Une image de soi « suffisamment bonne »

Une image de soi « suffisamment bonne », mais pas trop. Comme « la mère suffisamment bonne » selon Winnicott, c’est-à-dire bonne sans excès et même frustrante juste ce qu’il faut pour que l’enfant, puis l’adolescent soit tenté par l’autonomie, l’émancipation du futur adulte accompli. Je me permets de citer cet extrait de Wikipedia : « celle qui sait donner des réponses équilibrées aux besoins du nourrisson, ni trop ni trop peu. On l’oppose à une mère qui ne serait pas assez bonne. C’est-à-dire qui laisserait l’enfant en souffrance et dans l’angoisse néantisante. On l’oppose aussi à une mère qui serait trop bonne. C’est-à-dire qu’elle répondrait trop aux besoins de l’enfant, et ne le laisse pas assez ressentir le manque qui est également essentiel à sa constitution, plus précisément à l’identification du moi comme différencié de la mère. Lisez au moins la remarquable introduction de Gisèle Harrus-Révidi à l’ouvrage de Winnicott (PBP 595, p 7 à 30).

Une image de soi que l’on juge soi-même perfectible afin qu’elle reste un stimulant – sans excès – vers le mieux, une image de soi que l’on se forge et qui tende peu à peu vers l’image d’un moi idéal.

L’ «image de soi », une image bien trompeuse, comme toutes les images, qu’elle soit réelle, physique ou morale, psychique…

J’ai donc, selon les circonstances, et selon les regards, bien des images de moi :

  • Celle que je saisis dans les miroirs, infiniment variable, selon les jours, la forme, la santé, les tenues vestimentaires et les états d’âme…
  • Celle que je crois lire dans le regard de l’Autre, des Autres :
  • Celle de mon regard intérieur, introspectif, qui évalue les qualités et imperfections de cette image que l’on voit de moi, de son moi, cet idéal vers lequel je tends, mais avec des critères d’évaluation souvent faussés.
  • Celle du regard que je prête aux autres : comment me voit-on, physiquement ? moralement ? Suis-je quelqu’un de beau, de physiquement attirant, séduisant ? Suis-je quelqu’un de bien, suis-je apprécié, estimé, aimé pour plus que des attraits.
  • Celle du regard collectif, de la vox populi qui fait et défait les réputations.
  • Celle des portraits, ces instantanés si souvent décevants et qui révèlent si bien les dommages du temps passé.
  • Celle des appréciations écrites des écoliers, des étudiants, des fonctionnaires, des militaires…

En fait, notre image est toujours en élaboration, toujours remise en question, niée, refusée, contestée, souvent truquée, parfois pleine de mauvaise foi narcissique ou d’erreurs de discernement.

L’image de soi, par soi : rien de plus subjectif.
Aucune objectivité à attendre du surmoi
presque toujours trop sévère, trop exigeant, toujours à comparer le moi réel et le moi idéal, cette vision utopiste irréaliste et irréalisable.

Il est bon d’être aiguillonné par une ambition tendue vers le bien et même le mieux, mais comme le dit la sagesse des dictons, ce mieux est souvent l’ennemi trop exigeant du bien plus raisonnable.

Un surmoi féroce : Nous avons déjà vu Petit-Bout piégé entre ses pulsions, ses désirs, ses erreurs et ses fautes et les reproches excessifs d’un surmoi parfois féroce, et le secours que lui apporte M. Maître, par son empathie et son expérience, qui le rendent compréhensif et indulgent.

L’image de soi, par l’Autre : un tableau individuel et collectif, sans cesse remanié, où chacun, soi compris, se permet d’ajouter sa touche de vérité ou de mensonge, ses taches d’erreurs.
On ne voit d’ailleurs jamais la totalité de cette œuvre. En fait on ne fait que feuilleter un immense album aux pages évolutives, certaines que l’on saute en fermant les yeux avec horreur, ou sur lesquelles au contraire on s’attarde avec nostalgie et complaisance.

« Comme je me regrette ! » a écrit joliment – comme toujours – Colette vieillie en contemplant les images et les souvenirs de la belle enfant, de la jeune femme qu’elle avait été.

Une image de soi acceptée et acceptable, c’est sans doute un des meilleurs critères d’une vie réussie (voyez ici et là surtout).
Cette conscience d’être, l’un dans l’autre, quelqu’un de bien

est faite des mille petites fiertés, satisfactions d’amour-propre qui au jour le jour compensent les mille erreurs, fautes, défaillances qu’immanquablement on a vécu ou qu’on va vivre. C’est la résultante de mille petites et parfois grandes victoires qui aboutissent à cette conviction intime d’une vie relativement réussie, pas tout à fait nulle.
Ayons, nous adultes, aînés, de la famille ou non, la générosité de fournir à nos tout petits des opportunités de réussites, de victoires, si menues, si dérisoires soient-elles. Il n’y a jamais de réussite absolue, de victoire sans remise en question un jour ou l’autre ; il y a toujours un sentiment exaltant de puissance, de savoir-faire et il reste toujours un peu de cette exaltation, de cette euphorie, de cette ivresse qui vous fait sauter, crier votre joie: c’est cette force qui porte, qui pousse à oser, à entreprendre, à [se] risquer à nouveau. Quand ce flux est amorcé, rien ne l’arrête, pas même les faiblesses, les infirmités, toutes les menues trahisons du corps qui n’est plus si jeune.

