Découragement

C’est sans doute un effet de l’hiver qui approche, du soleil incliné, de la lumière diminuée…
Je n’ai jamais aimé novembre qu’il faut traverser dans la grisaille pour gagner décembre et voir les merles aller et venir sur les pelouses et faire des projets d’avenir. On sent alors un frémissement, le basculement vers des jours plus longs, plus lumineux. Et puis on est pris par les fêtes de fin d’année.
Mais quand arrivent novembre et les premiers froids sombres et mouillés, on sent, inquiet, qu’il va falloir subir. Subir et patienter.
Et puis, novembre officialise, fête le souvenir de nos morts et nous rappelle notre faiblesse d’êtres humains conscients de leur vulnérabilité.

La mort, inéluctable, qu’il nous faut savoir accepter, penser et « vivre » chaque jour pour donner du sens, de la densité, du prix à notre vie.
Mais justement, il est des moments, des périodes où on doute de pouvoir faire de sa vie quelque chose de plus fort que le néant, qui aille au-delà de nous-mêmes, qui nous transcende, nous porte et que l’on transmet, confie à d’autres, comme un projet précieux vers un idéal humain.

Ainsi, notre vie ne se limite pas aux dates de notre naissance et de notre mort.
Nous avons vécu plusieurs mois d’une vie intra utérine que l’on sait, que l’on sent avoir été dense et importante. Et bien avant notre conception, nous étions déjà vivants dans le désir d’enfant de nos parents, dans leur besoin vital de transmettre.

Les tout petits que nous engendrons et mettons au monde sont ce défi, ce projet permanent et conscient de l’homme, de se survivre malgré sa précarité.

Et bien sûr, c’est ici et maintenant, en ce lieu et en ce temps qui nous sont dévolus, et non dans un au-delà temporel, que chacun de nous doit forger de son mieux, son œuvre de vie.

« La mort », le hors-série N° 248 de Science & Vie, veut nous aider à comprendre, vivre pleinement, vaincre en la retardant, en la dominant, notre fin inéluctable.

Science et Vie Hors Série

Un ensemble de réflexions, de données scientifiques, de témoignages humains, tout à fait remarquable, qu’il faut lire afin d’être plus fort et plus digne pour mieux envisager chaque jour, et quand l’heure sera venue du « cercle rouge », mieux « affronter l’ultime défi ».

La mort révoltante des enfants, des tout petits.
Eux qui n’ont pas eu le temps d’envisager un idéal, un projet à transmettre, la vie leur est soudain confisquée par la camarde voleuse d’enfants. Et elle leur est bien trop souvent sadiquement et longuement arrachée dans la douleur scandaleuse.
Dans la douleur et dans la conscience.
Très tôt les enfants sentent la mort qui menace, et Dolto, Nasio, Bernard Martino, et bien d’autres à leur suite, nous ont montré leur grande dignité et leur immense courage face à la douleur qui taraude, à la mort pressentie. Et il arrive souvent que ce soit eux, si faibles et pourtant pleins de vaillance, qui consolent leurs parents du deuil à venir.
Des statistiques glaciales.
Voyez, p 52 du hors-série de Sciences & Vie, leur « Petit atlas de la mortalité »
Je cite (bas de p 53) :
« 1 mort sur 5 dans le monde a moins de 5 ans ».
Cela fait 9 millions de petits morts en 2007 !
Mais il y a dans ces chiffres une effroyable logique : on meurt enfant surtout dans les pays pauvres, dans les pays en guerre (civile ou non), dans les pays délaissés. Et l’Afrique, si longuement, si scandaleusement exploitée puis abandonnée face au Sida, paie de loin le plus lourd tribut à cette hécatombe : Près d’un mort sur deux (46%) y a moins de 15 ans (seulement 1% dans les pays les plus riches). Le graphique de ce bas de p 53 révèle que près d’1 enfant africain sur 10 meurt avant 1 an…
Voyez encore cette carte de 2008 de la mortalité infantile dans le monde.

Il y a un lien étroit entre le niveau de vie et l’espérance de vie.
Comparez à la carte de mortalité infantile (lien ci-dessus) avec celle-ci de l’espérance de vie à la naissance
Dans la misère et la lutte permanente pour survivre, on n’a guère le loisir d’apprendre à lire – surtout s’il n’y a guère d’écoles : Voyez ces taux d’alphabétisation dont l’envers est l’illettrisme.
L’illettrisme, une calamité sournoise qui agit comme une carence, une carence en savoir, en possibilité d’apprendre, donc d’accéder à un apprentissage, à des connaissances, à des savoir faire, et qui mène tout droit au non emploi et à la misère.
Tenez, lisez ceci, qui nous concerne directement, nous, Français :

«Une étude de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) estime que les lacunes d’écriture, de lecture et de calcul touchent aussi bien les salariés que les personnes défavorisées ou issues de l’immigration. Plus de 1,8 million de travailleurs sont concernés, soit plus de la moitié des 3 100 000 personnes en situation d’illettrisme en France. Les quelque 8 000 organismes qui proposent une remise à niveau aux salariés, sont assaillis de demandes. » (Source : ici)

Et nous savons bien que, bien qu’en paix, nous sommes tout de même dans une guerre économique et donc sociologique, et que ces grandes misères culturelles, ces futures détresses se préparent dans une petite enfance malchanceuse que nous avons laissé insensiblement glisser, puis filer vers une adolescence et un âge adulte à l’avenir très menacés.

Et le grand chic maintenant, c’est de déplacer les populations (on a appelé cela déportation). On déplace, déporte les habitants de zones entières quand on ne provoque pas leurs fuites éperdues, leurs exodes– qu’on dit être des migrations – devant la guerre et les massacres qui prennent vite des allures de génocides – mais on s’habitue n’est-ce pas ? On est submergé d’images déprimantes par leur répétition et par notre impuissance, à nous bien sûr, mais aussi même aux ONG : il leur en faut du courage et de l’opiniâtreté pour persévérer dans les périls, chacune sur son petit chantier de misère, sachant fort bien que par ailleurs, nous, puissants, bien nantis, bien nourris, leur fabriquons encore et encore de la souffrance, de la détresse, de la maladie et de la mort.

