Précisions :
Dans le billet du 8 janvier concernant Reuven Feuërstein, je regrettais qu’il y ait parfois une exploitation commerciale de ses idées, ce qui ne peut que favoriser un certain élitisme :
« Il est utile de savoir la récupération « marchande » qui a été faite des techniques de Feuërstein : il est bon pour un cadre (adulte donc et bac ++, on est loin des orphelins de déportés ou des juifs d’Éthiopie) de faire un stage PEI. Ce qui prouve à coup sûr que ces outils d’enrichissement instrumental ne sont pas que d’acquisition, mais que surtout ils génèrent des attitudes efficaces dans la confrontation aux problèmes à résoudre, des stratégies performantes d’apprentissage, d’acculturation. Que des adultes décideurs progressent n’est pas en soi une mauvaise chose, mais cela risque de les conforter dans un sentiment de supériorité et de donner à penser que ces techniques nécessiteraient une intelligence adulte déjà bien en place, ce qui est une erreur fondamentale. L’apport le plus précieux de Feuërstein concerne chez les enfants en grande difficulté la remédiation intellectuelle, la restauration des attitudes de confiance en soi par l’évidence de réussites, l’importance de la médiation (le « passage », la transmission de savoirs, de compétences, d’attitudes) dans cette relation triangulaire : enfant, connaissance, médiateur. »
Dans un autre billet du 8 février, j’exprimais mon souhait d’un PEI destiné à la petite enfance et que j’intitulais :
Un PEI-PE : un Programme d’Enrichissement Instrumental de la Petite Enfance :
« Ce dont je rêve, comme je n’ai cessé de le faire – est-ce une utopie ? – c’est d’une action préventive, le plus en amont possible, c’est-à-dire dès la naissance (et même pendant la grossesse et au temps encore plus ancien du désir d’enfant), essentiellement donc pendant la petite enfance, de 0 à 3 ans, au moment où les choses, mine de rien, se précipitent, un temps où les progrès vont à un train d’enfer, où les besoins à satisfaire sont les plus impérieux – et pourtant les plus simples (bonheur relationnel, bien-être et sécurité physiques, stimulations sensorielles…)
Essayons ensemble d’élaborer un PEI-PE, un « Programme d’Enrichissement Instrumental Petite Enfance» – en fait un inventaire pragmatique fondé sur la connaissance théorique et l’expérience de savoir faire et être vécus, éprouvés – un PEI donc adapté à la toute petite enfance. »
J’ai reçu récemment une information sur des stages PEI de 5 jours (sensibilisation de parents et de futurs médiateurs) concernant la petite enfance à partir de 3 ans) :
Et on m’informe, suite sans doute à la lecture du paragraphe ci-dessus, avoir lu avec intérêt ma « demande de PEI pour la petite enfance », et que mon «vœu est exaucé ».
Cependant les stages proposés aux adultes à Paris et répercutés localement aux enfants sont bien loin d’être gratuits.
Je ne nie pas qu’ils puissent être d’un grand secours à des parents anxieux et à leurs enfants en difficulté.
Mais je crains deux dérives possibles : une sélection par l’argent et surtout peut-être la tentation d’un forcing précoce.
Voilà pourquoi je crois devoir apporter une dernière fois des précisions sur mon projet de PEI-PE :
Il est destiné aux tout petits, c’est « un PEI donc adapté à la toute petite enfance. », de 0 à 3 ans.
Les fondamentaux de ce PEI-TPE :
- Il est destiné à tous les enfants, de 0 à 3 ans, en particulier les plus défavorisés, donc entièrement gratuit et bénévole – ce qui n’exclut pas l’efficacité.
- Il voit dans la maman et l’entourage proche de la toute première enfance les médiateurs naturellement compétents de tous les premiers apprentissages ;
- Il vise à prévenir massivement les souffrances liées aux difficultés et à l’échec possibles à l’école ;
- Il refuse toute idée de forcing précoce (un critère absolu : le plaisir évident d’un enfant de plus en plus épanoui et équilibré) ;
-
Il souhaite sensibiliser les décideurs à l’importance des contextes sociaux de la petite enfance
Ceux qui me suivent depuis les débuts de ce blog (3 mois déjà, 2000 visites…) ont bien compris que la générosité, l’altruisme et la lucidité sont des qualités essentielles à ce projet qui est, je le précise une dernière fois, un
Programme d’Enrichissement Instrumental de la Toute Petite Enfance.
Quelques conseils pour terminer :
Notez (rien de plus volatile que la mémoire !) vos idées de conseils, d’actions possibles pour cet « enrichissement instrumental des tout petits ». Faites, comme le conseille Feuërstein, des canevas, des tableaux, des plans :
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Selon les « instruments » du tout petit
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Ses sensations
- Vue
- Toucher
- Goût
- Audition
- Odorat
- Vue
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Son action
- Schèmes sensorimoteurs
- Activités, motricité (déplacements, marche, explorations)
- Intelligence sensorimotrice, essais, expériences, touche à tout…
- Ses jeux
- La parole
- Schèmes sensorimoteurs
- Son équilibre, son épanouissement corporel
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Son affectivté
- Ses besoins, des désirs sensés peu à peu maîtrisés
- Son équilibre relationnel
- Ses besoins, des désirs sensés peu à peu maîtrisés
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Ses acquisitions, ses progrès à noter, à « guetter »
- Le gazouillis, la parole
- L’objet permanent
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La fonction représentative
- Le faire semblant
- Les jeux
- La mémorisation
- Les premiers gribouillages et « dessins »
- Le faire semblant
- Le gazouillis, la parole
- Le tout petit seul
-
Les partenaires du tout petit (les divers contextes relationnels)
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Des personnes
- Lui-même
- D’autres enfants
- Sa fratrie, ses parents, ses proches
- Des inconnus
- Lui-même
- Des animaux
-
Des objets
- Seins, doigts, main…
- Objets de hasard
- Jouets
- Seins, doigts, main…
-
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Selon l’âge du tout petit, ses “étapes”
- Avant la naissance
- À la maternité
- Les 3 premiers mois
- Le « ramper »
- La marche…
- Avant la naissance
-
Selon les lieux
- Berceau, lit, poussette
- Chambre
- Maison
- Extérieur
-
Quartier
- Rues, espaces verts
- Magasins, grande surface, cafétéria, restaurant…
- Rues, espaces verts
- Lieux inconnus
- Chez des parents, des voisins
- Berceau, lit, poussette
- Selon les saisons
- …
Il s’agit, pour chacune de ces « cases » de ces quelques tableaux donnés en exemple, d’imaginer, ou mieux, de se remémorer des activités de stimulation, d’encouragement du tout petit à partir plus confiant à la conquête du réel, en veillant toujours à son équilibre affectif et relationnel.
