Très bonnes nouvelles d’Éric-Emmanuel Schmitt

Des nouvelles, excellentes, en effet, puisque le Goncourt de la nouvelle leur a été attribué en 2010.

Vous sentez-vous en appétit? Pour une fois, nous allons commencer ce menu de gastronomie littéraire par le dessert, le “Journal d’écriture”. Alors bien mis en bouche, nous dégusterons et apprécierons encore mieux les quatre mets délicats que sont les nouvelles qu’un “chef” brillant et déjà réputé nous propose aujourd’hui : “Concerto à la mémoire d’un ange”

Quatre nouvelles remarquables.
Comme je vous disais, il est préférable de se rendre tout de suite aux pages 195 puis 197.
Là nous découvrons en “entrée/dessert” ce qu’est le métier d’écrivain selon Éric Emmanuel Schmitt, sa mission, la responsabilité dont il s’estime chargé :

Un bonus de vingt pages, l’équivalent littéraire du “making of” d’un DVD.
Éric-Emmanuel Schmitt s’y livre , s’y révèle avec une rare authenticité. Il nous prend par la main et nous introduit dans ses arrière cuisines où il nous concocte ses chefs d’œuvres. Il nous y donne tout bonnement tous ses coups de main mais aussi ses motivations, pourquoi il nous régale si joliment. Son “journal d’écriture” est un carnet intime, plein de confidences faites à un lecteur qu’il juge digne de sa confiance. Mais quand il nous rapporte que “Voltaire disait que les meilleurs livres sont ceux écrits à moitié par l’imagination du lecteur”, il poursuit finement :

“…mais, au fond de moi, j’ai toujours envie d’ajouter : pourvu que le lecteur ait du talent.”

Vous voyez, ces vingt pages nous apprennent beaucoup sur l’auteur.
Mais aussi sur la littérature :
Comme toujours, dans une œuvre, il faut certes une étincelle (de génie peut-être) mais surtout beaucoup de travail et de transpiration. Jules Renard disait “Il n’y a pas de génie en littérature, il n’y a que des bœufs de labour”. Et l’idée fuyante, l’étincelle qui va embraser la pensée, il faut “la saisir par le cou et lui écraser le nez sur la page”.

L’écrivain comme sous influence :

“Hier matin, une idée a fait irruption dans mon esprit, si forte, si séduisante, si péremptoire , qu’en quarante-huit heures, sans gêne, elle s’est installée chez moi, a changé mes plans, mes dispositions, mes interrogations et s’est emparée de mon avenir. Elle me considère comme un partenaire qui lui obéit. Le pire? Elle amène sa famille avec elle”…

… comme une chatte qui sait vous séduire, se faire adopter et vous présente alors toute sa ribambelle de chatons.

Je vous laisse le plaisir de lire cette idée générique, dès la première page (197) du “journal d’écriture”. Elle sera le fil conducteur de l’ensemble du recueil des quatre nouvelles, dont la troisième donne son titre au livre : “Concerto à la mémoire d’un ange”.
Sitôt cette idée jetée sur le papier…

…”voilà que ses sœurs ont rappliqué….”
“Ce soir, j’en suis déjà à huit ou neuf. La joie m’empêche d’éprouver la fatigue.
Une certitude donc: voici un livre qui demande à naître.

Cette idée générique fait l’unité de ce livre.
Sainte Rita aussi ! qui est la patronne des causes perdues et qu’on retrouve avec surprise et ravissement à un détour de chacune des quatre nouvelles (“elle surgit, telle un diamant à facettes dans ces histoires”).

Ce livre n’est donc pas un recueil de quatre nouvelles disparates. Loin de là. Vous aurez longuement en bouche les saveurs que lui procurent quatre épices corsées : “damnation”, “rédemption”, “victime”, “bourreau”.
Et vous saurez qu’on peut passer d’une saveur à l’autre, d’un état à l’autre, qu’une destinée n’est jamais définitivement scellée, enfermée pour toujours dans un comportement.
Alors vous découvrirez la profondeur de cet écrivain qui est un philosophe optimiste : si noir soit devenu l’homme, sa rédemption, son auto-sauvetage est toujours possible.


Les nouvelles d’Éric-Emmanuel Schmitt sont un enchantement, leur écriture est un enfantement.
L’intimité de la pensée d’un écrivain – façon Schmitt – c’est bien plus qu’un office où on appliquerait des recettes, des trucs d’atelier d’écriture. Tenez, voyez plutôt à quel point l’écrivain est asservi par l’écriture, comme il est pris par le besoin d’écrire :

“Comme d’habitude, je ne vis plus. L’écriture s’est emparée de moi et a placé tout ce qui ne la concerne pas en suspension. Mis entre parenthèses, je me réduis à un scribe, une main au servie d’une urgence : les personnages qui veulent exister, l’histoire qui veut trouver ses mots.”

Comme une femme qui tombe enceinte, Schmitt est soudain “gros” d’un enfant à venir. Un enfant sans aucun doute désiré, mais peut-être plus : un enfant qui s’impose. À entendre ce désir de vivre prêté à l’embryon de récit, on croirait entendre Dolto. Un désir irrépressible a brusquement fécondé la pensée de l’écrivain.  Et comme une femme enceinte, il vit désormais un peu replié, un peu coupé du monde, attentif à ce qui germe en lui.

Une nouvelle a la densité, la présence, la vie d’une pièce de théâtre

Éric-Emmanuel Schmitt n’est pas un chauffard, c’est un conducteur pressé. Pressé de nous mener au dénouement qu’il a prémédité. C’est “qu’une nouvelle est une épure de roman, un roman réduit à l’essentiel“.
Attachons bien les ceintures et regardons attentivement, les virages sont soudains. Les coups de théâtre, les rebondissements ne préviennent pas et on ne s’attardera pas, on ne flânera pas. Il faut suivre, comme au théâtre. L’assoupissement n’est pas permis.

“Le nouvelliste a le sentiment de diriger le lecteur : il l’empoigne à la première phrase pour l’amener à la dernière, sans arrêt, sans escale, ainsi qu’il est habitué à la faire au théâtre.”

Avec Éric-Emmanuel Schmitt, on ne peut se laisser aller à quelques secondes de lecture automatique. “La brièveté rend la lecture captive”. Nouvelle oblige, tout est important, chaque mot compte parce que vraiment voulu, comme un enfant désiré dont on a longuement façonné chaque trait en l’imaginant, comme un sculpteur rêve son projet face à la pierre brute.