Vous trouverez ici des données statistiques, en français, de l’OMS

Et, surtout, si vous avez le temps, plongez-vous dans cet immense tableau de données mondiales et pays par pays, de l’OMS, en français, – ce qui n’est pas toujours le cas.
Sigles régionaux de l’OMS:
AFRO Région africaine. AMRO Région des Amériques. EURO
Région de l’Europe. EMRO Région de l’Asie du Sud-est
Vous trouverez les tableaux suivants dans le fichier pdf de 149 pages :

1. (p 13) Enfants de moins de 5 ans présentant un déficit pondéral (%)
2. (p14) Taux de mortalité des moins de 5 ans
(probabilité de décès avant l’âge de 5 ans pour 1000 naissances vivantes)
3. (p15) Couverture par la vaccination anti rougeoleuse chez les enfants d’un an (%)
4. Taux de mortalité maternelle (pour 100 000 naissances vivantes)
5. Naissances assistées par du personnel de santé qualifié (%)6. Prévalence de la contraception (%)
7. Taux de fécondité des adolescentes (pour 1000 jeunes filles de 15 à 19 ans)
8. Couverture par les soins anténatals (%) : au moins 1 visite
9. Besoins insatisfaits en matière de planification familiale (%)
10. Prévalence du VIH chez les adultes de 15 ans et plus pour 100 000 habitants
11. Proportion des hommes entre 15 et 24 ans ayant une connaissance générale et correcte du VIH/sida (%)
12. Proportion des femmes entre 15 et 24 ans ayant une connaissance générale et correcte du VIH/sida (%)
13. Couverture par le traitement antirétroviral chez les personnes à un stade avancé
de l’infection à VIH (%)
14. Taux de mortalité due au paludisme pour 100 000 habitants
15. Enfants de moins de 5 ans dormant sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide (%)
16. Enfants de moins de 5 ans fiévreux et ayant reçu un traitement antipaludique quelconque (%)
17. Taux de succès thérapeutique dans le cadre du DOTS (%)
18. Accès à des sources d’eau potable améliorées (%).
19. Accès à un assainissement amélioré (%)
p37 Taux de mortalité des nourrissons / des enfants de moins de 5 ans / des adultes 15-60 ans
1. (p38) Mortalité et charge de morbidité

Voyez à partir de la page 60 :
3. Maladies infectieuses sélectionnées

Voyez à partir de la page 83: les Facteurs de risque, puis p 85 des statistiques sanitaires mondiales de 2009.
P 96 Personnel de santé, infrastructures sanitaires et médicaments essentiels
P 108…, les % de dépenses de santé
P 120-128 les iniquités en matière de santé
Et à partir de la p 131 d’intéressantes statistiques démographiques.

Mes raisons de pessimisme, vous le voyez, ne sont donc pas que saisonnières et météorologiques…
Je suis indigné, parfois au bord du découragement, en raison de cette scandaleuse inégalité des chances des tout petits selon qu’ils naissent ici ou là, (géographiquement et socialement), aux causes surtout géopolitiques donc, bien qu’ils aient tous, malgré des apparences plus que variées et propices aux a priori, un génome identique aux potentialités absolument égales.

Et j’ai aussi bien des raisons d’admiration, d’enthousiasme pour l’immense travail de traitement et de prévention sanitaires effectué par les personnels de santé et les membres – souvent bénévoles – des ONG, dont on ne dira jamais assez le dévouement et le courage.

Une autre raison de m’enthousiasmer :
Je viens de redécouvrir – et je vous en parle dès demain – Bernard Martino, dont les idées, les œuvres écrites et les images nous sont familières comme celles de Françoise Dolto, comme si lui aussi était pour ainsi dire passé dans le domaine public…

Soins et douleur des tout petits

Petit-Bout, qui aurait tant aimé être médecin, sait bien que presque toujours, à la base d’une vocation de médecin, d’infirmière, de secouriste, de pompier, de bénévole d’ONG…, il y a eu, très souvent dans l’enfance le double spectacle bouleversant de la compétence d’un de ces serviteurs du bien et de la reconnaissance éperdue, pour son restant de vie, du bénéficiaire de l’intervention, souvent un petit frère, une grand-mère bien-aimée, une maman qu’on a cru perdre.

Longtemps a eu cours ce triste troc : rachat des fautes adultes contre douleur des enfants innocents, impuissants, et leurs cris étaient le lamentable bruissement de cette sinistre monnaie d’échange. Il y a encore bien peu d’années on disait aux jeunes étudiants en médecine : « endurcissez-vous, apprenez à ne pas entendre les cris », parce qu’il n’y avait de fait rien d’autre à faire, parce qu’on n’avait pas voulu envisager le problème, chercher ou oser employer les remèdes efficaces contre cette douleur qu’il est si facile d’ignorer, une douleur qui se taît d’ailleurs si vite quand l’épuisement est le plus fort, au point qu’on a pu affirmer que les enfants ne souffraient pas et que de toute façon, ils se remettaient vite et oubliaient. Nous-mêmes adultes ne gardons aucun souvenir de ces éventuels supplices de la petite enfance, d’avant trois ans ; sauf que c’est peut-être cela qui fait surgir du plus profond de l’inconscient certains de nos cauchemars les plus atroces,.

Et de fait, très vite on ne les entend plus ces cris du petit martyr, que l’épuisement fait taire et qui se réfugie dans une prostration qui ressemble comme une sœur à l’autisme. Très vite on s’y fait. Et très vite les petits flairent cette dangerosité de ces lieux et de ces gens qui, surmenés, sont souvent encore conduits malgré eux à faire du mal, à ne pas assez annoncer la douleur possible, à ne pas dire les mots simples qui donnent du sens à une souffrance qui sera plus facile à endurer (« pardonne-moi, je vais être obligé de te faire du mal pour décoller ce pansement, mais je sais que tu es plein de courage… ») à ne pas assez exploiter la panoplie des soulagements.

Le Docteur Annie Gauvain-Piquard[1] (hôpital Gustave Roussy de Villejuif où elle anime une consultation sur la douleur du tout-petit), lutte depuis 30 ans pour faire admettre et son combat quand elle a découvert un jour qu’en pensant « il faut donner quelque chose à cet enfant qui souffre trop », en fait aucun nom précis de médicament réellement efficace ne lui venait à l’esprit, parce qu’en fait il n’y en avait pas, parce qu’on avait négligé ce secteur de la recherche, et qu’entre autres hypocrisies, pour des raisons peu claires, on refusait de leur administrer de la morphine.

La souffrance des enfants[2] dont on taît ou ignore la douleur (« les enfants ça ne souffre pas, ou si ça souffre, ça oublie vite… si tu ne peux pas supporter ça, change de métier » disait-on à la jeune interne Annie Gauvain-Picquard en 1979), leur exploitation dans un travail infâme (au bas mot « 300 millions d’esclaves » selon Monestier), sont la honte de notre civilisation nord-occidentale qui se prétend évoluée et supérieure à toutes les autres.


[1] Dans un film remarquable « Le bébé est un combat » (1995) de Bernard Martino, vu récemment sur Planète Future

[2] Le parallèle est frappant : il y a 25 ans, on niait encore l’atroce douleur des enfants que l’on persuadait qu’il fallait souffrir pour guérir et il y a 10 ans on taisait le harcèlement moral. Dans les deux cas des victimes ou trop jeunes ou hébétées, déprimées, qui ne peuvent trouver les mots pour dire leur souffrance.

Manger : – un « Nutella » rouge en 30 minutes, pour tout petits …et moins petits.

Une pâte de coings  (une marmelade) superbe, délicieuse et très saine. Jugez plutôt :

http://guidedesante.blogspot.com/2009/07/avantages-de-coing.html

En ce début d’octobre, les cognassiers croulent sous les coings. C’est le moment. Essayez notre recette: c’est une merveille pour les yeux et pour les papilles.
Et surtout c’est vite fait : 1 heure, cuisson et mise en pots comprises.