N’oubliez pas que l’on oublie vite : Jules Renard disait « Il faut saisir l’idée fuyante et lui écraser le nez sur le papier. »
Alors, à vos tableaux et à vos notes, et prenons l’habitude d’échanger. Vous savez comment me joindre :
toutpetits@hotmail.fr
Protection du site : J’ai dû m’y résoudre.
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Archivé sous: PEI, Thèmes, animal, attachement, bébé, intelligence, jeu, langage, petite enfance, progrès, société, solidarités | Tagué : activité, argent, attitude, échec, épanouissement, équilibre, bénévolat, défavorisé, dessin, difficultés, encouragement, Feuërstein, forcing, fratrie, gratuité, gribouillage, instruments, intelligence, jeu, jouet, maman, médiation, misère, parole, PEI, petite enfance, prévention, relation, remédiation, représentation, sélection, sensations, société, souffrance, stage, stimulation
Bonjour
J’ai une petite fille en dernière année de maternelle qui rencontre des problèmes de repères spacio-temporel. Nous sommes sur la région parisienne 92 et je souhaiterais savoir s’il existe des spécialistes qui pourraient aider ma fille.
Pouriez-vous me donner des contacts. Merci par avance
Bonjour,
Vous vous inquiétez pour votre petite fille, qui, dites-vous, révèle en dernière année de maternelle des difficultés d’ordre spacio-temporel.
Il arrive souvent que les premiers exercices d’écriture, de graphie, soulignent des difficultés de cet ordre, bien normales, puisqu’il s’agit de “débutants” en écriture, donc tout à fait inexpérimentés.
Souvent, ces difficultés d’OST (organisation spacio-temporelle) sont liées à une latéralisation encore mal définie. Peut-être se plaint-on de quelques mots écrits en miroir, de quelques lettres inversées, d’une hésitation entre main G et main D dès qu’il s’agit de dessiner, ou d’écrire. Peut-être une gaucherie spontanée, naturelle, a-t-elle été contrariée en famille ou ailleurs. Il est facile de vous rendre compte de la main dominante de votre fille en l’observant quand elle joue, quand elle doit agir avec force, lancer loin, par exemple, ou avec précision (transvaser de menus objets), ou tout simplement quand elle mange, mais là encore c’est souvent “contrarié”, car la gaucherie déplaît toujours à quelqu’un dans la famille élargie, et elle est parfois hélas vivement combattue, parfois dès les premiers gestes de préhension du tout petit.
Même si la latéralisation manuelle est bien établie, c-à-d si la dominance manuelle G ou D est sans ambiguité, ce qui est l’essentiel, des parents s’inquiètent parfois (à tort) de ce que leur enfant s’oriente mal, qu’il confonde la gauche de la droite de l’espace où il agit, ou qu’il shoote du pied G quand il est droitier de la main, qu’il cligne de l’œil G. Cette “latéralisation croisée” main-œil, main-pied, ne nuit en rien si la latéralisation manuelle est nette, soit à G, soit à D, tant pour la précision que pour la force. Cette “affirmation” de la latéralisation manuelle, de l’orientation, du repérage, donc d’une latéralisation plus générale dans un espace de vie et d’action, est affaire de pratique, de bricolage, de jeux, d’observations (par ex, la G de celui qui vient à ma rencontre est ma droite).
Plus sérieuse serait une incoordination motrice générale, mais vous, et l’école (dès la petite section), vous en seriez aperçus et inquiétés.
Je crois très sincèrement que le meilleur conseil que je puisse vous donner est de faire confiance à l’équipe éducative de l’école de votre fille, de demander à les rencontrer à ce sujet. Il est fort probable que vous serez très vite rassurée. S’il y a lieu, on vous conseillera peut-etre une prise en charge dans le cadre d’un RASED , et si le problème est plus sérieux, vous serez “orientés” vers un CMPP, où votre fille serait confiée à un psychomotricien.
Mais je vous le répète, l’essentiel est que votre fille exerce sa motricité ( et pas seulement manuelle, toute sa motricité corporelle, de tous ses muscles et articulations donc), à travers des jeux et activités où vous serez partie prenante, et surtout que vous ne vous angoissiez pas, car rien n’est plus contagieux que l’inquiétude des parents, car alors, en plus de sa maladresse, votre fille serait inhibée (l’inhibition est la retenue craintive dans l’action, la parole, la prise de décision…), et alors d’autant plus maladroite et sans doute malheureuse de cette maladresse qu’elle serait la première à percevoir.
Bien cordialement à vous et tous mes vœux de réussite pour votre grande petite fille qui est aux portes de la “grande école”, de la lecture et de l’accès possible à tous les savoirs.