Aimez-vous les Groseille…

Mille pardons aux égarés sur mon blog, amateurs de fruits rouges, et de groseilles en particulier.
Ces Groseille-là dont je vous parle en titre sont connus pour bien autre chose que leur richesse en oméga 3. Ils ne sont que les fruits de la misère (relativement au rang social, au confort des Le Quesnoy).
Et puis cette syntaxe ! Cette fausse interrogation, cette absence de point d’interrogation !…
Cela rappelle un titre célèbre de Françoise Sagan : « Aimez-vous Brahms… »
Cette phrase sans tonalité interrogative fonctionne à la manière d’un mot de passe, d’un code de ralliement entre ami(e)s qui partagent les mêmes passions, qui ont des connivences.


Françoise Sagan a été saluée, en tant qu’écrivain, par les plus grands :
Mauriac, dès son « Bonjour tristesse » s’inclinait devant le « charmant petit monstre »).
Elle fut l’amie de bien d’autres grands, dont François Mitterrand.
Voyez, à sa mort, comment la librairie Mollat s’incline et présente son autobiographie « Avec mon meilleur souvenir ». Elle-même a résumé sa vie dans l’épitaphe qu’elle a rédigée : « Fit son apparition en 1954 avec un mince roman, « Bonjour Tristesse », qui fut un scandale mondial. Sa disparition, avec une vie et une œuvre agréablement bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même. ».
Ses engagements étaient sans équivoque, pour toutes les solidarités, contre toutes les injustices, la guerre en particulier, et plus encore contre le fascisme qu’elle exécrait : « Je ne suis inscrite à aucun parti politique, mais je suis engagée à gauche. Je déteste tuer, s’il y avait une guerre, je m’en irais. Où ? Je ne sais pas… Mais s’il y avait une invasion fasciste, je me battrais. Contre une cause indigne, je me battrais. »
Une citation empruntée à l’article de Wikipedia consacré à Françoise Sagan , auquel j’emprunte quelques lignes et que je vous recommande dans son entier : A la naissance de son fils Denis qu’on lui met dans les bras, elle est bouleversée, et a cette prodigieuse image: « je sais ce que c’est d’être un arbre avec une nouvelle branche : c’est d’avoir un enfant » : le lien à la chair de sa chair à la force naturelle de ce que pense-t-elle doit éprouver un arbre des fibres de ses fibres que lui donne le printemps.
Cela devrait suffire à la faire respecter, à prouver qu’elle n’était pas que superficialité.

Mais là n’est pas notre sujet, revenons à nos Groseille.
Rendons leur visite : Nous avons tous vu, (et presque tous admiré) « La vie est un long fleuve tranquille »
d’Étienne Chatiliez.
Moi-même je vous en ai parlé il y a quelque temps déjà : Comme bien d’autres sans doute, j’ai emprunté l’image si parlante du long fleuve tranquille , image d’une vie longue comme la Moldau de Smetana, ce merveilleux poème symphonique qui anthropomorphise la vie de la rivière tchèque de sa source à son confluent avec l’Elbe où elle se jette, telle une vie humaine de la naissance à la mort. La musique de Smetana rend magnifiquement en particulier la force du désir de vie, de conquête des plaines, du bébé fleuve qui s’élance et dévale de toute sa jeune vigueur les pentes de la montagne avant de s’apaiser peu à peu. Je vous disais, à propos du désir de l’enfant, de sa boulimie d’acquisitions, d’expériences sensori-motrices, du rythme de ses progrès, quelque chose comme « Le bébé est un bolide, l’adolescent est déjà un sage… »

Aimez-vous les Groseille… Comme un slogan… Ou comme une franche interrogation : « Aimons-nous les Groseille ? »
Et d’abord faut-il aimer les Groseille ?
Oui, d’autant plus qu’ils ne sont pas toujours faciles à aimer. Ils ont des manières d’être, de vivre, souvent mal perçues dans leur exubérance, leur spontanéité, leur imprévisibilité.
Les Groseille, adultes, n’ont pas les savoir vivre des Le Quesnoy. Quand on n’est pas d’accord avec ce qu’affirme la télé, on crache sur l’écran : rien de plus éloquent, mais rien de moins efficace…
Et puis, n’est pas Le Quesnoy qui veut.