Le coing pourtant ne paye pas de mine et cache bien ses talents :
Pratiquement aucune odeur, une couleur jaune-vert très discrète, très camouflage militaire, et en plus une tendance spontanée à se dissimuler dans le feuillage.
Et quand les coings tombent, quand ils renoncent à la vie, c’est discrètement, la nuit. Mais aussi bien sûr, par grand vent. (Passez alors soigneusement au large de l’arbre dangereux et, tant que vous y êtes, songez à mettre une pancarte « Attention ! Chute de coings. »).
De même,  gardez-vous bien de secouer le cognassier pour hâter la cueillette, vous risqueriez avoir un soudain et violent mal au crâne, et vous vous diriez alors que les citrouilles, elles au moins ont eu la bonté, la sagesse de rester au rez-de-chaussée (imaginez l’angoisse du jardinier au pied d’un « citrouillier »  de quelques mètres de haut !)

Mes coings je les découvre le matin, sous l’arbre, énormes, bien plus gros que des pommes. Ils se sont laissé aller dans leur au-delà végétal et dans l’obscurité.
Et je n’en reviens pas de la grosseur de ces fruits. Certains sont carrément obèses, bouffis, pleins de bourrelets qui les rendent difformes (essayez de trouver deux jumeaux vrais dans votre récolte – des coings-coings clones l’un de l’autre !).

Le coing ne se fait pas la moindre publicité. Il n’a pas ces belles couleurs roses, rouges, de bien d’autres fruits qui ont génétiquement le sens de la com, et on le laisserait volontiers pourrir sous l’arbre.
Si on y mord, il vaut mieux avoir une dentition solide.
Et si vous parvenez à l’entamer, le peu de jus qui atteint vos papilles est si astringent que cela vous rétrécit la bouche qui se contracte et vous fait « parler pointu », comme les parisiens maniérés en visite dans nos contrées méridionales.

Donc un fruit qui ne paye pas de mine, et qui fait tout pour qu’on le délaisse.
Mais un fruit miraculeux qui se révèle par la magie de la cuisson.

Beaucoup de peine, et beaucoup de gâchis, pour préparer une gelée de coings.
Il faut d’abord leur faire la barbe à ces gros sumo et leur frotter longuement les joues avec un torchon costaud pour enlever leur duvet juvénile.
Puis s’armer d’un coutelas de cuisinier japonais et les pourfendre en appuyant de tout son poids, s’ils ne sont pas très mûrs, comme un catcheur sur l’adversaire au tapis. De toute manière, c’est bien connu, le coing a le cœur dur…
Justement, ce cœur, quasiment de pierre parfois, il va falloir, armé d’un couteau plus fin mais tout aussi puissant et affuté, le retirer à la force du poignet, avec les pépins qu’il recèle. C’est miracle que l’officiant ait toujours ses dix doigts et ses deux yeux quand tout est sur le feu.
C’est que ce cœur et ces pépins sont précieux, car riches d’une sorte de présure pour gelées, un agar-agar naturel qui fait « prendre » les gelées comme la présure de ma grand-mère faisait « prendre », cailler le lait de nos chèvres, une potion magique qui transforme cette modeste – pas par la taille ! – Cendrillon des vergers, à la robe si discrète, et révèle une parure d’un rose sublime. Et la belle se parfume divinement, la cuisine et toute la maison en sont embaumées…

Mais on n’en est pas encore là. Il faut cuire à l’eau, tous ces quartiers de coings. Quand ils sont bien ramollis, comme une compote, on doit les presser longuement, énergiquement pour en extraire le jus toujours bien terne et bien fade, mais brûlant : (attention les doigts rescapés !).
On ne garde que le jus. C’est lui qui en cuisant, en compagnie des cœurs enfermés dans une mousseline, dans la bassine en cuivre ou en inox (surtout pas en aluminium dont les molécules seraient extrêmement nocives !) va révéler des trésors jusque là insoupçonnés de saveurs et de parfums, et se muer en une gelée vraiment royale.

Mais on se retrouve, en plus des peaux et pépins, avec une montagne de pulpe de coing, plus ou moins suintante.
Que faire de ce terril blanchâtre, roussâtre, de cette colline, (de cette montagne !) de purée de coings qui remplit le plus grand des saladiers?

On a tous rêvé de réussir  des pâtes de fruits aussi belles et bonnes que celles du confiseur, bien sèches, bien saupoudrées de sucre.
Mais c’est toute une galère et bien des déceptions en perspective. Il y a de pleins blogs de ces récits de misère, de ces frustrations culinaires…
Le pire est sans doute le séchage des pâtes de coings qui peut durer des semaines…, à supposer que vous ayez d’abord réussi la pâte, correctement dosé sucre et pulpe et bien cuit le mélange obtenu, sans que ça attache, sans que de grosses bulles vindicatives ne vous sautent au visage…

Mais heureusement, il y a un dieu des gourmets gourmands.
C’est en fait une déesse portugaise, une exploratrice de génie, qui a su découvrir, comme ses ancêtres coureurs des mers, un continent de délices où on sait accommoder les coings sans déchet aucun (seulement les peaux et les cœurs, comme il se doit pour un fruit que l’on disait être une pomme).
Cette déesse se prénomme Graça.  Graça – Grâce : don, offrande, générosité, élégance, reconnaissance : tout dans ce prénom magnifique pour séduire des enfants, des tout petits.

Recette de la pâte de coings « Graça » (à la vitesse des pâtes – oui mais pas des Panzani !)
Nous l’avons essayée – et réussie !…, pas plus tard qu’hier, et c’est délectable, rapide et sans déchets. Nous avons déjà quelques pots de cet incroyable « Nutella » rouge.
Aussi, je veux vous en faire profiter, que vos petits, vos tout petits et vous-mêmes vous régaliez. Ne tardez pas. C’est la pleine saison des coings, il y en a partout, sur les marchés, les foires, les brocantes, dans votre jardin, sinon dans celui des voisins et amis.

Il va vous falloir :
1) des coings bien mûrs,  de préférence ramassés sous l’arbre d’où ils sont tombés naturellement au bout de leur maturation, durant la nuit. Comme ils sont tendres, les risques de coupures et de mutilations décrits plus haut seront bien moindres.

Les miens sont souvent « habités », parfois en partie « gâtés », puisqu’ils n’ont eu aucun pesticide. Mais ils sont naturellement bio.
Sinon, si vous les achetez, choisissez-les aussi jaunes, aussi beaux que possible. Et choisissez aussi votre vendeur, aussi bio que posssible…

2) Vous ne serez tout de même pas dispensés du découpage en quartiers, de l’épluchage et de l’élimination du cœur.

3) Il vous faut maintenant :
- 1,200 kg de ces quartiers de coings épluchés, épépinés, tranchés pour
- 1kg de sucre.
- 10 cl d’eau (1 petit verre de table)

Tout cela – et rien que cela – dans la cocotte-minute.
30 mn à feu très doux (on baisse ou on déplace sur le petit “rond” du gaz) dès que la soupape commence à chuchoter et on démarre les 30 mn
. Déjà ça embaume !

