvelé.
… y compris œdipiens.
Car côté sentiments, c’est aussi fort : Petit-Bout garçon et jusqu’à des cinq ans et souvent bien au-delà veut l’exclusivité de Maman et ce petit Œdipe garçon est terriblement jaloux de Papa qui accapare de façon indécente à ses yeux Maman sans se douter que son petit rival sent tout, comprend tout et finit toujours par imaginer sinon tout voir. Œdipe petite fille de son côté, si douce, si gentille, n’est pas moins violente et douloureuse dans son désir de Papa et sa jalousie de Maman.

2- Il faut faire quelque chose !
Heureusement tous ces vilains sentiments sont interdits de séjour dans les consciences enfantines et refoulés sans pitié dans l’inconscient :
Par l’éducation, la socialisation :
Ainsi, tout au long de leur « éducation », le bébé puis l’enfant et l’adolescent apprennent peu à peu à contrôler, à maîtriser les débauches de jouissance immédiate, à patienter, à différer la réalisation de leurs désirs de repos, de plaisir, de moindre effort. Ils apprennent peu à peu à savourer d’autres plaisirs plus raffinés, sublimés, à apprécier l’effort et les contraintes qu’on accepte puis qu’on se donne soi-même, à attendre comme un investisseur prudent et sage des bénéfices secondaires à des privations du moment, sachant d’expérience qu’on en retirera des satisfactions profondes et plus durables à la base de l’estime de soi et de la certitude d’offrir aux autres une image de soi acceptable.
Mais il y a aussi un aussi, de la naissance à la mort un système de défense automatique
Le service d’ordre qui assure le maintien dans l’oubli de l’inconscient de toutes ces pulsions excessives, de tous ces sentiments interdits par le bon usage est d’une efficacité redoutable
. Nous l’avons déjà rencontré personnifié dans Petit-Gendarme-Caché qui peu à peu se mue en un surmoi imposé puis accepté. On a vu à quels excès – comme tout service de répression – il peut parfois se laisser aller, à des bavures regrettables et parfois même à des matraquages systématiques. On a le service d’ordre intérieur qu’on peut et il faut veiller aussi à l’éducation de ce qui est censé nous éduquer…
Un service d’ordre quotidien…

Papa, Maman, toute la famille puis l’école et toute la société se chargent aussi du service d’ordre quotidien, de ce qui se passe à ciel ouvert, dans le champ de la conscience, de la circulation des pulsions antagonistes, de tout ce code de la route de la vie en société, de la cohabitation des égoïsmes, de la juxtaposition des bulles de liberté individuelles et de leurs possibles interférences conflictuelles, bref de réprimer activement les excès visibles et gênants dans le comportement de l’enfant, puis du jeune et même de l’adulte.
… Qui doit faire preuve de compréhension…
Mais là encore, attention ! Petit enfant, grande fragilité. Ses petits excès, bien que spectaculaires sont en fait attendrissants et entraînent de petits inconvénients tout à fait supportables. Aussi faut-il y aller doucement, tout doucement – mais sans ambiguïté – dans cet élagage des mauvaises pensées et cette répression des pulsions répréhensibles, et ne pas se comporter comme l’ours de la fable qui écrase d’un pavé, en même temps que la mouche visée, la tête de son maître endormi.

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