Statistiquement parlant, il faut de la chance pour naître Le Quesnoy.

Et même si on naît Le Quesnoy, génétiquement, notarialement, l’avenir n’est pas garanti.
Naître Le Quesnoy est une chose, mais le rester sa vie durant, en est une autre. Et le destin, maintenant et de plus en plus si souvent cruel, a parfois des fantaisies, des caprices, qu’illustre à la perfection le scénario du film d’Étienne Chatiliez :
Même avec les bon gènes on peut de Le Quesnoy retomber Groseille (même si le petit riche qui grandit dans un nid pauvre semble bien plus heureux de son sort que son pauvre petit camarade de maternité promu soudain riche et noble par la fureur indignée d’une assistante délaissée.)
Oui, il arrive aux cigognes d’avoir des crampes du bec et de laisser échapper et tomber là où il ne faudrait surtout pas, une précieuse livraison. Et le petit héritier racé va bien devoir s’accommoder de la rudesse du nid qui lui échoit (et où il choit sans que ce soit son choix). Vite fait bien fait, la cigogne rhumatisante s’en retourne à la fabrique la plus proche et pour se rattraper, pour compenser, dépose – motus et bec cousu – un petit de qualité moindre (elles ont le coup d’œil et l’expérience. Dans le nid douillet des riches, tel un coucou intrus, le petit va prospérer, s’épanouir : Le petit Groseille, si mal doté en gènes – croit-on – va devenir peu à peu un vrai Le Quesnoy, et le richement doté petit Le Quesnoy va tourner Groseille.
Dans le monde animal, l’intrus qui grandit pas erreur (sauf adoption style chaton par mère chienne en manque d’être tétée) grandit et se façonne selon sa programmation génétique à lui ; rien n’y changera. Un dicton entre autres ne dit-il pas pour accentuer la résignation des humbles : les chiens ne font pas des chats. Et surtout l’intrus est vite rejeté, ses “différences” sont de plus en plus visibles à mesure qu’il grandit. On est très raciste dans le monde animal…
Mais chez les humains, si malléables, si peu « finis » à la naissance, le nid familial est un puissant diluant et/ou modificateur des pouvoirs des génomes.
Et le miracle, et sans doute la plus belle leçon de cette histoire, c’est que d’un côté comme de l’autre, les parents vont s’attacher comme à la chair de leur chair à ces petits êtres venus d’ailleurs, et la restitution sera un déchirement de part et d’autre, pour les parents comme pour les enfants.

De là plusieurs leçons :
- C’est le nid, le milieu familial, qui façonne les tout petits, leurs personnalités, leurs acquis, leurs attachements.
- Vos tout petits, qu’ils soient ou nom de vous, seront à votre image (image culturelle, affective).
- Un petit “adopté”, il faut l’adopter viscéralement, comme s’il était physiquement l’enfant de la « maman », du couple adoptant. Et compenser d’autant plus qu’il a souffert avant.
- Il faut aimer les Groseille, toutes générations confondues : les pauvres sont toujours, à leur manière, immensément reconnaissants aux attentions qu’on a pour leurs petits.
- Et il y a tant de petits délaissés à adopter ! Et l’adoption n’est pas qu’administrative, que légale: on peut se faire une famille nombreuse d’enfants du cœur. On peut aimer, aider… tous les petits Groseille qu’on rencontre.
- Aimer, aider les petits Groseille, c’est déjà les adopter. Et il n’y a ni pas d’âge pour ce genre d’adoption, vraiment à la portée de tous et de toutes.
- Soyons donc les parents de cœur, les parents en résilience, d’un maximum d’enfants encore tout petits : ils ne deviendront pas des Le Quesnoy conformes selon l’état civil, mais ils auront reçu de vous une vraie richesse.

C’est sûr, vous allez aimer les Groseille…

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