- Ouvrez, vous n’en reviendrez pas de tant de rouge inattendu, de tant de parfum !
- Passez au mixer pour obtenir une belle marmelade d’un rouge profond.
- Mettez en pots. Paraffinez.

C’est fini, ni-i ni ! En une heure, tout compté.
Faites admirer à vos tout petits, de l’œil la transparence, et de la narine, humer les sublimes senteurs. Et surtout faites goûter, savourer.

Donner du sens aux sens

Le tout petit, à sa naissance, a déjà  des organes des sens performants

Le tout petit, dès sa naissance, et même avant, est envahi, submergé par des vagues de sensations.
Sa quasi impossibilité d’associer ces sensations à des évènements, faute d’une mémoire suffisante, faute d’une intelligence quelque peu évoluée qui n’est qu’en devenir, contribue à le rendre terriblement dépendant de son entourage, de sa mère en particulier, de la relation qu’elle vit avec son bébé.

Les sensations sont le langage que le tout petit perçoit du monde extérieur (odeurs, saveurs, sons, images, contacts…)

Les sens parlent haut et fort, souvent avec véhémence, et au début, les sensations qu’ils produisent sont associées, on peut dire couplées, à des comportements-réponses (cris, grimaces, sourires, mouvements réflexes d’évitement…), et le tout petit a alors quelque chose d’un petit robot, mais qui  va s’humaniser très vite et qui a aussi, dès les premiers jours, une sensibilité relationnelle.

Ce langage sensoriel n’est pas fait de phrases structurées organisées , ni de mots isolés, encore moins de syllabes ou de lettres.
Rien d’une « méthode syllabique » dans cette lecture et cette écriture sensorielles.
La méthode globale, naturelle, préside à ces tout premiers échanges (débutés bien avant la naissance) entre le bébé et son environnement, entre le bébé et lui-même.
« Lecture » globale mais aussi « «écriture » globale, tout un « gribouillis » comportemental que sait « lire », reconnaître une maman disponible.
Les sensations venues de l’extérieur et du corps du bébé, ses états de bien-être ou de mal-être s’imposent à lui globalement, la lecture qu’il en fait est une “lecture” globale : à un faisceau de sensations éprouvées, encore mal différenciées, insuffisamment discriminées, faute de mémoire, d’expérience et de capacité d’analyse, correspond en réponse une « écriture » elle aussi globale plus ou moins réflexe et nécessairement imparfaite (pleurs, grimaces, mouvements involontaires et inefficaces…) qui n’a de pouvoir que grâce à la capacité qu’ont la maman, l’entourage, de faire une lecture correcte de ce « gribouillage » comportemental.

Les « paysages sensoriels » du tout petit :
Ces vécus globaux de sensations éprouvées simultanément sont des « paysages affectifs », de véritables logiciels multimédia où se combinent sons, images, ébauches de sentiments et de pensées.

La « grammaire » du tout petit est infiniment plus riche et complexe qu’on ne l’imagine.
L’environnement vu, entendu, humé, goûté…, ne cesse de  « bavarder », de « crier », de « hurler » une urgence…
Le corps du tout petit, son ébauche de personnalité (caractère, tempérament, affectivité et intelligence naissantes…), ne cessent aussi d’ « émettre », de « parler », de « répondre » parfois.

De ce discours sensoriel subi, venu d’un extérieur et d’un intérieur aux frontières imprécises, de ce flot de « paroles » nécessairement confus et indifférencié comme un fond sonore, émergent parfois un  « mot », c’est-à-dire, en fait, un objet particulièrement « éloquent », une image-visage très « parlante »

Le tout petit entre dans la vie comme nous entrons dans une salle de cinéma : il découvre un ailleurs, un autrement, d’une véhémence, d’une intensité qui n’ont aucune commune mesure aves les douces séquences ouatées, tamisées de la toute récente vie intra-utérine.
Le vécu sensoriel du tout petit est comme une succession, une superposition de séquences vidéo.

Le discours des sens va peu à peu prendre sens grâce aux médiateurs, aux “lecteurs-traducteurs” de l’entourage du tout petit.
Soyez de bonnes lectrices, de bons lecteurs, des interprètes dévoués pour vos tout petits. Vos réactions, vos comportements, vos propos au début si « mamaïsants » seront autant de séquences multimédia que votre bébé va progressivement reconnaître, analyser, de mieux en mieux « lire » et « déchiffrer ».
Peu à peu, de l’avalanche sensorielle va naître la claire rivière de l’intelligence. À l’image de la Moldau, si merveilleusement illustrée par Smetana, elle sera d’abord un frêle ruisseau murmurant, puis bondissant, au bavardage incessant, puis une rivière apaisée aux propos mesurés, maîtrisés, sensés et profonds, qui va ainsi enrichir l’océan de la culture humaine de la contribution de toute une vie.

Le fil Rose

Dix raisons de regarder Apocalypse ce soir (vidéo)

Rose, cette petite anglaise, avait, en 1941, 3 ans, dont 2 de guerre.
Son papa l’a filmée régulièrement tout au long de la seconde guerre mondiale.
Nous la voyons grandir, tout au long des épisodes 3 et 4 de « http://www.programme-tv.net/culture-infos/r19732-apocalypse-la-deuxieme-guerre-mondiale/1692135-le-choc/ et http://www.programme-tv.net/culture-infos/r19732-apocalypse-la-deuxieme-guerre-mondiale/1692136-l-embrasement/ à mesure que l’embrasement et l’apocalypse deviennent planétaires.
Et chacune des apparitions de cette gentille petite Rose est une pause bienvenue qui nous permet de reprendre notre souffle après tant d’horreurs filmées.

Ce fil Rose est le symbole de l’espoir, de la vie qui continue malgré tout et qui assurément va reprendre. Rose, toute petite, toute fragile incarne la résistance en germe, l’espoir jamais anéanti.
Rose, c’est l’image même de la résilience qui va empêcher tant et tant de malheureux de sombrer dans le désespoir, de ne pas tenter jusqu’au bout de survivre, de lutter.