Aidons nos tout petits, nos petits et nos plus grands, nos proches, conjoint, parents, amis dans ce travail de Sisyphe, dans cette œuvre sans cesse à reprendre et à fignoler, lécher…, qu’est l’image qu’ils ont d’eux-mêmes ou qu’ils pensent qu’on a d’eux.
Cette image à laquelle vous allez contribuer positivement sera celle de leur vie, sera celle qu’ils tenteront de restaurer dans les moments toujours possibles de grand doute. Cette image-là, ces images furtives, fugaces mais chaleureuses seront alors parmi les éléments essentiels d’une résilience réussie.

« L’œuvre », d’Émile Zola : Un des romans qui m’ont le plus impressionné. On y assiste à l’élaboration de plus en plus douloureuse d’un tableau par un artiste peintre maladivement perfectionniste, toujours insatisfait de sa réalisation au point de sombrer dans une folie destructrice qui lui fait lacérer son tableau… et sa vie.

Apprenons à être suffisamment satisfait d’une existence suffisamment bonne.
Ne portons pas toujours nos lunettes d’exigence, ayons des verres correcteurs qui atténuent l’objectivité trop réaliste, chaussons nos besicles d’indulgence, pour les autres comme pour nous-mêmes.
Montrons à nos enfants que le vrai, le bien, le juste s’apprécient mieux en variant les angles de vue.
Une image s’améliore souvent en trempant nos pinceaux dans les bonnes « couleurs » – nous avons tous de « bonnes couleurs », il suffit d’apprendre à les voir et à les apprécier, d’apprendre à s’en contenter, même si elles sont quelque peu frustrantes, un peu ternes
Il y a là toute une éducation du regard de l’esprit et du cœur.
Apprenons-à nos petits la souplesse, apprenons-leur la « lecture » et la tolérance des images que les Autres, que les évènements, que la vie, ces mille miroirs leur renvoient. Des miroirs parfois déformants, comme d’un « palais des glaces », cette attraction foraine qui fait tant rire – d’angoisse bien sûr.

Surmoi et culpabilisations excessives

Un jour, M. Maître s’est aperçu que depuis quelque temps Petit-Bout était préoccupé et fatigué sans raison apparente. Il lui a demandé de rester un moment en classe alors que les autres repartaient à la maison.

Et M. Maître, qui devine tout de ses élèves tant il les aime, lui a dit :

« Mon Petit-Bout, il y a quelque chose qui te tracasse, qui te fait honte peut-être, qui t’empoisonne la vie quand tu y penses. Et tu y penses souvent au lieu d’écouter ce que je dis, au lieu de jouer de bon cœur.

« Eh bien Petit-Bout je te dis : ce n’est pas grave au point de te punir toi même avec tant de sévérité. Rien n’est jamais grave à ce point. Moi aussi, vois-tu, quand j’étais petit comme toi maintenant, j’avais, comme toi une ou deux épines plantées je ne sais trop où et qui me faisaient bien mal, jusqu’au jour où mon grand-père à moi qui ne parlait pas souvent mais qui voyait tout et qui m’aimait bien et que j’adorais m’a parlé comme je te parle : lui aussi avait longtemps souffert dans son cœur et dans sa tête d’une vieille blessure qui avait saigné, suppuré sans soin, sans une parole apaisante.

« Alors mon Petit-Bout je te dis : ce que tu crois si honteux, si énorme, si impardonnable, ce n’est rien à côté de tout ce que tu fais de bien tous les jours sans même t’en rendre compte. Ce n’est rien à côté du bonheur que tu donnes à bien des personnes de ta famille, à bien des camarades, à moi, à ton chien, à ton chat, simplement parce que tu es là, avec moi, avec eux. Un jour tu sauras regarder en face sans trembler ni rougir cette chose insignifiante que tu crois énorme, et tu verras alors comme elle est devenue petite et inoffensive et tu te sentiras heureux et libéré.

« Et dis-toi bien que tout le monde a comme ça des poisons qui agissent longtemps, longtemps, mais qui ne résistent pas à l’affection et à l’estime des autres.