Vœux et menus cadeaux de fin d’année

À vous tous et toutes que j’aime,  parce que êtes ma famille vraie, celle de l’état civil;
À vous qui êtes ma famille plus vraie encore peut-être, parce que je vous ai choisis, parce que vous m’avez bien voulu parmi vos amis;
À vous avec qui je partage l’essentiel de ce qui donne sens à ma vie; vous toutes et tous de nos belles associations, de l’ASERC, d’ANLP…, tous ces bénévoles et passionnés du beau tissu associatif, si serré, si bien maillé, si chaud de dévouement, de Cognac et des environs;
À Michel Gourinchas et à son équipe municipale qui font de Cognac, avec passion,  une vraiment belle petite ville, imprégnée d’art, d’histoire, de savoir-faire séculaires, connue du monde entier, où il fait meilleur vivre, où la vie sera plus facile malgré l’affreuse crise, parce que la cité sera plus attentive et ses citoyens plus solidaires.

À vous toutes et tous j’adresse mes vœux les plus sincères pour que 2012 voie vos désirs profonds se réaliser, au moins s’ébaucher.

Pour cela, je renouvelle ces vœux que je formulais il y a quelques jours déjà : http://toutpetits.wordpress.com/2011/12/20/voeux-pour-2012/
Mais ces vœux, je les trouve maintenant trop pessimistes.
Aussi, pour compenser leur tonalité un peu résignée, voici maintenant pour vous un bouquet de menus cadeaux de fêtes de fin d’année :

1- D’abord cette superbe carte animée, cet hommge à la jeunesse, à la musique :
J’emprunte cette vidéo à Dailymotion :
http://www.dailymotion.com/video/xbihrb_bonne-et-heureuse-annee-2012-les-en_music

En voici une bien belle image, statique, figée, comme un beau papillon saisi en vol :

Pour avoir les voix et l’animation, cliquer sur le lien http://dai.ly/vBXTZo : trois minutes de fraîcheur, un pur bonheur qui me rappelle celui, si intense, que nous ont donné à Châteaubernard, les Petits Écoliers Chantants de Bondy.
N’hésitez pas à visiter le site http://www.lesenfantastiques.fr/

2- Cette superbe vidéo – merci Nicole! – venue du grand Nord : images somptueuses, musique agréable, et surtout, dans le casting, des acteurs  magnifiques, des animaux superbes, intelligents et si dignes : des huskys… et leurs maîtres :

Lien complet                    http://www.youtube.com/watch?v=YBIwCdvhgX4

Lien complet et HD         http://www.youtube.com/watch?v=YBIwCdvhgX4&hd=1

Comme pour la chorale des “enfantastiques“, je prélève une belle fleur – de cristal de glace… – , une seule, pour orner joliment cette première page 2012 de notre blog : La pub évacuée, et en plein écran, c’est sublime!


Ce qui m’émeut le plus, par-delà la beauté des paysages à couper le souffle, c’est la qualité de la relation entre ces hommes et ces êtres proches de la perfection que sont les huskies : on a là un bien bel exemple de ce qu’est la sincérité, l’authenticité. Pas étonnant qu’hommes et bêtes nous paraissent si évidemment équilibrés, si efficients dans ce monde hostile du Grand Nord.
Il en faut du courage à ces chiens qui se dévouent “à la vie, à la mort” : Il faut savoir, que pour un husky, tomber dans l’eau glacée d’une banquise effondrée, c’est la mort quasi certaine. Même s’ils parviennent à se hisser sur la banquise, le froid congèle leur épais duvet gorgé d’eau. Ils le savent d’instinct, c’est inscrit dans leurs gênes. Il a fallu au mien des années de canicules charentaises pour qu’il accepte de marcher dans l’eau, pour qu’il y plie les pattes jusqu’à se rafraîchir le ventre, mais pas plus…
Le husky sauveteur que nous voyons opérer sait au plus profond de son être le risque mortel qu’il prend. Mais il est évident qu’il sent par une empathie digne des humains les plus altruistes, que l’homme qui est là, tout près dans la glace effondrée sous lui et fissurée de partout, il sait, il sent que ce “maître” habituellement si puissant, si dominant, est maintenant en danger de mort. Admirez comment il dose cette prise de risque, comme il s’aplatit pour mieux répartir son poids à l’approche du trou, avec quelle attention il écoute les consignes et y obéit. Et quand enfin l’homme se hisse, avec quelle tension dans l’attitude et avec quelle intensité dans le regard il observe les derniers moments du sauvetage. Comme quand, à la fin, il faut sauver son compagnon qu’il croit mort, on voit le husky trépigner d’impatience et sembler dire : “Allons, vite! Il faut faire quelque chose!”
Oui, ce sont de bien belles images, et ces scènes valent toutes les leçons de morale et de civisme : elles deviendront exemplaires, elles s’incrusteront en nous, nous rêverons sans doute  - rêves éveillés – d’accomplir, nous humains, de semblables exploits, de nous jeter à l’eau ou dans les flammes, en tout cas dans le danger, de nous oublier assurément pour que quelqu’un d’autre survive ou simplement vive mieux.

Vœux pour 2012

Je viens de relire les vœux que je vous offrais pour 2010 :

http://toutpetits.wordpress.com/2009/12/31/voeux-de-toutpetits-pour-2010/ Ils sont toujours valables car les manques et frustrations qu’ils voudraient combler sont hélas plus que jamais d ’actualité.

Chacun peut maintenant  juger de la piètre qualité de ces vœux : malgré leur sincérité, ils ont été bien insuffisants, bien inopérants, y compris ceux de la “petite Sirène” , si préoccupée de notre environnement, et qui sont toujours hélas restés, eux aussi, au stade des vœux pieux.
Tous ces vœux croisés que nous échangeons si volontiers semblent se neutraliser.

Santé, réussite, prospérité… : Le bonheur est fait d’un mélange fluctuant de ces ingrédients.

