Françoise Dolto, toujours

Elle aurait eu 100 ans ce 6 novembre 2008
Télérama
lui consacre un numéro spécial, « Françoise Dolto, la voix qui sauve »
France 5 lui consacrera trois émissions : elle nous parlera de l’origine, de l’éducation et de la psychanalyse : http://www.tele7.fr/tv/news-tele/france-5-francoise-dolto-nous-parle-a-partir-du-11-novembre-prochain

TF1, le 20 octobre nous a montré une remarquable Josiane Balasko dans le rôle de Françoise Dolto : en voici la bande-annonce.

80 années d’une vie exceptionnelle :
Hier, je vous parlais de longévité, de l’espérance de vie de nos tout petits compromises par un environnement de plus en plus pollué, par des habitudes alimentaires dangereuses, de centenaires. Pour Françoise Dolto, il s’en est fallu de 20 ans.
Mais on peut dire que ses huit décennies d’existence ont été d’une incroyable densité.
Jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême limite de ses forces, elle a servi la cause des enfants, des tout petits enfants, à travers sa « pédagogie », son aide, ses conseils aux parents.

C’était en fait bien plus qu’une pédagogie, que des recettes, que de simples trucs.
Elle s’est livrée ainsi à une sorte d’analyse, par l’écrit d’abord, par sa parole ensuite, dans ses conférences, puis pour une plus grande portée, sur les ondes de France Inter.
Ses écrits, et plus encore sa voix, nous font, à nous adultes, j’en suis persuadé le même effet qu’à des enfants préverbaux : la certitude de la droiture, de la bienveillance, du parler vrai et généreux.
Françoise Dolto a sans aucun doute été toujours habitée par le sentiment d’une sorte de mission double :

  • Réhabiliter l’enfant, si petit soit-il, dès qu’il donne signe de vie intra utérine, le hisser, ou plutôt le ramener à son rang de personne authentique, d’interlocuteur à privilégier.
  • Réassurer les parents qui douteraient de leurs compétences, de leurs pouvoirs relationnels, de l’importance et de la beauté de leur rôle.

Il est des écrits, des textes lus ou entendus, des idées qui sont structurants, apaisants, sécurisants, bien qu’on ait peu à peu le sentiment d’un transfert de responsabilité, de mission pour soi-même à son tour : quelque chose comme « vous savez maintenant, désormais vous avez des devoirs, des obligations, il y a des erreurs, des omissions que vous ne pourrez plus vous permettre »
Il est vrai que quand on en est convaincu – et que n’a-t-elle fait et refait, dit et redit de cent façons différentes pour nous persuader qu’un tout petit est aussi respectable que nous adultes, que bien que seulement gazouillant, il comprend affectivement tout ce qu’on lui dit, tout ce que nos comportements, nos attitudes à son égard lui expriment, alors on ne peut plus avec lui être désinvolte et méprisant.
Je crois qu’ainsi, Françoise Dolto provoque une seconde naissance de nos enfants. Déjà, nous étions impressionnés de cette nouvelle vie qui débutait, par tout ce qu’il y a alors de force et de faiblesse biologique dans un nouveau-né. Mais quand nous avons tant soit peu intériorisé les convictions de Françoise Dolto, ce bébé de chair que l’on pensait ne devoir que nourrir et protéger du froid et des maladies, a soudain une âme, une pensée, une personnalité, et qu’il lui faut aussi, obligatoirement, des nourritures autres que biologiques, ces « nourritures affectives » que Boris Cyrulnik, comme elle, comme Bowlby, Brazelton, et bien d’autres encore, savent si bien concocter et nous recommander impérieusement.

Ce tout petit d’encore rien du tout, c’est déjà nous, c’est lui en infime ébauche de l’adulte accompli, efficient, intégré qu’il devra être, c’est notre humanité à la fois permanente et en devenir que nous avons déjà le devoir de commencer à façonner, pour que plus tard, à son tour, lui aussi ait conscience de ce devoir de passation.

C’est sans aucun doute ainsi portée par ce sentiment d’une sorte de devoir qu’elle a eu l’énergie :

  • D’assurer, de 1940 à 1978, chaque semaine, sa consultation à l’hôpital Trousseau.
    Elle qui avait failli mourir, enfant, d’une pneumonie, sera victime dans ses dernière années d’une affection pulmonaire irréversible qui l’emportera, mais qui ne l’a pas empêchée, trimbalant ses bouteilles d’oxygène, de continuer à aider des nourrissons et leurs parents.
  • Tout à la fin qu’elle sentait imminente, de réaliser un long entretien testament de plusieurs heures avec Alain Manier, qui fut édité après sa mort sous le titre d’«Autoportrait d’une psychanalyste »

Un site est consacré au centenaire de la naissance de Françoise Dolto

Enfin, cerise sur le gâteau, la publication en CD de l’intégrale des entretiens radiophoniques sur France Inter, de 76 à 77, en compagnie de Jacques Pradel et de sa fille Catherine Dolto : 9 CD en 3 coffrets. Ou bien ici : http://www.alapage.com/-/Fiche/Musiques/986440/lorsque-l-enfant-parait-integrale-de-l-anthologie-radiophonique-1976-1977-.htm?id=94051226327094&donnee_appel=GOOGL
Mais n’oubliez pas la précieuse version papier, elle aussi intégrale, de ces 375 heures d’entretien, en plus de 100 émissions : « Lorsque l’enfant paraît », éd. du Seuil, Paris (1990), en 3 tomes séparés, ou en coffret
Guettez aussi la sortie, le 23 novembre de ce film : www.parole-lheritage-dolto.com

Une grande dame de la chanson, Myriam Makeba, « Mama Africa, la sud-africaine, nous a quittés, hier 9 novembre.
Elle nous a fait l’honneur d’accepter la nationalité française en 1990. Elle fut choriste du groupe Manhattan Brothers. Comme Mandela, elle fut une courageuse et constante militante de la liberté et des droits civils, et paya ses engagements de plus de 30 ans d’exil.
Je vous ai présenté Myriam Makeba ici :
Écoutons encore cette« …authentique et formidable « click song » de Myriam Makeba – elle avait alors la splendeur de ses 20 ans… (Ces “clicks” – quand ils sont authentiques – sont des vocalisations d’une langue (le xhosa) parlée par quelque 8 millions d’Africains du Sud…) »

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