« Alors, mon cher Petit-Bout repars vite chez toi et sois sûr que je t’aime bien, tel que tu es. »
De ce jour, Petit-Bout s’est senti plus libre et plus fort, libéré et fortifié par ces quelques mots généreux. Il savait qu’on pouvait l’aimer, mieux encore, l’estimer, malgré tout. Le mauvais rêve s’est fait rare, a disparu. Petit-Bout a retrouvé sa joie de vivre, de jouer, de travailler, le bonheur de se sentir aimé sans le poison du doute, le  bonheur plus grand encore de pouvoir aimer en retour.

Petit-Bout a alors compris que les torts et les mérites avaient un poids très variable et que certains appuyaient toujours sur le mauvais plateau de la balance.

Petit-Bout a aussi compris que les plus sadiques des vrais méchants savent flairer ses vieilles contusions, ses cicatrices encore sensibles, ses furoncles si douloureux et qu’ils se délectent à y donner de petits coups qui n’ont l’air de rien mais qui font si mal. Et c’est lui, Petit-Bout, qui passe pour l’agresseur s’il s’ avise de se plaindre et d’accuser…

Petit-Bout a compris que les bons, les justes comme M. Maître savent bien peser les cœurs et les âmes, que les fautes ne les obsèdent pas, ne les aveuglent pas au point de leur masquer d’éventuels mérites.

Petit-Bout a aussi compris que le mal qu’il fait, qu’il a pu faire, font bien plus mal à Maman et à Papa qu’à M. Maître justement parce qu’ils sont son Papa, sa Maman à lui, et que lui, Petit-Bout vient tout droit d’eux, de leur chair et que sans doute Maman et Papa se croient pour quelque chose dans ces vilaines tendances au mal que révèle le comportement de Petit-Bout.

M. Maître, lui, est à l’abri de cette responsabilité génétique, sauf sans doute aussi pour ses propres enfants, quoique son expérience de centaines d’enfants différents lui a bien montré que le cœur des parents aveugle leur raison, que leur désir d’un enfant parfait est si fort qu’ils en perdent toute objectivité au point qu’ils sont douloureusement persuadés que leur vilain petit canard à eux est infiniment plus vilain que le gracieux cygne blanc des autres.

Et M. Maître sait bien depuis longtemps que la génétique n’assure que la transmission de possibilités, que tout bébé qui naît peut se réaliser dans n’importe quelle culture, parler n’importe quelle langue et qu’une intelligence, une sensibilité, une personnalité, c’est un travail à reprendre à chaque génération par les parents, la famille, la société.

M. Maître sait combien il fallait d’intelligence, de vigilance, de savoir-faire pour vivre et survivre assez longtemps pour procréer, à l’âge des cavernes, et nous transmettre, intacte, en un infini marathon, de porteuse en porteuse, la flamme de la vie.

Les urgences du week-end

13-14 juin 2009
Belle soirée ce vendredi sur la 5!

1)  D’abord la “traversée du miroir“ de Michel Leeb et celle de Maud Fontenoy, formidable, par ses mots, ses propos qui font du bien comme le parler vrai de Françoise Dolto. À savourer, déguster sans modération.

2) C dans l’air où des urgentistes d’exception ont traité des maux de notre soleil. Il y avait là un savant passionnant, l’astro physicien André Brahic, amusant comme un Louis de Funès – qui occupait pour notre bonheur tout l’écran.

Quel bonheur ce soit être d’avoir une amie comme Maud Fontenoy et un professeur comme André Brahic !

3) N’oubliez pas de jeter un œil sur cette page

Il faut sauver la soldate Terre

Les cris de deux vigies
Perdu dans l’immensité de l’océan démesuré, le vaisseau à voiles presque désemparé glisse et se laisse porter par les éléments indifférents des tempêtes : l’air et l’eau. Soudain, un matin, à l’aurore, le cri de la vigie : Terre ! Et chacun des survivants à bord, sent, sait qu’il est sauvé.

Perdue dans l’immensité du cosmos démesuré, le vaisseau Terre presque désemparé glisse et se laisse porter par des forces éternelles de la gravitation universelle. J’imagine qu’il y aurait quelque part – peut-être sur la Lune, notre satellite balancier qui contribue à l’équilibre de notre trajectoire – une vigie qui soudain crie : Vert ! Et chacun des survivants de notre planète reprendrait espoir en entendant ce cri d’une couleur d’espérance et penserait que peut-être il sera sauvé, épargné.

Les écosystèmes qui nous incluent sont indifférents.