Ce bonheur, si ardemment  désiré pour soi-même, si volontiers souhaité à nos proches et relations, il a d’abord les fraîches couleurs rosées de la santé, de la jeunesse, de la force. Peu à peu il prend des teintes argentées, dorées à mesure que l’on gagne en âge mais que l’on perd en énergie.
Chacun a son patchwork parfois tout cousu par les doigts des bonnes fées de l’ADN et de la généalogie, une vraie dentelle!… Le plus souvent, il faut au fil des ans, se contenter d’une méchante couverture mal ficelée et qui protège bien mal des intempéries et des coups durs de la vie.
De plus en plus, les cocktails que nous devons ingurgiter sont pleins de filets d’amertume, et ces menus que la vie nous concocte sont de plus en plus indigestes… quand ils ne sont pas carrément toxiques.
Et surtout, on sent bien désormais que nos talents, nos qualités personnelles comptent pour bien peu dans cette élaboration : C’est que de méchants maîtres queue y jettent un peu n’importe quoi. Ils ont beau touiller, enjoliver, vanter… leurs mixtures sont imbuvables, immangeables.

Il y a sans aucun doute préméditation, organisation délibérée dans ce sabotage de tant d’existences que j’ai déjà si souvent dénoncé : la mise hors de prix des besoins essentiels, vitaux :
- les abris (vêtements, domicile);
- l’énergie (déplacements, activité);
- les denrées de base pour l’alimentation.
À partir de là, c’est automatique, inéluctable : les déjà pauvres sont faits comme des rats : ils périront ou devront fuir vers des havres encore plus précaires et seront dépouillés du peu de biens qu’ils détiennent.

Pourtant, il faut résister, tenir, se battre ensemble. Ne plus confondre vœux et prières ou bénédictions. La pensée magique des enfants n’a plus cours dans le monde froidement réaliste qui est le nôtre désormais.
Je vous souhaite de tout cœur tout ce qui pourrait vous combler. Mais… soyez raisonnables et ne vous illusionnez pas trop sur les pouvoirs de ma baguette magique…

Voilà sans doute les vœux les plus utiles que je puisse formuler : vigilance et courage, initiative et solidarité.

La Crise : révolte et sursaut

Révolte et sursaut

( en hommage à Georges Brassens)

Pour toi, petite mère qui pleures  sur ton bébé,

Qui as faim, qui as peur, te sens abandonnée ;

Pour le père licencié,  qui honteux est parti ;

Pour l’avenir  heureux soudain anéanti ;

Pour le désespoir qui guette et engloutit,

Je te maudis, la Crise !

 

Par toi, ami, parent, ou voisin solidaire,

Qui viens vite à son secours et qui sais quoi faire,

Qui trouves les mots qui font du bien et consolent,

Par tous les justes, les bons, les bénévoles

Par ceux qui ne comptent pas leur temps et s’enrôlent,

Je te défie, la Crise !

 

Pour toi, l’adolescent tout énergie et désirs

Qui as foi en demain et tant soif d’avenir,

Pour la trahison de ce monde perverti,

Pourri par des riches, des puissants, des nantis ; 

Pour tous ces possibles et ces rêves évanouis,

Je te maudis, la Crise !

Par toi l’éducateur enthousiaste et dévoué

Qui jamais ne désespères, qui souvent trouves à louer

Par vous tous qui savez, enseignants, formateurs,

Faire croire en soi et que d’autres ont du cœur ;

Par vous, passeurs de savoir-faire, de bonheur,

Je te défie, la Crise !

 

Pour toi le vieillard triste qui te sens décliner,

Qui doutes de l’avenir que tu vas laisser,

Pour toi qui tombes malade et te sens étranger

Dans l’hôpital nouveau qu’on a tout chamboulé ;

Pour la peur des patients, la fatigue des soignants

Je te maudis, la Crise !

 

Par toi, le médecin  fidèle à ton serment

Qui crois en la science et te tiens au courant ;

Par toi l’infirmière surmenée qui penses encore

Qu’un geste tendre, qu’un mot avec un sourire,

Que ta présence, sont de bons médicaments ;

Je te défie, la Crise !

Bulles de l’inconscient

Une marionnette parle, toute seule, comme ferait un ventriloque – ce qu’est souvent d’ailleurs un montreur professionnel.
La marionnette s’agite, se démène. Elle a des gestes sommaires, des attitudes approximatives, des déplacements simplistes, tout un comportement rudimentaire. Surtout si c’est un enfant qui la mène.
Peu importe. Ce qui compte, ce sont ses mots, ses paroles, d’une voix souvent déformée, pour paraître autre que celui ou celle qui la manipule.
Dans une BD, ces mots seraient enserrés dans des bulles.
Beaucoup de ces mots-bulles, de ces rafales, de ces giclées échappées comme sous une forte pression, nombre des comportements souvent violents qui les accompagnent, viennent en droite ligne de l’inconscient du Moi-Marionnette.
Il en est parfois de nauséabondes, de ces bulles qui émergent comme d’un marigot, comme d’une mare dont on touille la vase : sous les lentilles vertes du marais, les bulles qu’on peut enflammer.
C’est cela la vérité de l’inconscient. Cette vérité vraie, qu’il faut savoir admettre, et qui sort toute nue, en tout cas bien peu travestie, de la bouche innocente des marionnettes.
Tout ne vient pas de cet au-delà, de cet avant de la toute petite enfance, celle d’avant les mots eux-même. Mais ce qui s’échappe et qu’on apprend vite à flairer et reconnaître est précieux bien que parfois cruellement déplaisant.
Ces mots-éruption qui font irruption sont comme un prurit pui pourrait prévenir une somatisation plus grave.
Laissez parler les marionnettes de votre enfant : il se soigne.
Saisissez, vous aussi, une autre marionnette, et dialoguez avec la sienne, – avec lui : il vous viendra alors sûrement, au milieu de tout un verbiage banal, des choses essentielles, des pépites de parler vrai où vous entendrez ses appels, où vous sentirez ses besoins, où vous vous découvrirez l’un l’autre.

Vous pourriez relire avec profit cet article http://toutpetits.wordpress.com/2008/05/08/marionnettes-leur-parler-vrai-leur-agir-vrai/  

et celui-ci : http://toutpetits.wordpress.com/2008/05/05/le-theatre-de-la-vie/

 

Et puis, il est encore temps, pour les fêtes, de bricoler pour vous et vos enfants un théâtre de marionnettes :
http://toutpetits.wordpress.com/2008/06/12/castelet-pour-les-marionnettes-de-toutpetit-tpjx/
http://toutpetits.wordpress.com/2008/07/06/tout-beau-le-castelet-des-marionnettes-suite/

Histoires d’A

Mes “triplettes de “Bellepile”” n’ont qu’un double A. D’abord ce ne sont plus des triplettes, mais des doublettes, des quadruplettes, des quintuplettes, des n’importecouettes – parfois par 8, par 10…, – au gré des promotions.