En 1941, j’avais 5 ans, dont 2 de guerre, moi aussi, bien sûr.
Le fil rouge de l’espoir, le mien, tenait bon malgré les difficultés et les peurs.
Nous étions maman et moi dans un merveilleux village qui avait tout pour le bonheur d’une enfance :

Une grande place centrale où s’installaient de petits cirques sans chapiteaux, des montreurs d’ours venus du Limousin pas si lointain, de singes frigorifiés qui se réchauffaient en tétant des biberons de café, et tout en bas de la place une épicerie comme on n’en voit plus et un charron – maréchal ferrant qui cerclait les roues de charrette dans un grand feu, qui ferrait les chevaux au milieu d’un cercle d’enfants. Sur un côté et contre un mur, une aire parfaite pour les jeux de billes, et un cinéma où j’ai pu voir et revoir tous les exploits de Charlot et sucer à l’entracte d’inépuisables sucres d’orge, des vrais dont j’ai encore le goût là…
Une place où, vers la fin du cauchemar, on osait dresser le soir de grands bûchers où on brûlait des mannequins, celui de Laval, celui d’Hitler à plusieurs reprises ; et nous, les gamins, nous dansions autour comme les Peaux-Rouges du cinéma…

Et pourtant ce n’était pas sans risques, car nous étions juste sur la ligne de démarcation qui nous faisait l’honneur de passer chez nous, séparant la zone occupée de la zone « nono » (non occupée). C’est dire si les accrochages entre Allemands et FFI étaient fréquents. Combien de fois avons-nous été surpris par de soudains combats ! Les balles sifflaient, les grenades explosaient, nous courions comme des perdus, chacun droit vers sa maison, comme des lapins vers leurs terriers un matin d’ouverture de la chasse. Parfois, les FFI exhibaient leurs trophées, leurs prises, des miliciens aux bérets noirs tenus des heures bras en l’air au bout des mitraillettes, contre le mur de la pharmacie. Et on avait la cruauté d’espérer que les Sten allaient peut-être « partir » toutes seules – elles en avaient la réputation. Car on avait vu, un autre jour, venir, par la route de la forêt, une ambulance des nôtres, aux vitres brisées, et toute maculée d’un sang qui appelait à des représailles.

Un village merveilleux dont le nom disait la pauvreté (Champagne-Mouton), mais avec  d’infinies richesses, inestimables pour des enfants : des prés, des bois tout à l’entour où nous faisions d’immenses parties de cache-cache et de gendarmes et voleurs : je me souviens d’une de ces gigantesques parties où un copain et moi nous étions si bien et si loin dissimulés qu’on ne nous trouva point et que nous sommes rentrés à nuit noire faute de partenaires…

Le bonheur absolu nous venait de nos 3 rivières : Connaissez vous un village pauvre mais riche de deux ruisseaux, l’Or et l’Argent, qui ,en « s’alliant », donnent naissance à l’Argentor ?!!… L’Argent avait une eau limpide, parfaite, que j’ai bue « à quatre pattes », avec délectation. L’eau de l’Or était proche du bronze, moins bonne à notre goût, mais point du tout polluée, alors que maintenant elle est toute irisée par les modernes lessives. Quant à l’Argentor, plus éloigné, c’était déjà avec ses longues prairies et ses forêts toutes proches un de nos territoires d’explorations et d’aventures.

Mon fil rouge à moi, notre fil rouge qui nous faisait trouver si belle la vie malgré les privations et les dangers, ces fils rouges tendus comme des désirs vers l’avenir, vers la libération espérée, vers la paix revenue, étaient ponctués de grandes peurs et de grands bonheurs.
Nous étions heureux et insouciants, petits dieux de nos mères restées seules bien souvent. Nos pères étaient en des lieux mythiques, prisonniers en Allemagne, quelque part dans la Résistance, morts parfois. Dans tous les cas, une immense liberté nous était donnée, dont nous usions et abusions, nous petits Champenois de Charente dans notre village sur mesure pour le bonheur des enfants.

C’était trop beau. Mon beau fil rouge, si plein de nœuds de bonheur, s’est soudain effiloché, sur le point de se rompre. La guerre venait de finir. Dans l’allegresse générale, maman est disparue sans retour possible et une petite sœur, une toute petite de un an et demi, que je retrouverai, elle, mais  que 12 ans plus tard, depuis l’Algérie de mon service militaire, fut soudain escamotée.

Trou noir, incompréhension, révolte, impuissance.
Je sortirai pourtant de ce désert affectif, grâce à ma merveilleuse tante Margot, à une autre maman qui elle non plus n’avait pas été épargnée par la sinistre guerre, grâce à une nouvelle petite sœur que j’ai accueillie comme une inespérée compensation, grâce aussi à Monsieur Lardant, notre maître du CM2 de l’école Jules Ferry d’Angoulême, qui savait si bien nous passionner et nous projeter dans l’avenir.
Grâce à lui, grâce à elles surtout,  j’ai senti peu à peu se retendre mon fil rouge qui avait été tout de même bien « tricoté », bien torsadé, par tous les bonheurs passés. J’ai pu oser voir émerger des souvenirs, me refaire une histoire autour des nœuds heureux ou simplement mémorables, oser des projets, avoir des visions d’avenir…

Chère petite Rose anglaise, tu as eu la chance que ton papa ponctue ton fil de vie de toutes ces images. J’espère que nous te retrouverons demain soir, mardi 22 septembre 2009, lors des deux derniers épisodes, filmée jusqu’à tes sept ans, et que nous verrons ton sourire illuminer les fêtes de la victoire.

Tes images, Rose, nous montrent combien les images d’une enfance, si douloureuse, si menacée soit-elle, peuvent être précieuses, quand il est nécessaire de se reconstruire, si le malheur a failli vous déstructurer.

Voici les liens vers quelques infos concernant les six épisodes :

1) http://www.programme-tv.net/culture-infos/r19732-apocalypse-la-deuxieme-guerre-mondiale/1683540-l-agression/

2)  http://www.programme-tv.net/culture-infos/r19732-apocalypse-la-deuxieme-guerre-mondiale/1683541-l-ecrasement/

3) http://www.programme-tv.net/culture-infos/r19732-apocalypse-la-deuxieme-guerre-mondiale/1692135-le-choc/

4)  http://www.programme-tv.net/culture-infos/r19732-apocalypse-la-deuxieme-guerre-mondiale/1692136-l-embrasement/

5)  http://www.programme-tv.net/culture-infos/r19732-apocalypse-la-deuxieme-guerre-mondiale/1700731-l-etau/

6)  http://www.programme-tv.net/culture-infos/r19732-apocalypse-la-deuxieme-guerre-mondiale/1700732-l-enfer/

Voyez aussi :

http://toutpetits.wordpress.com/2009/09/09/ennemis-et-complices-interieurs/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Apocalypse_:_la_Deuxi%C3%A8me_guerre_mondiale

http://programmes.france2.fr/apocalypse-seconde-guerre-mondiale/

Voyez aussi, en partenariat avec France 2, sur le site d’Historia, ces extraits du documentaire «Apocalypse : seconde guerre mondiale »

Graphisme chinois, tapisserie normande

Alain, un ami, m’envoie un document sublime : une longue “fresque” chinoise de plus de 5m de long sur moins de 25 cm de hauteur intitulée “Along the river during the Ching-ming Festival”. C’est merveilleux de minitie et la “mise en page” est étonnante.

http://www.npm.gov.tw/exh96/orientation/flash_4/index.htm
Régalez-vous, allez et venez, faites demi-tour, arrêtez-vous autant que vous le désirez, comme si vous étiez au musée, au gré des mouvements de votre souris.
N’oubliez pas de cliquer dans chacun des 3 cadres blancs que vous allez rencontrer, ils mènent à de très belles animations.
Zoomer doit être un bonheur – je n’ai pas encore trouvé comment faire. Je vous tiendrai au courant.