  • La tempête se fiche éperdument des détresses à bord du vaisseau à voiles. Si elle parvient à achever son travail de démantèlement, son complice l’océan va engloutir et masquer tout cela, ni vu, ni connu : il n’y paraîtra plus rien. Et on sait maintenant à quel point les fonds marins sont tapissés de pièces à conviction qui pourraient témoigner d’innombrables souffrances individuelles.
  • Notre soleil, les autres étoiles encore plus, se moquent, comme de leur première lueur, du réchauffement climatique qui affecte l’insignifiante planète Terre et de l’éventuelle disparition de bien des espèces qui l’habitent – dont l’humaine.
  • Mais chaque écosystème qu’est une vie humaine encore en équilibre souffre d’être plongée dans de plus vastes ensembles de plus en plus perturbés et nocifs, en interaction obligée avec eux.
    Chaque humain, par son intelligence, par sa sensibilité, par sa conscience perçoit les menaces qui se précisent.

La soldate Terre se bat pour sa survie, elle est en grand péril

  • La banquise se disloque, se dérobe sous les pas des ours. Seuls se réjouissent les navigants qui déjà empruntent le grand passage parcouru jadis par les futurs Indiens venus d’Asie. Il y a toujours de l’argent à faire dans les grands malheurs.
  • Le permafrost (les sols gelés du Canada et le la Sibérie, soit tout de même 25% des terres émergées !) se ramollit sous les habitations qui s’effondrent puisque posées sans fondations bien sûr. Pire, et infiniment menaçant, le permafrost se décompose et libère déjà, et de plus en plus, des réserves colossales de gaz carboniques, de méthane…, qui étaient là fixées par le froid polaire dans les végétations d’antan, du temps où par exemple le Groenland était, comme son nom l’indique encore, le « Pays Vert »
  • L’eau douce des glaciers et des calottes glaciaires qui fondent à une vitesse jamais imaginée, se mêle aux eaux marines polaires, diminue leur salinité et empêche les courants marins chauds de plonger pour retourner au ras des fonds marins se réchauffer entre les tropiques. Si ces radiateurs écologiques que sont le Gulf Stream et El Niño, ralentissent, pire s’immobilisent, nous saurons très vite ce qu’est une vague de froid catastrophique. Nous en avons déjà eu d’ailleurs quelques avant-goûts récents, à titre d’avertissement sans grands frais sans doute…
  • Le niveau d’ensemble des mers s’élève. Aux Maldives, la Terre a les pieds dans l’eau, plus que de raison.
  • Partout le réchauffement est enclenché, les faunes, les flores se modifient, à mesure que gagnent la chaleur et les déserts. Les premiers réfugiés climatiques commencent à migrer.
  • Nos fragiles écosystèmes humains sont malmenés et doivent faire un violent effort d’adaptation aux nouvelles donnes environnementales. De nouveaux ennemis se révèlent, plus “virulents”, les allergies et les cancers se multiplient.

La « patrie », notre « Home » est en danger. Il faut décréter la levée en masse.
Déjà les volontaires se précipitent, la résistance s’organise.
Certes on manquera de tenues vertes. Tout le monde n’a pas l’exacte nuance, ni même souvent le métrage suffisant. Mais un changement de veste peut suffire pour qu’on se reconnaisse… et on peut mener sans uniforme de justes combats.
La polémique sur l’influence de « Home » sur le reflux rose et la poussée verte me paraît bien stérile. Tant mieux si les consciences environnementales s’éveillent.
Ce « mouvement », cette lame de fond étaient en marche.
Déjà, nous avons été bien sensibilisés par quantité de documentaires (sur Arte, la 5, Planète bien sûr). Al Gore, Jean-Paul Jaud ne sont pas pour rien dans cette prise de conscience qui se révèle.
L’énorme coup de gong à l’échelle planétaire justement de Yann-Arthus Bertrand, est arrivé à point nommé pour faire virer au vert quelques cutis surchauffées, pour rendre nos oreilles et même nos cœurs réceptifs à de tels propos.
Le climatologue glaciologue Jean Jouzel, (prix Nobel de la paix avec Al Gore, et qui donc doit savoir de quoi il parle…), vous a sans doute effrayés quand, au début du débat avec Yves Calvi qui suivait la projection de « Home », il a commenté avec un petit sourire les actuels excès climatiques : « Mais ce n’est rien à côté de ce qui nous attend… »
On pourrait rêver : « Quand l’écologie s’éveillera » (et il semblerait qu’en Chine ce soit maintenant une préoccupation très réelle).
Les consciences sont prêtes. Sans doute faut-il encore un déclencheur d’envergure planétaire pour lancer cette mobilisation générale qui transcende les nations. Nous sommes tous dans le même vaisseau, dans la même galère
Comme dit je crois Y-A Bertrand « On n’a plus le temps de l’hésitation », ni des querelles et des tergiversations. Il y a pour tous, pour chacun de nous au moins des urgences comportementales. Ce pointillisme vert finira par faire de proche en proche de belles zones plus résistantes et en partie immunisées.
Je ne serais pas surpris de voir le Président Obama dans ce rôle de missionnaire inspiré et sincère. Il a déjà su mettre avec beaucoup de doigté et d’intelligence persuasive des points sur des i islamiques, israéliens… Il saurait sans aucun doute donner du poing sur la table sur ce thème des périls écologiques.