Le triple A (AAA) est réservé à de petites maigrichonnes, sans doute plus nerveuses – mais vite épuisées. Elles ont grossi – l’inflation sans doute – et ont perdu leur triple A.

Une triple buse, c’est comme un record en matière de bêtise, d’hermétisme à la logique. Alors une buse, c’est déjà pas mal, c’est la “Dame Bêtise” que fustigeait Brel.
En Saintonge nous avons de grosses buses qu’on appelle busards.

- Je vous assure mon cher cousin, vous avez dit “busard”
-
J’ai dit “busard”?… Comme c’est bizarre !…

On les voit souvent, ces busards, solitaires et  juchés sur les piquets au bord des routes et chemins. Comme celui-ci, photographié par Patrice Choisy, et “déniché” sur la toile. Mais pas si buses que ça, ils vous regardent calmement passer en voiture…, mais prennent leur envol lourd dès qu’on s’arrête pour un cliché. Téléobjectif et zoom obligatoires…

Femelle de busard cendré (cliché de Patrice Choisy)

 Ce pauvre busard a perdu son seul et dernier A. Dégradé, le voilà simple buse, bien limité sans doute…

Avez-vous le cœur à rire par ces temps de crise et de mensonges permanents?
Même le rire se dégrade :
Il y a peu, je riais encore de bon cœur, à gorge déployée (d’employé en CDI) : Ha! Ha! Ha! …. Ha! Ha! Ha!… Ha! Ha! Ha! De bonnes rafales de triples Ha! puissants et sonores, bien exhalés.
Peu à peu, ma joie de vivre a été dégradée. Elle s’est ternie. Je me surprends à des éclats de rires mesquins, rétrécis : des HA! Ha! doubles de grincheux pessimiste. Et parfois même de simples et brefs Ha! solitaires, enfants uniques d’une joie qui s’économise, qui compte ses Ha! comme un avare ses euros.

Frédéric Lopez a bien du mérite de vouloir nous persuader qu’on peut, si on veut, être heureux. Le bonheur serait un peu une posture, une attitude face à la vie. Et, plein d’altruisme et de sincérité, il plaide avec fougue et talent. Seulement, voilà, la vie folle et sans avenir clair que certains nous font mener ou nous préparent n’incite guère à l’optimisme. Difficile de positiver quand on perçoit tant de négations organisées.
Ses Lolos noirs – dont je reparlerai – sont merveilleusement attachants. On serait bien tenté de partager pour longtemps et peut-être pour toujours leurs belles vies tendues vers les autres et l’effort collectif. Mais dans l’ambiance du libéralisme, les “Lolos noirs” sont rarissimes.

Frédéric Michalak et les gentils “Lolos nors” de son “Rendez-vous en Terre inconnue”

Ce “Lololand” des confins de la Chine et de l’Indochine doit être un rêve, une très douce utopie, une délocalisation terrestre du paradis… Admirez, sur cette seconde et magnifique photo de Turpin, combien cette gentillesse des Lolos est contagieuse et à quel point ce grand diable de Frédéric Michalak, tout ému et attendri, a sur les lèvres le doux sourire du petit Lolo.
Hélas, on sent bien que les Lolos, eux aussi, sont guettés par le “progrès” libéral. Et ce combat d’arrière-garde des doux et gentils a quelque chose de pathétique.

Ha! qui rit et Ah! qui pleure

Nous l’avons vu, le triple Ha! rieur se dégrade. Le rire se fait rare. Même le sourire, si discret, si joliment silencieux et qui est à la fois remerciement et don gratuits.
Le Ha! ne rit plus de bon cœur, et sa multiplication, sa reproduction sont compromises.
Par contre Ah! qui pleure, qui sanglote, qui se lamente, on l’entend un peu partout, de plus en plus fréquent. Un peu partout dans le vaste monde tourneboulé ce ne sont plus guère que cris et gémissements, plaintes et geignements, parfois à peine modulés, vocalisés. Ce ne sont parfois que de longs et misérables Aaaah! épuisés et péniblement exhalés.
Souvent le Ah! de douleur qui bégaie est stratégique, préventif. Car on sait bien que pour attendrir son dentiste il faut au moins un triple âââ ayant toutes les apparences de la sincérité pour les faire reculer, lui et sa roulette…

Post scriptum : Et Gaby, quel est son “grade”?
Combien de A?
1 A?, 2 A? 3 A?
Vous en êtes loin! Gaby, c’est…

Sandisa!

A A A A A A A A A A     A A A A A A A A A A     A A
A A A A A A A A A A     A A A A A A A A A A     A A
A A A A A A A A A A     A A A A A A A A A A     A A
A A A A A A A A A A     A A A A A A A A A A     A A
A A A A A A A A A A     A A A A A A A A A A     A A

Table de 22… 5 fois 22 A. Facile, les maths!
Allo! New-York? Je voudrais 22 A de Asnières… Oui, 22, et 5 fois comme ça…”
On est tout en haut de l’échelle des qualités et des “valeurs” – à en être pris de vertige. Comme une idée de la perfection…

Poubelle la vie : un bout d’déchet?

La filière “déchets” : la voie royale pour accéder à la puissance.

