Une image de soi « suffisamment bonne », mais pas trop. Comme « la mère suffisamment bonne » selon Winnicott, c’est-à-dire bonne sans excès et même frustrante juste ce qu’il faut pour que l’enfant, puis l’adolescent soit tenté par l’autonomie, l’émancipation du futur adulte accompli. Je me permets de citer cet extrait de Wikipedia : « celle qui sait donner des réponses équilibrées aux besoins du nourrisson, ni trop ni trop peu. On l’oppose à une mère qui ne serait pas assez bonne. C’est-à-dire qui laisserait l’enfant en souffrance et dans l’angoisse néantisante. On l’oppose aussi à une mère qui serait trop bonne. C’est-à-dire qu’elle répondrait trop aux besoins de l’enfant, et ne le laisse pas assez ressentir le manque qui est également essentiel à sa constitution, plus précisément à l’identification du moi comme différencié de la mère. Lisez au moins la remarquable introduction de Gisèle Harrus-Révidi à l’ouvrage de Winnicott (PBP 595, p 7 à 30).
Une image de soi que l’on juge soi-même perfectible afin qu’elle reste un stimulant – sans excès – vers le mieux, une image de soi que l’on se forge et qui tende peu à peu vers l’image d’un moi idéal.
L’ «image de soi », une image bien trompeuse, comme toutes les images, qu’elle soit réelle, physique ou morale, psychique…
J’ai donc, selon les circonstances, et selon les regards, bien des images de moi :
- Celle que je saisis dans les miroirs, infiniment variable, selon les jours, la forme, la santé, les tenues vestimentaires et les états d’âme…
- Celle que je crois lire dans le regard de l’Autre, des Autres :
- Celle de mon regard intérieur, introspectif, qui évalue les qualités et imperfections de cette image que l’on voit de moi, de son moi, cet idéal vers lequel je tends, mais avec des critères d’évaluation souvent faussés.
- Celle du regard que je prête aux autres : comment me voit-on, physiquement ? moralement ? Suis-je quelqu’un de beau, de physiquement attirant, séduisant ? Suis-je quelqu’un de bien, suis-je apprécié, estimé, aimé pour plus que des attraits.
- Celle du regard collectif, de la vox populi qui fait et défait les réputations.
- Celle des portraits, ces instantanés si souvent décevants et qui révèlent si bien les dommages du temps passé.
- Celle des appréciations écrites des écoliers, des étudiants, des fonctionnaires, des militaires…
En fait, notre image est toujours en élaboration, toujours remise en question, niée, refusée, contestée, souvent truquée, parfois pleine de mauvaise foi narcissique ou d’erreurs de discernement.
L’image de soi, par soi : rien de plus subjectif.
Aucune objectivité à attendre du surmoi presque toujours trop sévère, trop exigeant, toujours à comparer le moi réel et le moi idéal, cette vision utopiste irréaliste et irréalisable.
Il est bon d’être aiguillonné par une ambition tendue vers le bien et même le mieux, mais comme le dit la sagesse des dictons, ce mieux est souvent l’ennemi trop exigeant du bien plus raisonnable.
Un surmoi féroce : Nous avons déjà vu Petit-Bout piégé entre ses pulsions, ses désirs, ses erreurs et ses fautes et les reproches excessifs d’un surmoi parfois féroce, et le secours que lui apporte M. Maître, par son empathie et son expérience, qui le rendent compréhensif et indulgent.
L’image de soi, par l’Autre : un tableau individuel et collectif, sans cesse remanié, où chacun, soi compris, se permet d’ajouter sa touche de vérité ou de mensonge, ses taches d’erreurs.
On ne voit d’ailleurs jamais la totalité de cette œuvre. En fait on ne fait que feuilleter un immense album aux pages évolutives, certaines que l’on saute en fermant les yeux avec horreur, ou sur lesquelles au contraire on s’attarde avec nostalgie et complaisance.