Le devenir de nos tout petits devrait largement suffire à nous motiver.
Car s’il est malheureusement vrai que nous n’avons que 10 ans devant nous pour sauver cette malchanceuse soldate-planète Terre, nos tout petits de maintenant (juin 2009) ne seront encore que collégiens  au terme de cette sorte d’ultimatum !
il faut donc que sans tarder, tout de suite, sans état d’âme, nous nous attelions, tous, chacun de nous dans la limite de ses influences possibles sur l’environnement commun, à cette remise en question de tous nos comportements, de la gestion de nos poubelles domestiques à nos consommations de produits et de services. Et même s’il n’y avait pas lieu de tant s’alarmer, notre Terre et tous les écosystèmes qui lui sont liés seront gagnants.
Si nous n’avons pas vraiment peur pour nous, ayons au moins quelque inquiétude pour l’avenir de nos enfants, de nos petits-enfants, pour les plus jeunes d’entre eux qui sont les plus dépendants et les plus vulnérables.
Permettons à nos tout petits de grandir un peu sur une planète où nous aurons fait un peu de ménage et pris quelques bonnes habitudes.
Je suis persuadé que ce sont eux, les plus faibles mais aussi les plus concernés, qui fourniront les bataillons les plus vaillants, les plus motivés de cette guerre étrange que nous allons être obligés de mener contre des décennies de comportement aberrants, de crédulités navrantes.
J’ai déjà dit dans ce blog ma très grande confiance en nos enfants.


« Danse avec les hommes »

Petite histoire que disent encore les mamans louves , le soir, au fond des tanières, à leurs louveteaux qui ne veulent pas s’endormir.
En hommage à Boris Cyrulnik, Karine Lou Matignon, Frédéric Fougea pour « La fabuleuse aventure des hommes et des animaux » qu’ils savent si bien nous conter.

Il y a bien longtemps, mes petits loups mignons, un de vos grand-grand-grand-oncles, qu’on appelait Loup Tout Blanc, vivait très loin d’ici, dans le sud, du côté du grand soleil. On raconte partout que c’était un grand loup blanc superbe, plein de force et de vaillance, comme ses frères et sœurs, comme vous deviendrez en grandissant, mes chéris, j’en suis sûre.

Dans ces temps lointains, Il faisait partout si froid que même là-bas, loin vers le haut soleil, les loups avaient bien froid – et c’est depuis ce temps-là d’ailleurs qu’on dit « un froid de loup » et aussi « une faim de loup » tellement les proies étaient difficiles à capturer, surtout quand l’hiver tout blanc, terrible, saisissait la nature.

Ces vaillants loups d’autrefois, passaient le plus gros de leur temps à chasser, à chercher et poursuivre leurs proies, des chevaux, des rennes, des bisons, et même des aurochs, des sortes de grands bœufs farouches. Souvent, ils devaient se contenter de lièvres et même de petites souris… Glop ! Ils n’en faisaient qu’une bouchée !
Dans ces chasses, il y avait de la concurrence : l’affreuse hyène, qui n’est pas une parente à nous, le terrible lion des cavernes, et surtout, l’homme que vous connaissez bien mes chéris – il y en a partout de nos jours.
Autrefois, ils étaient bien rares et ces êtres étranges, malgré le froid, n’avaient guère de pelage, pas plus que maintenant, et comme de nos jours, ils marchaient, couraient sur leurs pattes arrière comme sait faire un moment votre papa pour vous amuser.
Et de leurs pattes de devant ils faisaient bien plus et bien mieux que nous qui ne savons guère que gratter avec. Ils se taillaient des flèches, bricolaient des engins pour qu’elles frappent plus fort, et leurs femelles savaient couper avec des pierres cassées, dans nos peaux de loup et celles de bien d’autres bêtes qu’ils avaient tuées, des peaux pour elles, pour leurs mâles et leurs petits.