L’AMG – l’avenir minimum garanti – Quand on se lance dans cette filière “déchets”, c’est l’élection assurée. Le fauteuil obtenu est à l’échelle du secteur couvert. À l’échelon de la commune, si vous militez contre les déchets qui polluent les paysages et les terres, si vous vous démenez pour les déchets récupérables, “recyclables”, un siège au conseil municipal vous attend avec impatience. Si vous voyez plus haut, plus grand, si vous interpellez votre conseiller général ou régional sur le gâchis des gaspis, sur la honte des décharges sauvages, sur la nécessité de faire quelque chose, très vite vous serez obligé de vous asseoir à leur dextre au sein de leurs vénérables assemblées. Vous serez alors un nouveau Dieu, ami obligé des Écologistes qui sont si vite indignés – avec raison – par les excès de notre civilisation dite “de consommation”. Vous connaîtrez alors la puissance de ceux qui disposent de toute une flotte de véhicules en tous genres et dont les crédits arrivent automatiquement par la voie des taxes.
Seulement, voilà : ces excès de consommation et les gaspis qui s’en suivent ne concernent que les privilégiés, ceux qui n’ont jamais à compter, ceux qui savent jeter sans angoisse parce qu’ils peuvent aussitôt racheter plus et mieux.Voilà pourquoi, par ces temps de vie dure et chère, on privilégie désormais systématiquement le versant “récup”.
Fin XIXème siècle, des décrets organisent déjà le tri des déchets : “…trois boîtes sont obligatoires, une pour les matières putrescibles, une pour les papiers et les chiffons et une dernière pour le verre, la faïence et les coquilles d’huîtres.”
(Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A8ne_Poubelle#cite_note-Mairie_de_Caen-0). On fait à peine mieux depuis.)

On n’a jamais tant valorisé la fouille des poubelles et la récupération des “trésors” qu’on y trouve.
Vous avez sans doute vous aussi été indignés par cette émission où on voyait un petit groupe d’”étudiants” (?) bien organisés, qui “faisaient les poubelles” avec méthode en essayant de ne pas être précédés par les éboueurs. Ils tombaient effectivement sur des filons, des mines de denrées alimentaires encore sous leur emballage qui n’avaient pour seul défaut que d’être à la veille de leur date limite de péremption – leur “DLUO” (Date Limite d’Utilisation Optimale). Et on les voyait accommoder leurs trouvailles, cuisiner et se régaler. Belle démo pour les empotés qui ne savent pas se bouger, pas même soulever le couvercle des poubelles d’Ali Baba.
Ah! cette sacro-sainte date limite de fraîcheur, bien faite pour angoisser et culpabiliser, qu’il faut chercher quelque part sur une des six faces, quelle belle invention! Prix Nobel de Gaspi ! Au moins un prix au Concours Lépine ! Sans compter que tous ces produits si bien protégés contre les altérations, bactéries et moisissures, sont gorgés d’antioxydants, de conservateurs. Avez-vous remarqué, comble de précaution, que même le vinaigre par exemple, fameux conservateur s’il en est – les cornichons d’antan en savaient quelque chose – est lui-même protégé par un conservateur (E211 pour celui que j’ai sous les yeux). Des gardiens de gardiens, et les vaches seront bien [mieux] gardées…
Autre astuce qui mériterait bien un accessit à la distribution solennelle des prix Gaspi : Les pubs imprimées sur l’envers des boîtes d’allumettes : combien d’allumettes ainsi consommées sans se consumer !…

La poubelle propre, la poubelle de bureau, c’est la corbeille. Rien de sale, rien de biodégradable ne vient ternir ses flancs souvent décorés, transparents ou ajourés, au travers desquels on devine des rejets nobles, des rejets d’imprimante, bien au-dessus de l’organique, des brouillons, des idées, des bouts d’écrits, toutes choses transcendées par le symbolisme de l’écrit.

La “corbeille” de la bourse est devenue justement une poubelle où on a jeté sans scrupules et en toute conscience tous ces “produits toxiques” qui empoisonnent les banques et dégradent la santé des économies.

La gestion des surplus alimentaires : la surpuissance politique.
À  qui va-t-on destiner ces mannes venues d’en haut – du Ciel croirait-on, en fait de ces états riches, promus au rang d’états-providence ? De préférence bien sûr aux plus méritants des états nécessiteux qui feront preuve d’un minimum de bonne volonté et d’humilité. Voyez comme le FMI exige , en compensation de ses largesses, des sacrifices de dépenses dites inutiles par ces temps de vaches maigres, dans les secteurs jugés “de luxe” pour des pauvres, que sont la culture, l’éducation, les services…

Ces détresses alimentaires génèrent de terribles dépendances, et bien sûr d’horribles catastrophes sanitaires : Et les formidables ONG malgré leur dévouement sans borne ne parviennent jamais à combler ces effrayants tonneaux des Danaïdes que sont les insondables faims et famines des populations qui fuient les zones de combats, ou qui sont tout bonnement “déplacées” vers des ailleurs insensés qui sont d’immenses camps où errent des milliers de malchanceux que le doigt d’un destin politico-guerrier a désignés comme sacrifiables.

Eugène Poubelle, préfet de la 3ème République, qui fut préfet de Charente au temps de la Commune – 1871 – serait sûrement, de nos jours, ministre du Quart-Monde, au moins secrétaire d’état à la survie alimentaire.

C’est que nous sommes quasiment tous menacés avec ce renchérissement scandaleux, parce que voulu, organisé, précipité, des prix des énergies, des matières premières, des habitations, des produits de toute première nécessité (blé, sucre, fruits, légumes…). Nous sommes hélas parvenus, je le crains, à un point de non retour : ces excès engendrent des révoltes, et les plus puissants tremblent, et tombent, et tomberont les uns après les autres.
Sans compter cet autre point de non retour – climatique – plus lié au premier qu’il n’y paraît, et qui voit nos vignes de Saintonge devenir folles (c’est vrai que nous avons déjà la “folle blanche”…) et produire de nouvelles pousses, fleurs et papillons se multiplier comme pour fêter cet armistice de la Grande Guerre qui, dit-on, serait en novembre…
Sans doute prépare-t-on une nouvelle grande guerre – économique. Cette fois ce sera assurément la der des der. Puisque même les civils de tous pays et de toutes ethnies en seront – en sont déjà – les victimes de plus en plus nombreuses.

Toutpetits grandit, grandit…

Pour commencer, une visite à Sandisa aux commentaires toujours si pertinents. Sandisa qui, dans son blog à elle rend un hommage émouvant aux petits enfants, à ses petits enfants. C’est simple, c’est beau, c’est vrai.
http://les-poesiades-2.over-blog.com/article-pour-vous-mes-petits-amours-87180905.html

Revenons à notre “Toutpetits”

Presque 4 ans… Mais c’est déjà un grand ! Ce n’est plus tout à fait un tout petit…
La meilleure preuve de cette croissance , c’est que toutpetits va avoir un petit frère.
Même pô mal au cœur! Pas jaloux du tout !