Ce tableau chinois “a été peint vers 1085-1145″ précise Élisabeth, première messagère de cet envoi.
À peu près à la même époque, en 1066, nous avions, nous Français un certain Guillaume le Conquérant qui entreprit la conquête de l’Angleterre. Évènement considérable, exploit exceptionnel, qu’une célèbre tapisserie dite “de Bayeux” ou encore “de la reine Mathilde” illustre longuement. Je vous en ai trouvé une splendide reproduction animée, sur le site

http://www.koreus.com/video/tapisserie-bayeux.html#

Voici le lecteur exportable qui est associé à ce document:

Faites contempler ces deux documents sublimes d’œuvres millénaires à vos enfants, à vos tout petits aussi – je dirais même à eux surtout : Tant de beauté baigne et imprègne, s’impose comme un bonheur, un bien-être évidents. Racontez-leur à votre façon votre “voyage”. Même s’ils ne comprennent pas tout, il leur en restera quelque chose, ne serait-ce que de l’admiration et du respect pour des civilisations autres ou éloignées dans le temps. Attirez aussi leur attention sur la fort belle musique qui accompagne le défilement des images.

Pour les curieux, ce lien les mènera vers d’utiles compléments :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tapisserie_de_Bayeux

Ennemis et complices intérieurs

Ennemis intérieurs
Mésestime de soi. On ne s’aime pas, on n’est pas fier de soi. On se bat contre soi. On se combat. On combat ses idées comme si elles étaient jugées indignes de soi. Danger parfois : cela pourrait aller jusqu’au suicide.
D’où les oublis, les difficultés à se remémorer une pourtant bonne idée qui pourrait restaurer l’image de ce moi détesté.
Bettelheim,  je crois, disait que certains captifs des camps d’internement étaient incapables de retrouver dans leur mémoire l’adresse ou le téléphone ou même le nom d’une relation influente qui à coup sûr les aurait tirés de cet enfermement.
C’est un peu comme la difficulté à se remémorer un rêve, qui est issu de cette zone trouble de l’inconscient que le moi ne veut pas connaître ni reconnaître, car il y a toujours dans le rêve, on le sent bien, quelque chose de vrai qu’on aime mieux ne pas savoir et qui pourtant, une fois arrivé en pleine lumière de la conscience, élucidé, contribuerait au mieux-être du moi.
Ce surmoi si exigeant qui refoule de toute son énergie jette souvent le bébé avec l’eau du bain.
Quelque chose en moi m’empêche de retrouver l’information qui me sauverait sans aucun doute, je le sais bien. C’est donc que je m’en veux mortellement, je me juge indigne de survivre, cette menace je la juge juste dans mon for intérieur, quelque chose  en moi souhaite qu’elle se réalise, c’est une forme d’acceptation de ma disparition possible.
Les suicides ne sont pas toujours physiques. L’isolement, le renoncement social en sont une forme atténuée, progressive, qui procède par petits coups successifs.

Méfiez-vous de telles amnésies qui vous masquent des issues de secours possibles : il faut élucider en vous ce que nous n’aimez  pas, ce que vous méprisez au point de souhaiter inconsciemment, avec vous, sa disparition.

Silences coupables
“L’apocalypse” – la guerre de 39-45 comme vous ne l’avez jamais vue.
Vous avez peut-être regardé  hier soir (mardi 8 septembre 2009) les deux premiers épisodes de ce remarquable documentaire sur les horreurs de la seconde guerre mondiale.
La guerre, la guerre effroyable, apocalyptique, effectivement « comme on ne l’avait encore jamais vue ».
Mais le problème n’est plus de la vérité du documentaire, de ses détails : Maintenant on sait, on sait mieux que jamais. Ce n’est plus le « quoi ? » qui compte, mais le « comment ? » : Comment en est-on arrivé là ?

Mais aussi : qui savait ? Qui savait alors que ces horreurs se déroulaient – je pense à la Shoah, à l’extermination planifiée,  cette éradication voulue, préméditée, organisée.

Les victimes, bien sûr, savaient. Elles ont su, le temps d’une prise de conscience horrifiée et désespérée, le temps de se rendre compte de l’abandon général, de l’impuissance absolue. Elle n’ont su que trop bien, le temps de réaliser que la douche promise était un leurre et que ça y était, on touchait à sa fin, il allait falloir vivre cette ultime horreur, cette certitude d’un crime impensable, s’arranger vite fait avec ce qu’il restait peut-être de courage pour tenter de faire face quand même, aussi dignement que possible.
Oui, bien sûr hélas, les malheureuses victimes ont su.
Même les enfants, même les tout petits sans doute ont eu la conscience, la sensation que quelque chose d’insensé leur arrivait, allait leur arriver. Il y avait quelque chose de forcément  anormal et alarmant dans ce climat de folie qui générait tant de cris, de hurlements, de larmes, d’angoisse.

Mais en dehors de ces infortunées victimes, qui savait ? Qui a su et s’est tu ? Qui a su et a préféré ne rien dire, peut-être parce qu’en danger. Qui savait et était néanmoins bien à l’abri, loin, très loin, en Amérique par exemple ou dans le bunker de ses certitudes, de ses convictions religieuses, parfois tout près – au Vatican ou en Suisse ?…
On sait maintenant que beaucoup savaient tout des projets fous et même de leur exécution à venir, et pratiquement depuis les tout débuts des exactions contre les Juifs, contre les Tziganes, contre les malades mentaux, contre les opposants politiques, contre tous les non conformes à l’idéal aryen et à sa généralisation planétaire.
Oui beaucoup savaient et se sont tus. Beaucoup de fonctionnaires, chacun quelque soit son niveau bien à l’abri de sa hiérarchie et de ses ordres ou tout simplement de ses consignes, de ses règlements.

Un exemple ? L’extermination systématique était  programmée depuis longtemps, bien installée dans les cerveaux malades d’Hitler et de quelques-uns de ses acolytes. On n’était pas passé à l’acte (la mise en œuvre de la « solution finale »), mais on la préparait, dès les années 20, minutieusement, méthodiquement. Et comment ? Avec quoi ?
Avec les outils de ce qui allait devenir « Big Blue », I.B.M., avec ses trieuses électroniques de cartes perforées où des dizaines de données (d’informatons, en particulier sur l’ascendence) concernant les juifs ou suspectés d’être juifs étaient « rentrées » sous forme de trous, chacun dans la bonne ligne, dans la bonne colonne, par de bons et braves fonctionnaires bien consciencieux, par ailleurs les meilleurs hommes et femmes du monde, bons parents, bons conjoints, le soir venu après une dure journée de concentration sur ces fichues fiches. Une concentration zélée qui ne pouvait mener qu’à de sinistres concentrations sans retout.
Une fois les rafles décidées, ces cartes programmes se sont révélées si précises, si redoutablement efficaces pour gérer et maîtriser toutes les statistiques, les horaires…, que les trains de déportés arrivaient – plusieurs par jours -, chacun pile à l’heure sur les aires des camps, alors que le convoi précédent venait d’être évacué des crématoires !
Les horaires étaient si précis que les cheminots suisses savaient quels convois annoncés étaient bien des convois destinés à seulement traverser le territoire suisse et ne feraient que passer, et par quel itinéraire, et à quelle heure précise ils le quitteraient, et pour quelle funeste destination…

Pour ceux qui douteraient encore, je conseille la lecture du livre-enquête d’Edwin Black de qui relate la découverte récente (1997) d’un journaliste américain tombé par hasard sur une de ces redoutables trieuses.