Comme nous les loups, les hommes savaient alors s’organiser en meutes pour repérer leurs proies, les rabattre, isoler les plus faibles, puis les attaquer de tous côtés. Peut-être nous imitaient-ils?
Ils n’avaient guère de force, ils couraient bien moins vite que la plupart des animaux, qu’ils réussissaient pourtant à tuer, tellement ils étaient intelligents et même rusés, un peu comme nous les loups. Ils étaient capables de pousser tout un troupeau de chevaux jusqu’au bord d’un précipice au bas duquel ces imbéciles s’écrasaient, car ils n’avaient eu que l’idée de fuir, droit devant eux.
Vous imaginez le gâchis ! Parfois des centaines de corps fracassés…

Pour nos ancêtres loups, les hommes d’alors qu’ils découvraient étaient comme d’autres bêtes, mais étranges, étonnantes, fascinantes même !
Eux si intelligents, découvraient d’autres sortes d’êtres, pourtant bien faibles – le moindre coup de dents ou de griffe les terrassait – bien vulnérables, mais d’une intelligence impressionnante, surtout quand ils observaient leurs façons de vivre au seuil des cavernes d’où ils réussissaient à déloger les ours et même les lions !
Ils n’arrêtaient pas de bricoler du bout de leurs pattes avant, aux griffes ridicules, mais leurs dix bouts de pattes avant pouvaient se plier trois fois chacun, et il y en avait même un à chaque patte qui pouvait se mettre en face des quatre autres et tout ce que la patte attrapait ils pouvaient le tenir fort, le tourner dans tous les sens, délicatement s’il le fallait. Ils faisaient ce qu’ils voulaient et savaient même se bricoler avec du bois, des os, des silex, toutes sortes d’outils qui donnaient encore plus de pouvoir à leurs pattes.
Et surtout, surtout, ils savaient faire de grands feux qui effrayaient et éloignaient toutes les bêtes et qui rendaient leurs viandes si odorantes, si savoureuses et si faciles à dévorer malgré des dents insignifiantes.

Vous, mes loulous chéris, vous savez maintenant tout cela : leurs pattes avant sont des mains pleines de doigts, et vous savez combien ces hommes qui semblent si fragiles sont redoutables et à fuir.
Mais nos ancêtres et votre grand-grand-grand-oncle Loup Tout Blanc découvraient les hommes.
Ils n’en revenaient pas, ils étaient fascinés, séduits et effrayés à la fois.
D’autant plus qu’ils chassaient souvent en parallèle, avec pratiquement les mêmes stratégies. Les mêmes gibiers les intéressaient et les hyènes se disputaient souvent les restes des loups et les surplus des hommes si habiles et déjà si destructeurs.

On raconte encore que notre ancêtre Loup Tout Blanc était vraiment passionné par les hommes et qu’il les observait chaque fois qu’il en avait le loisir, bien plus intéressé que craintif.
On dit même qu’il prenait des risques et semblait ne pas avoir peur du grand feu bondissant et crépitant, ni des flèches et des sagaies toujours possibles.
Un jour, on vit avec terreur un homme s’approcher de lui. Mais les mains tenaient un bout de viande qu’elles ont jeté et qu’il a vite saisi et emporté hors de portée.
Ce manège s’est reproduit bien des fois et cela ressemblait à un rendez-vous. Et votre oncle et cet homme semblaient se prendre d’amitié et ne plus se craindre l’un l’autre. Au point, qu’un jour, Loup Tout Blanc est venu prendre du bout des dents la viande que la main tenait encore ! La main n’a pas frappé, les dents n’ont pas happé la main, mais ont saisi bien délicatement la viande comme pour bien montrer à l’homme qu’on était, bien que loup tout puissant, sans hostilité aucune.
Le plus sidérant pour le restant de la meute fut de voir bientôt Loup Tout Blanc lécher la main vide tendue et en accepter une caresse.
À son retour toute la meute est venue flairer Loup Tout Blanc et humer sur son pelage, en grondant, les redoutables senteurs humaines.
Loup Tout Blanc, lui, ne les craignait plus, et il arriva ce qui devait arriver, Loup Tout Blanc resta auprès de cet homme, le suivit jusqu’au gros de la horde, finit même par dormir avec eux, bien au chaud auprès du grand feu.
Il se comportait comme un mendiant, se laissait nourrir, caresser, même par les enfants, surtout par les enfants et les femmes. D’un geste, on le faisait venir, s’assoir, se coucher, se relever, se rassoir, faire le beau, tendre la patte !
On en avait honte pour lui.
Il suffisait de lui tendre un os, une côtelette de bison encore chaude, et Loup Tout Blanc se mettait à sauter de joie, à danser avec l’homme qui le faisait languir. Un enfant sans caractère, sans la moindre fierté !

C’est depuis ce temps-là qu’on ne l’a plus revu que de loin. Il semblait prévenir ses nouveaux amis de la présence de loups, de tout danger, comme si lui aussi avait peur.
Il était devenu le premier chien.
Plus jamais, dit-on, on n’a voulu l’appeler Loup Tout Blanc.
On l’appela désormais, on l’appelle encore « Danse avec les hommes ».

Home : l’emprise de la musique

Un film splendide : la fascination des images, l’emprise de la musique, le choc des mots.