On l’appellera… - vous allez voir comme c’est original – … Toutpetits2 ! Na !
Et en sous-titre :

1 2 trois ! Des chiffres et des mots

Des chiffres comme 1.. 2… 6… 8… 5… On en aura vite fait le tour, puisqu’ils sont 9 seulement. Le génial 0 en plus, pour faire les intérims, boucher les trous, combler les manques. Par exemple, quand après une série de 9 petites unités on en ajoute une dixième, on a 1 dizaine complète, et le 0 qu’on place à la droite du 1 de la dizaine indique qu’on n’a pas encore débuté la 2ème dizaine. On aura donc ensuite 1-1… 1-2… jusqu’à 1.9. Et soudain, pour une seule unité de plus, on a 2 à gauche, au rang des dizaines. Et revoilà le 0 bouche-trou, qui cale l’ensemble pour que tout le monde, unités ou dizaine, soit bien à sa place, que rien ne bouge… Ce zéro est génial. On pourrait même dire qu’il est loin d’être nul…

Des chiffres bien sûr…et des mots comme ce “trois” du sous-titre

D’abord les 9 chiffres et leur complice le 0 ne restent pas longtemps solitaires : ils se marient entre eux, nouent des relations d’amitié. Ils font carrière, ont une hiérarchie. C’est la vie des chiffres qui, en se liant, se font nombres : plus ils se font nombreux, mieux ils font nombre.

Mais surtout, ils vont conquérir l’espace :
L’espace réel en le quantifiant, en le repérant, en le mesurant dans toutes ses dimensions, ses lignes à suivre, ses surfaces à peindre, ses volumes à occuper, emplir.

Mais aussi des espaces virtuels en les emplissant de symboles.

Mais déjà, le chiffre tout seul est le symbole du dénombrement, de l’évaluation d’une collection de choses, d’objets bien réels.
Ou bien, déjà plus abstrait – mais encore arpenteur de l’espace réel -, il repère, situe les objets les uns par rapport aux autres (le troisième… ) ou par rapport à une origine ( plus 8, +4, -6 qui est passé de l’autre côté du miroir “0″, dans les profondeurs mystérieuses du monde négétif)

Que de mots déjà pour tenter de cerner l’infinie richesse de ces simples 10 chiffres !… pour seulement esquisser la présentation de ce second blog.

Toutpetits en grandissant ne fera donc pas que des maths mais une double conquête simultanée:

1) Conquête des symboles que sont les chiffres, les nombres et quelques signes associés.
2) – Maîtrise de l’organisation spatiale, de la cohérence que permettent les nombres, du sens des mots;
- Et surtout, conquête de cette langue, de ces mots, expressions, tournures, manières de dire qu’il faut employer pour exprimer avec précision et sans ambiguïté la réalité qui se cache – ou peut se cacher – derrière ces masques du carnaval des nombres.

Voilà les tâches essentielles qui attendent “Toutpetits” grandissant.

“Carnaval des nombres”. “Bal masqué des chiffres”. C’est dire que nous allons faire la fête et bien jouer avec les chiffres et la foule des mots qui les accompagnent et leur font cortège.
Il y aura donc de nombreuses récrés, pour ponctuer nos mises en scène de ces prodigieux acteurs que sont les nombres et les mots qui leur donnent la réplique:  des jeux simples à bricoler, encore des jeux – il n’y a pas meilleur travail que de jouer !
Ce second blog – toutpetits2 – aura sans doute parfois des allures de patchwork un peu décousu, de manteau d’Arlequin un peu défraîchi. Mais ce sera pour mieux cerner la vérité infiniment variée et merveilleusement émouvante de l’enfance.

Douleur, soulagement : une idée du paradis?

 

Ignoble et stupide douleur.

Presque toujours dans la démesure, la douleur prétend nous informer d’un risque, peut-être d’un d’un péril mortel.
C’est pour notre bien, dit-elle par la voix de ses doctes défenseurs, qu’elle s’acharne et nous épuise. Mais que vaut le signal de la douleur pour un tout petit qui ne sait encore que hurler, puis pleurer, et encore gémir jusqu’à la prostration muette? On me répondra que cet avertissement, cet appel à agir s’adresse aux adultes de l’entourage, aux parents d’abord.
Mais s’ils sont impuissants contre cette douleur venue on ne sait d’où? Ce serait alors comme une sanction contre leur incapacité? Une sorte de jugement assorti de sa peine sur un tout petit pris en otage?

Un peu de mesure, de raison serait bienvenu. La douleur n’est pas toujours une fulgurance insupportable au relief tout de suite vertigineux au point de faire tomber en syncope. C’est souvent comme une onde qui a des allures de colline : Cela s’annonce, commence doucement, monte peu à peu en puissance. Mais ça reste raisonnable, et décline progressivement vers les plaines du bien-être. Jusqu’à la prochaine onde. La prochaine colline à gravir, à endurer, n’est pas loin. Et elle est chaque fois plus affirmée.
Comme si on n’avait pas compris, ça reprend de plus belle. On va avoir droit aux excès de l’ère tertiaire, tout le plissement alpin des sommets et des pics vertigineux de cette Chaîne des Douleurs. Et le malheureux Sisyphe ahane et gémit. Et les prêtres et docteurs hochent la tête devant une telle puissance qui les humilie… et les sert tout à la fois.

Mais alors quel sens donner à la douleur? Sanction? Rachat? Épreuve gratuite?

Peut-être est-ce pour nous donner un avant-goût de ce que pourrait être un au-delà paradisiaque? Un ailleurs où toute souffrance serait abolie?
Après une longue vie de plus en plus douloureuse, physiquement et moralement, on se prend forcément à rêver d’un évanouissement de la souffrance. Même s’il faut en perdre conscience. Et peut-être ne pas se réveiller, ne pas revenir à soi et aux autres, à la vie. Pourquoi survivre dans ces conditions? Pour risquer à nouveau de semblables épreuves?

Il faut beaucoup de force pour endure, stoïque, ces assauts stupides, comme d’une mer infatigable de plus en plus déchaînée.

Peut-être pour mériter ce Paradis des chrétiens, ce nirvāṇa des bouddhistes qui n’est pas le concept freudien de “nirvana” (“Le principe de nirvana est un concept psychanalytique de la tendance au néant, ce qui ne correspond pas au terme nirvāṇa bouddhiste, mais plutôt à vibhavatṛṣna qui est la soif de non-existence.”). Le nirvana freudien serait un désir d’en avoir finir avec le passé de la vie terrestre davantage qu’une aspiration à un au-delà et à une vie meilleure parce qu’en particulier exempte de souffrance.