« Comme je me regrette ! » a écrit joliment – comme toujours – Colette vieillie en contemplant les images et les souvenirs de la belle enfant, de la jeune femme qu’elle avait été.
Une image de soi acceptée et acceptable, c’est sans doute un des meilleurs critères d’une vie réussie (voyez ici et là surtout).
Cette conscience d’être, l’un dans l’autre, quelqu’un de bien
est faite des mille petites fiertés, satisfactions d’amour-propre qui au jour le jour compensent les mille erreurs, fautes, défaillances qu’immanquablement on a vécu ou qu’on va vivre. C’est la résultante de mille petites et parfois grandes victoires qui aboutissent à cette conviction intime d’une vie relativement réussie, pas tout à fait nulle.
Ayons, nous adultes, aînés, de la famille ou non, la générosité de fournir à nos tout petits des opportunités de réussites, de victoires, si menues, si dérisoires soient-elles. Il n’y a jamais de réussite absolue, de victoire sans remise en question un jour ou l’autre ; il y a toujours un sentiment exaltant de puissance, de savoir-faire et il reste toujours un peu de cette exaltation, de cette euphorie, de cette ivresse qui vous fait sauter, crier votre joie: c’est cette force qui porte, qui pousse à oser, à entreprendre, à [se] risquer à nouveau. Quand ce flux est amorcé, rien ne l’arrête, pas même les faiblesses, les infirmités, toutes les menues trahisons du corps qui n’est plus si jeune.
Aidons nos tout petits, nos petits et nos plus grands, nos proches, conjoint, parents, amis dans ce travail de Sisyphe, dans cette œuvre sans cesse à reprendre et à fignoler, lécher…, qu’est l’image qu’ils ont d’eux-mêmes ou qu’ils pensent qu’on a d’eux.
Cette image à laquelle vous allez contribuer positivement sera celle de leur vie, sera celle qu’ils tenteront de restaurer dans les moments toujours possibles de grand doute. Cette image-là, ces images furtives, fugaces mais chaleureuses seront alors parmi les éléments essentiels d’une résilience réussie.
« L’œuvre », d’Émile Zola : Un des romans qui m’ont le plus impressionné. On y assiste à l’élaboration de plus en plus douloureuse d’un tableau par un artiste peintre maladivement perfectionniste, toujours insatisfait de sa réalisation au point de sombrer dans une folie destructrice qui lui fait lacérer son tableau… et sa vie.
Apprenons à être suffisamment satisfait d’une existence suffisamment bonne.
Ne portons pas toujours nos lunettes d’exigence, ayons des verres correcteurs qui atténuent l’objectivité trop réaliste, chaussons nos besicles d’indulgence, pour les autres comme pour nous-mêmes.
Montrons à nos enfants que le vrai, le bien, le juste s’apprécient mieux en variant les angles de vue.
Une image s’améliore souvent en trempant nos pinceaux dans les bonnes « couleurs » – nous avons tous de « bonnes couleurs », il suffit d’apprendre à les voir et à les apprécier, d’apprendre à s’en contenter, même si elles sont quelque peu frustrantes, un peu ternes
Il y a là toute une éducation du regard de l’esprit et du cœur.
Apprenons-à nos petits la souplesse, apprenons-leur la « lecture » et la tolérance des images que les Autres, que les évènements, que la vie, ces mille miroirs leur renvoient. Des miroirs parfois déformants, comme d’un « palais des glaces », cette attraction foraine qui fait tant rire – d’angoisse bien sûr.
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Dans ces temps lointains, Il faisait partout si froid que même là-bas, loin vers le haut soleil, les loups avaient bien froid – et c’est depuis ce temps-là d’ailleurs qu’on dit « un froid de loup » et aussi « une faim de loup » tellement les proies étaient difficiles à capturer, surtout quand l’hiver tout blanc, terrible, saisissait la nature.