Le poids des images : fascinantes, mais aussi, souvent angoissantes.
Fascinantes, techniquement parfaites, ces images de notre Terre sont terriblement émouvantes. On ne la savait pas si belle, notre Terre, même dans sa déchéance, son délabrement, car on la voit, on la sent, on la sait menacée.
Tant de misère se cache si souvent derrière tant de beauté, dès qu’on s’éloigne, qu’on prend du recul, qu’on s’élève : misère en cours, d’actualité, et surtout, surtout, misère à venir, promise, et semble-t-il inéluctable.

Le choc des mots.
Le texte de Yann-Arthus Bertrand est à la hauteur des images et de ses  intentions, de son projet qui est avant tout de nous “choquer”, de secouer notre inertie, de nous ouvrir les yeux.
J’espère le trouver dans son intégralité.
Et pourtant, le journal « La Croix » n’y voit, n’y entend qu’un « prêchi-prêcha », et enfonce le clou de cette crucifixion, affirmant qu’il “décrit le déluge environnemental en cours, en déclinant les maux de la planète tel un terrible décalogue, sans trouver le bon aiguillon pour déclencher l’électrochoc. (…) Comment faire en sorte que les écologistes ne crient plus dans le désert ? Malheureusement Yann Arthus-Bertrand laisse la question entière” (http://www.challenges.fr/actualite/toute_lactu/20090605.OBS9400/les_commentaires_sur_home_de_yann_arthusbertrand.html)
On comprend que le journal catholique n’apprécie guère un tel film qui nous met devant nos responsabilités : Nous sommes responsables, totalement, des dégâts commis, du péril encouru. Nous sommes les seuls artisans de ce désastre. Dieu, aucun dieu n’y est pour quoi que ce soit.
Nous avions la chance inouïe de vivre sur ce que nous commençons à regretter amèrement comme un paradis perdu, comme un « home » chaleureux, protecteur, nourricier. Depuis 200 000 ans, un instant dans l’immensité de la vie terrestre qui nous a précédés, nous les hommes, trop doués, trop bricoleurs de périls en tous genres, 4 milliards d’années au bas mot – plus de 20 000 fois ces 200 000 ans d’humanité… Un intrus prétentieux est venu chambouler un extraordinaire écosystème :
Et c’est là le message essentiel de Yann-Arthus Bertrand : tout se tient sur notre Terre.
Tout est nécessaire, utile, indispensable. Tout et tous, les choses, les éléments, les plantes, tous les êtres vivants.
Nous sommes les dieux malveillants, maladroits et inconséquents qui avons déréglé cet ensemble autonome qui recevait de l’extérieur juste ce qu’il fallait d’une énergie solaire inépuisable et jusqu’à maintenant sans grand excès, un ensemble qui tendait naturellement vers toujours plus d’harmonie, de quiétude – les volcans entre autres s’étaient dans l’ensemble plutôt calmés.
Depuis 12 000 ans, l’homme a su maîtriser la végétation, domestiquer les céréales, il a inventé les greniers, ses premières caisses d’épargne pour les jours mauvais des hivers, des récoltes mal venues ou saccagées. Libéré de la hantise de la faim, des corvées quotidiennes des cueillettes et chasses, des obligations de déplacements, d’errances, il a eu le temps de faire fonctionner le formidable cerveau dont il était doté – autre chance exceptionnelle : il a pensé, imaginé, inventé, des abris, des habits, des outils, des rites, des œuvres d’art sur ses “murs”, mais aussi des armes, de plus en plus performantes et perforantes…
Jusqu’à il y a 200 ans, on a pu vivre ainsi, comme font quelques milliards d’hommes encore de nos jours de façon de plus en plus précaire.
Première terrible secousse : le machinisme et son exploitation des énergies fossiles et des matières premières.
Second choc – un cataclysme : le nucléaire dont on ne parle pas dans le film.
Enfin, dernier ébranlement en date, l’informatique qui multiplie à l’infini les possibilités du cerveau humain et qui risque faire des ordinateurs et des « machines intelligentes », si on n’y veille, le peuple tout puissant et sans pitié qui déjà envahit tout et commence à exiler les cadres, chasser les cerveaux qui les ont enfantés…

L’emprise de la musique.
On comprend toujours mieux la musique quand on la voit jouer ou chanter.
On sent alors à quel point elle est œuvre humaine, combien elle traduit des émotions, comment elle s’efforce de nous les faire partager.
De nombreux commentaires disent angoissante la musique qui baigne le film « Home ».
C’est sans doute vrai, mais ce film est en lui-même comme un écosystème, où tout se tient, se soutient : les images, les mots, les sons. Tout contribue à nous hypnotiser, à nous pénétrer, à nous persuader de l’extrême urgence d’un sursaut, d’un réveil, d’une prise de conscience.
Il est donc normal d’être angoissé, c’est la moindre des choses devant pareilles évidences, et cette musique, si prégnante, si prenante est salutaire si elle nous remue, si elle nous effraie parfois, si elle nous sort de notre torpeur, de notre incrédulité face aux alarmes des écologistes.
Laissez-vous étreindre, laissez-vous convaincre, mobilisez-vous.