C’est alors qu’on peut penser à Freud, qui avait fui à Londres le cancer du nazisme et y terminait sa vie, rongé par un autre abominable cancer, de la mâchoire. Un cancer qui creusait chaque jour plus profond à mesure que son médecin et les chirurgiens tentaient de vains curetages. Freud resté toujours parfaitement lucide et d’une admirable dignité :

http://agora.qc.ca/thematiques/mort.nsf/Documents/Sigmund_Freud (§ 3 et 4)

“Le cheminement de Freud vers la mort a été plus complexe, car il avait conclu avec son médecin une entente au sujet du contrôle de la douleur lorsqu’il serait rendu en phase terminale. Les dernières années de Freud ont été douloureuses, non seulement parce qu’il a dû quitter son pays natal et émigrer en Angleterre à cause du nazisme, mais surtout parce qu’il souffrait d’un cancer de la bouche. Par contre, son souci obsessionnel de fixer la date de sa propre mort, en s’appuyant sur les savants calculs de son ami Wilhelm Fliess, a disparu progressivement pour faire place à une acceptation de la loi inexorable de l’Ananké, de la nécessité de mourir. Il se rappelle le vieil adage: «Si tu veux la paix, prépare la guerre» en l’adaptant: «Si tu veux la vie, sois prêt à consentir à la mort», car il considère la mort comme une nécessité interne de toute vie, malgré toutes les spéculations qu’il a pu faire sur l’hypothèse de l’immortalité de la vie à partir de ses expérimentations cliniques.

Nous devons à Max Schur, son médecin personnel, le récit des dernières heures de la vie de son patient. Le 21 septembre, tandis qu’il était au chevet de Freud, celui-ci lui prit la main en disant: «Mon cher Schur, vous vous souvenez de notre première conversation. Vous m’avez promis alors de ne pas m’abandonner lorsque mon temps sera venu. Maintenant ce n’est plus qu’une torture et cela n’a plus de sens.» Le médecin lui fit signe qu’il n’avait pas oublié sa promesse. Soulagé, Freud soupira et lui dit: «Je vous remercie.» Selon le désir exprimé par Freud, Schur mit Anna, sa fille, «sa favorite, sa confidente et enfin son infirmière» (J.-P. B., «Freud», Le Point, n°4, p.53) au courant de leur conversation. Lorsque la douleur redevint insupportable, il lui fit une injection sous-cutanée de deux centigrammes de morphine. L’expression de souffrance disparut du visage du mourant. Le médecin répéta la dose environ douze heures plus tard. Freud entra dans le coma et ne se réveilla plus. Il mourut le 23 septembre 1939 à trois heures du matin”
(M. Schur, La mort dans la vie de Freud, Paris, Gallimard, 1975). »

Le soulagement ne vaut en contrepoint que par la douleur qu’il fait cesser.

Peut-on concevoir un paradis? un bien-être permanent, uniforme, sans le moindre relief de souffrance? Ni même donc de peur de souffrir? Sans désir ni haine?
Sans souvenir marquant, ni en mal (douleur), ni en mieux (soulagement). Sans temps, – ni présent, ni passé, ni avenir. Sans compter l’immense promiscuité dans un monde d’indifférence mutuelle – L’ intérêt pour les autres ce serait le retour à un enfer (selon Sartre), donc à une souffrance prometteuse de lendemains meilleurs…

Je me souviens de mon beau-père qui souffrait le martyre pour un méchant zona qui lui vrillait l’œil : “L’ophtalmo m’a mis une goutte, une seule, dans l’œil, et la douleur s’est instantanément évanouie ! Je l’aurais embrassé !”
Les grands torturés par la maladie et qui ont la chance de bénéficier d’une pompe à morphine doivent vivre de cette manière le soudain répit que procure son branchement. Et il faut espérer que la mort qui sonne la fin des hostilités procure aux mourants cette certitude heureuse du retour à la paix.

Il faut la grandeur d’âme d’un Sigmund Freud, la conscience d’une vie bien remplie, l’exigence de dignité qu’impose l’idée qu’on se fait de l’homme, pour endurer avec sa seule personnalité une si rude fin de parcours vers le néant.

“Ballade islandaise” pour guitare

Eythor Thorlaksson

Eythor Thorlaksson
fondateur et animateur inlassable de sa
“Classical Guitar School”
(image empruntée au site http://www.classicalguitarschool.net/en/)

Non, ce ne sera pas la ballade irlandaise chantée par Bourvil.
Ce sera bien une ballade islandaise. Venue de cette autre île du Nord, l’Islande, perdue encore bien plus haut dans les brumes et les frimas que l’Irlande britannique.
Vous auriez pu croire à une ballade nautique sur les flots gris de la mer du Nord: une croisière en compagnie de Pierre Loti et peut-être de son frère Yves, en partance pour une campagne hivernale de pêche à la morue, avec justement tout un équipage de pêcheurs d’Islande.
Vous vous doutez bien que, même si nous plongions notre guitare dans le gris de la mer qui baigne l’Islande, nous ne ramènerions pas le moindre ruissellement argenté de poissons frétillants pris entre chanterelle et bourdon.
Non, nous allons emplir notre guitare d’un ruissellement de notes aussi dense que les poussières du volcan Eyjafjallajökull en éruption, mais surtout aussi lumineux qu’une pluie d’étoiles du Nord.
Vous verrez combien ce peuple islandais, endurci par une vie dure sous un climat rude, sait s’adoucir par la musique. Une musique offerte à tous le jeunes… et à bien d’autres qui, comme moi ont bien tardé à honorer cette divine muse.