Donc, vous voyez, on sait, on sait de mieux en mieux. Et surtout on sait qu’on savait.
Mais l’heure n’est plus au règlement de comptes, à la recherche improbable de responsables, de coupables quasi centenaires et qui ont depuis longtemps intégré les horreurs commises puisqu’ils ont si bien et si longtemps survécu.

Le temps du pardon est depuis longtemps venu.
Et d’autre recherches, d’autres fouilles intérieures, individuelles et collectives sont désormais prioritaires et concernent chacun de nous:
Comment une société peut-elle en arriver là ?
Comment la certitude de l’impunité, de la « couverture » hiérarchique, peut-elle mener à une pareille schizophrénie, à une telle partition, à un tel clivage des personnalités ?
Qu’aurions-nous fait, nous, dans le climat de terreur organisée qui régnait alors ? Quelle courage fallait-il avoir pour s’opposer, simplement résister !…

Je disais plus haut qu’il fallait se méfier de ce surmoi trop exigeant, de cet « ennemi intérieur » qui peut nous amener à souhaiter la disparition de pans honteux de notre moi, quitte parfois à préférer la fin de ce moi corrompu par des éléments jugés inexpugnables.
Mais il nous faut aussi être tout aussi vigilants sur la présence éventuelle en nous de ces « complices intérieurs » si arrangeants, si complaisants, si vite prêts à absoudre de bien des fautes et même de crimes, de ces crimes évolutifs, progressifs, collectifs, où chacun par petites touches apporte sa quasi innocente contribution.

Souvenirs

Les souvenirs sont de petites vies pâlottes et fragiles comme des flammes de bougies. Les souvenirs vieillissent, se fatiguent. Les vieux souvenirs sont un peu ternes comme les photos sépia si nostalgiques, ils s’ankylosent et bougent de moins en moins, les bouts de vidéo se font clichés, instantanés vite ternis, sans couleur, comme mal révélés; ils semblent retourner au bain originel d’hyposulfite d’où les avait tirés on ne sait quel Grand Photographe au temps de leur splendide jeunesse.

Les souvenirs sont des sursis de vraies vies réincarnées dans la mémoire des proches et des amis. La vraie mort, la mort définitive, individuelle, c’est quand ces dépositaires de souvenirs de vous auront à leur tour disparu. Petit-Bout sait bien que pour un temps il existera encore de façon intime dans la tête, dans le cœur de ceux qui l’aiment et qui lui survivront comme il porte en lui la trace, chaude et douloureuse à la fois, de ceux qu’il a perdus et qu’il aimait tant.

Quand ces images se seront éteintes, resteront les récits, la réputation, ces bouts de mémoire collective parfois si schématisés, si caricaturaux et si tenaces quand ils sont négatifs.

La “carte de résilience de Petit-Bout”, sa carte du tendre

Quand on observe la Carte du Tendre qui figure sur une gravure du 17ème siècle de la BNF, on découvre de singulières analogies entre le badinage amoureux de la « Clélie » de Melle de Scudéry qu’elle illustrait et la relation entre une mère et son bébé entre lesquels se tisse une véritable histoire d’amour avec ses hauts et ses bas, ses risques, ses exigences, ses caprices, entre lesquels peuvent parfois se nouer de fortes tensions.
Tout d’abord sa « Mer dangereuse » recèle une ambivalence phonétique qui a de quoi ravir les psychanalystes qui, on sait bien, ne prennent jamais les mots au pied de la lettre…
Mais reconnaissons qu’il faut une malchance rarissime à un Petit-Bout et un acharnement exceptionnel du malheur sur sa mère pour qu’elle devienne “mère dangereuse”.

Deux des trois rivières qui arrosent la contrée se nomment « Estime » et « Reconnaissance », des sentiments pour passion apaisée et relation solide, et sont sans doute comme la Moldau apaisée parvenue dans la plaine, des eaux tranquilles où d’anciens bébés à la retraite peuvent venir canoter en toute sécurité. Quand à la troisième, « Inclination », elle ne suffit pas à caractériser l’amour maternel ou filial à ses débuts quand il est alors bien plus qu’un penchant.

Des villes et des villages portent des noms chaleureux : « Tendre-sur-Inclination » qui doit être très probablement jumelé avec « Tendre-sur-Reconnaissance ».

Les GR locaux, les sentiers de grande randonnée du tendre, vous mènent à des sites tout à fait charmants comme « Sincérité », « Bonté », « Complaisance », « Petits-Soins » où l’on peut en toute sérénité envisager une halte, voire un séjour, où on installerait même volontiers une pouponnière et pourquoi pas une de ces Maisons Vertes si chères à Françoise et Catherine Dolto. Quel merveilleux tourisme où “tout le monde il est bon, tout le monde il est gentil” !…

Mais il est aussi des sentiers bourbeux de petite randonnée qui vous imposeraient des séjours tout à fait déplaisants en des lieux à l’évidence malveillants et à éviter : « Tiédeur », « Négligence », « Doute », « Oubli », pas loin du glacial « Lac d’Indifférence », et même à fuir carrément comme « Perfidie » et « Médisance » dans les parages de la sinistre « Mer d’Inimitié »…

Comme on voit, une allégorie est toujours ouverte à l’humour ou à la poésie…
Il n’empêche que cette histoire de lieux associés à des sentiments mérite réflexion.

Chaque Petit-Bout pourrait tracer dans son imaginaire cet ailleurs virtuel où seraient rassemblés de manière surréaliste et fluctuante des souvenirs de lieux de bonheur, des images d’êtres chers – pas forcément tous humains. Ce n’est qu’exceptionnellement qu’y pousserait l’arbre généalogique réel, administratif, dans sa totalité. Mais plutôt un arbre des temps heureux au pied duquel, comme Brassens le chante si bien, il aurait fallu rester, un arbre où Petit-Bout se sentirait dans la chaude filiation intellectuelle et affective de ses « parents » élus. On croit qu’on ne choisit pas ses parents, mais seulement ses amis. Il suffit à Petit-Bout d’élever intérieurement ses amis au rang de parents par le cœur. Il aura ainsi très vite un arbre généalogique d’une nouvelle variété à la ramure solide et fournie où il trouvera toujours une fourche reposante et ombragée où grimper se ressourcer.

Sur la Carte de résilience de Petit-Bout on verrait des cercles plus ou moins importants en fonction de leur efficacité résiliente.