Je vous disais, il y a peu, que c’est Internet qui offre, dans le domaine de la musique, comme dans tout ce qui touche à la culture, des possibilités immenses. Et gratuites…
Alors, empoignez votre guitare, branchez ordinateur et imprimante. Pensez à une clé USB pour y stocker les liens à offrir à vos amis. Et partons ensemble, via le Net, pour l’École de Guitare islandaise d’Eythor Thorlaksson.
Et dites-vous bien que cet extraordinaire filon de musique et d’harmonies pour guitare n’est qu’une infime partie de tout ce qu’on peut découvrir sur la Toile. Cette Toile, qui justement se révèle être un immense filet débordant de richesses culturelles, où, de jour en jour, chacun peut déposer tout ou partie de ses savoirs, de ses talents, et le mettre à disposition. Certains en font commerce, mais on y croise de plus en plus de ces généreux bénévoles de la culture qui font don du meilleur d’eux-mêmes, qui fabriquent des logiciels gratuits - des outils à apprendre. Peu à peu, l’Internet s’organise pour échapper à l’emprise de l’argent. Et un peu partout on découvre chaque jour des pans nouveaux des cultures de l’humanité entière, vivifiés, décuplés par la puissance de l’informatique, et qui sont là, tout près, à portée du museau de votre souris… Un petit cri – un petit clic – et vous voilà soudain enrichi des richesses partagées de tant et tant d’inconnus généreux !

Et c’est ainsi que nous allons être, pour autant de campagnes que nous voudrons, des pêcheurs d’Islande.  Des pêcheurs de notes, de ces  Blue Notes chères à Petrucciani. Des pêcheurs heureux, comblés, aux guitares peu à peu expertes qui leur empliront cœur et oreilles d’un bonheur longtemps insoupçonné.

Eythor Thorlaksson et sa Classical Guitar School

Eythor Thorlaksson
Dans les onglets de gauche, le 5ème en partant du bas nous mène à une mini biographie d’Eythor Thorlaksson – qu’il faut traduire (approximativement via Google), le site n’étant pour le moment qu’en anglais ou espagnol :

“Eythor Thorlaksson est né en 1930 et a commencé jeune à jouer des instruments de musique. Dans les années 1950 – 1952 il étudie la guitare en Angleterre, au Danemark et en Suède et en 1953 à Madrid avec Daniel Fortea et Quintin Esquembre. Dans les années 1954 – 1957, il étudie l’harmonie et le contrepoint avec le Dr Urbancic et en 1958 à 1961 il a terminé ses études de guitare avec Graciano Tarragó à Barcelone. Depuis, il a été le professeur de guitare directeur de l’école de musique à Hafnarfjordur et a arrangé et écrit beaucoup de matériel didactique pour la guitare classique, il est maintenant à la retraite mais continue à organiser des et de composer pour la guitare.”

Ce qu’il faut retenir de cet homme exceptionnel, c’est son souci constant de faire connaître à des jeunes pour qui tout ou presque de la musique et de la pratique de la guitare est encore inconnu, leur faire goûter les bonheurs de la musique, son effort pédagogique permanent pour bien choisir, simplifier, pour toujours mettre à la portée des débutants des œuvres des plus grands compositeurs, des extraits à la fois agréables, utiles et formateurs.
Eythor Thorlaksson sait aussi puiser avec bonheur dans les viviers inépuisables des musiques populaires, folkloriques, traditionnelles – et pas seulement islandaise. Tout ce fonds d’humanité vraie et simple, ce trésor de créativité peu à peu amassé au fil des siècles.
Vous allez voir, c’est un vrai bonheur, une profusion d’offres. On ne sait au début où donner du médiator; et les doigts de la main gauche vous en pèlent… Mais vous verrez aussi que tout cela est fort bien structuré. Dans un prochain article, nous ferons une ballade plus décontractée, plus touristique, nous explorerons dans tous ses recoins ce site exceptionnel, qui, je le rappelle est gratuit, offert, en hommage sans aucun doute à la seule Musique. Aujourd’hui, nous allons aller droit à l’essentiel.

L’école de guitare classique d’Eythor Thorlaksson, mode d’emploi :

Nous allons trouver notre bonheur du jour sur le site http://www.classicalguitarschool.net/en/

D’abord l’onglet “Catalogues” http://www.classicalguitarschool.net/en/Catalogues.aspx
Notez bien les numéros entre crochets, ce sont ceux des fichiers pdf correspondants, qu’il vous suffira de taper dans le nom du fichier à la place de celui d’un autre fichier.

Exemple en images:
Je suis ici  (cliquer ici) : vous obtenez la page du site dont voici une image :

Vous cliquez sur [5000] Catalogue. Bravo! vous allez bientôt accéder à un fichier .pdf de 8 pages imprimables.
http://www.classicalguitarschool.net/en/Download.aspx?id=5000

En image Cliquez sur le download

[5000] Catalogue
This document shows a printable version of the catalogue.
Size: 27k · Pages: 6 · Added: 2008-02-25 · Download

http://www.classicalguitarschool.net/music/5000.pdf

Imprimez-ce précieux pdf  sans tarder ! ce sera votre outil de recherche essentiel. En anglais certes, mais tout de même, vous allez voir qu’on peut en tirer des merveilles. Rappelez-vous, c’est le N° [5000] !
Observez les 8 pages papier sorties de l’imprimante, la page 3 par exemple :

Sur chaque ligne, entre crochets, le fameux N° du pdf, puis le titre (ex: Guitar Moment 1, enfin tout à droite le 1 signifie que cela convient à la 1ère des 8 années de ce programme d’enseignement de la guitare (voyez pour cette progression sur 8 ans le [5001]
http://www.classicalguitarschool.net/music/5001.pdf
Vous voyez que tous ces fichiers ont la même structure, et que pour passer de l’un à l’autre, il suffit de changer le nombre entre crochets.

Deux recueils très simples, très progressifs, pour les deux premières années de cet enseignement de la guitare façon Eythor Thorlaksson :

- [1005] Guitar Moment 1 : 

http://www.classicalguitarschool.net/music/5000.pdf
Vous tapez 1005 à la place du 5000 ci-dessus
http://www.classicalguitarschool.net/music/1005.pdf  
Un clic sur le nom de ce nouveau fichier et vous avez une trentaine de pages de partitions, très faciles au début.

- [1033) Guitar Moment 2 :
1033 tapé à la place du N° à la fin du nom du fichier pdf en cours, et vous voilà avec quelques partitions d'un niveau un peu supérieur à celles de la série [1005]

En très peu de temps on peut passer en revue, évaluer, apprécier tous les contenus des fichiers des 6 pages du catalogue, et pour chacun imprimer les pages que l’on veut. Qui dit plus pratique et plus généreux que cette classical Guitar School et son fondateur Eythor Thorlaksson ?

Bonne ballade islandaise !

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