Il faudrait à chacun de nous faire l’effort de rechercher dans ses souvenirs les personnes qui ont joué un rôle essentiel dans son équilibre, dont la présence ou l’évocation ont été secourables dans les moments difficiles. Mais aussi les lieux réels où on a été heureux, où on s’est senti fort, exalté, plein de projets et de confiance en soi : une maison, une pièce, une cabane dans un jardin, la fourche d’un arbre, un coin de prairie où on a gardé – pas forcément seul(e) un troupeau…

Ces lieux peuplés de vrais amis sont associés à des moments, des périodes, des temps de bonheur ou de simple quiétude.

Il faut ainsi débobiner patiemment cet écheveau des soies des temps heureux souvent emmêlé dans la rude laine du quotidien banal et dans le crin blessant des jours mauvais. On a tous connu quelque lieu maudit où, un jour, se sont mises à siffler les langues hostiles, quelque maison hantée par le malheur. Et il faut parfois avoir la sagesse de quitter les endroits de malheur ou la malchance semble s’être incrustée, comme on peut devoir avoir le courage de cesser certaines fréquentations.

Cyrulnik : petite enfance et grand âge

CYRULNIK BORIS 200Il y a quelque temps déjà, en mai, je vous parlais avec admiration d’un petit livre précieux de Boris Cyrulnik, “Je me souviens” : 70 pages seulement, mais oh! combien denses et riches.
J’ai eu la chance de découvrir, chez Gibert – (Poitiers), un autre de ces petits bijoux finement ciselés (111 pages) , La résilience – Entretien avec Boris Cyrulnik”, joliment édité en mars 2009 par une nouvelle et originale maison d’édition, Le Bord de l’Eau, dont une des collections, “Nouveaux classiques”, est supervisée par Antoine SPIRE, l’auteur d’une remarquable préface de 25 pages à l’entretien que lui et François Vincent ont avec Boris Cyrulnik.

Les deux pôles de la dépendance.
À la source de cet ouvrage, un double projet de la commune de Boisseuil (87) dédié à deux catégories extrêmes de sa population : la petite enfance et les personnes âgées dépendantes. Le désir des concepteurs du projet était que s’instaure un dialogue différent, plus riche, entre jeunes et anciens” en se nourrissant d’une réflexion sur “l’intergénérationnel”.
Boris Cyrulnik, très sensible aux transmissions et solidarités entre générations, a alors accepté de donner une conférence, en cotobre 2008, à Boisseuil, sur “La transmission d’une gnération à l’autre”.
Jean-Louis Nouhaud, Maire-Conseiller général de Boisseuil, dans son avant-propos, cite Boris Cyrulnik : “Quand on arrive au monde, on pourrait être tout, mais pour être quelqu’un, il faut renoncer à tous les autres qu’on aurait pu devenir.”, ce qui, souligne J-L Nouhaud, “illustre parfaitement la construction de soi, à la fois individuelle, collective et forcément intergénérationnelle.”

Avec un tel thème et la chance de pareils animateurs, le succès de la conférence était assuré : plus de 1500 personnes, et un texte exceptionnel devenu objet d’édition, et qui sera, je n’en doute pas, un succès de librairie.

Des thèmes humanistes, philosophiques… illustrés par des récits passionnants.
Transmission:
“… on ne peut pas être sans être ensemble… même si l’on est silencieux, on participe d’un processus de transmission.” Suit le récit savoureux d’un échange, d’un scénario, sans un mot, entre Boris Cyrulnik et son petit fils de 4 ans censé aller se laver les mains au fond du couloir. Le grand-père conclut “… et quand il a refait demi-tour pour aller se laver les mains, j’ai compris qu’il avait compris que j’avais compris qu’il voulait nous faire croire qu’il s’était lavé les mains.”
“La transmission des secrets, des souffrances, des traumatismes, ce n’est pas le traumatisme que l’on transmet, c’est le fait que le traumatisme nous a fait souffrir, et l’immense déséquilibre affectif qui s’en suit.”
Cyrulnik, cité par Antoine Spire : ” Une femme peut élever un enfant avec un homme qui n’est pas le père; ses amis, sa mère, sa sœur, n’importe quelle autre femme, peu importe. Ce qui est dangereux, c’est d’élever un enfant tout seul; le bébé est une éponge à sensations. Dans notre culture, il dépend entièrement de l’état de sa mère : si elle ne va pas bien, il n’ira pas bien.”
Attachement:
“Il faut [tout] un village pour élever un enfant” Voilà une bien belle pensée, que beaucoup, bien sûr, se sont déjà appropriée. Selon Cyrulnik, les Américains travaillant sur les théories de l’attachement, théories à la fois biologiques et psychologiques, disent qu’il faut organiser autour de l’enfant une constellation affective. C’est-à-dire que, dans cette constellation, la mère est une étoile majeure, bien sûr, mais le père est aussi une forte étoile, la grande sœur, la cousine, le voisin… Toutes les images familières tutorisent le développement de l’enfant.”
Isolement sensoriel:
Vous lirez avec passion
les anecdotes et récits illustrant ce thème, sur les singes talapoins, que l’on isole pour expérimenter les conséquences de ces sollitudes, sur des chatons à qui on met un cache comme à des pirates borgnes, sur les petits Roumains abandonnés et négligés dans des institutions, sur “des adultes dépresifs et abandonnés dans leur dépression, qui, trois semaines plus tard débutent une atrophie temporale et rhinencéphalique”.
Les nouvelles technologies de l’imagerie numérique, les scanners, les IRM, prouvent les dégâts physiologiques, les atrophies cérébrales des lobes préfrontaux et des circuits limbiques…,  que ce vécu d’abandonisme provoque. Dégâts que confirment aussi, a contrario, la prise en charge affective et relationnelle, l’adoption – pas trop tardives – de ces victimes, puisque alors se reconstituent “le champ de blé” des neurones, et donc les circuits habituels de l’information, des sensations, des décisions.
Absolument passionnant ! – comme chez Thierry Janssen.
Et rassurant, car rien n’est définitivement perdu.
“La guerre contre les enfants”
Citation de Boris Cyrulnik, rappelée dans une question que lui pose Antoine Spire:
“Grâce à la technologie des armes et des transports, le XXème siècle a découvert une barbarie que ni l’Antiquité, ni le Moyen-Âge n’avaient connue : la guerre contre les enfants.
Réponse de Boris Cyrulnik :
“On a toujours été cruel avec les enfants. On a envoyé des petits de 12 ans à la mine sachant qu’ils ne reverraient jamais le soleil -[je crois que l'éthologue pense aussi, naturellement, aux malheureux chevaux de mine] – et qu’ils allaient mourir de silicose. Mais depuis le XXème siècle, ce sont les états qui font la guerre aux enfants. L’OMS prévoit une aggravation du rejet des enfants. Faut-il envoyer des CRS pour qu’ils interviennent contre des adolescents qui se comportent mal collectivement? Nous devons réfléchir un peu plus à la manière dont nous avons peur de nos enfants tout en vivant dans une culture qui prétend les protéger.

Je vous laisse méditer cette réflexion, et je ne doute pas de votre désir d’achever de lire, puis de relire et méditer ces quelque 110 pages qui suffiraient à prouver que Boris Cyrulnik est un de nos plus grands philosophes humanistes.