« Home » de Yann-Arthus Bertrand

1) Ne ratez pas cet événement !
J’emprunte au cite ci-dessous les indications de lieu et de temps :
http://www.cinefil.com/dossiers-cinema/02-06-2009-ou-et-quand-voir-home-de-yann-arth 

« Où et quand ?
> Le film est mis gratuitement à disposition sur Internet sur www.youtube.com/homeproject dès le 5 juin au matin.
> Home est diffusé le 5 juin à 20h35 en prime time sur France 2.
> Pour les Parisiens, une projection numérique et gratuite est prévue sur le Champ de Mars à Paris le 5 juin à 22 heures. »

Voyez aussi ce site : http://forums.futura-sciences.com/commentez-actus-dossiers-definitions/307785-actu-video-home-un-film-de-yann-arthus-bertrand-bientot-youtube.html
Nous en reparlerons bien sûr.

2) Vendredi 5 juin (2h 45) : Nous y sommes. Cliquez ici.

Sur ce site (http://www.youtube.com/homeprojectFR  ), le chargement est relativement lent et haché.
Essayez directement ce lien direct de Youtube : ici

Pas même né, et déjà Petit-Bout blessé

Il arrive malheureusement, environ deux fois sur cent, que les gênes jouent de vilains tours aux parents et au Petit-Bout qui leur est promis, que les chromosomes ne soient pas répartis correctement. Une combinaison pernicieuse, héréditaire ou accidentelle, venue du papa ou de la maman, ou de bien loin, d’on ne sait quelle branche de l’arbre généalogique, dote le pauvre Petit-Bout d’un héritage génétique plein de mauvaises surprises qui sauteront parfois aux yeux dès la naissance comme un affreux bec-de-lièvre ou une trisomie 21 – cependant pas toujours évidente -, ou plus discrètes, qui se révèleront dans les premiers mois ou les premières années.

Ces Petit-Bout malchanceux, à peine conçus, sont déjà blessés, et si on les laisse venir au monde, leurs parents vont recevoir une terrible blessure narcissique, terrible car le bébé que l’on fait ainsi à deux est toujours idéalisé, toujours chargé d’une mission de prolongement, d’accomplissement, de rédemption parfois. Et cette loterie de malheur se moque du mérite ou de l’amour.

Les risques d’aberrations chromosomiques sont parfois prévisibles. Ainsi les petits mongoliens naissent le plus souvent d’un ovule fatigué d’une maman âgée – c’est souvent le petit dernier d’une famille nombreuse. Mais il arrive que ce malheur accable une toute jeune maman, une femme-enfant – les tout premiers ovules sont parfois aussi défectueux que les derniers.

Le progrès permet maintenant de repérer nombre de ces anomalies. Certaines peuvent être traitées avant la naissance. Mais parfois, on n’a d’autre solution, si les parents le souhaitent, que d’interrompre la grossesse. Ce qui est toujours une cruelle blessure pour les parents et source de bien des culpabilisations, de bien des angoisses pour une éventuelle tentative nouvelle de grossesse.

Mais aussi que de souffrances, que de courage pour élever dignement un petit mongolien, par ailleurs  si affectueux quand on l’aime ! Que de blessures quotidiennes infligées par le regard des autres, par la trop voyante différence, par le souci de l’avenir, de l’insertion scolaire, puis plus tard professionnelle, sociale, par la santé souvent précaire de ces petits défavorisés…

Si pareil malheur vous atteint, vous et votre Petit-Bout malchanceux, écoutez,  lisez et relisez Françoise Dolto. Ses conseils de parler vrai au bébé défavorisé, le plus tôt possible, dès sa naissance, vous seront précieux et vous aideront à faire le point, à vous “parler” vrai à vous-même et entre vous.

Ce précédent article du blog tentait d’approcher cette immensité de douleur. Cet autre aussi.

Cyrulnik « Je me souviens… »

Je me souviens

Encore un livre de Boris Cyrulnik.
Tout récent (avril 2009), tout petit.
Mais d’une densité de platine.
70 petites pages infiniment courageuses et précieuses.
Dans cet essai de résilience d’un vécu longtemps trop douloureux, longtemps inadmissible, le septuagénaire M. Cyrulnik se livre comme à un déplacement de justice. Et accompagné d’un indispensable ami, il part sur les chemins de sa mémoire. Car il lui faut sauver l’enfant Boris qu’il a été, le sauver à nouveau.
Mais les chemins de la mémoire, comme tous les lieux d’enfance, sont déformés, encombrés de végétations nouvelles qui les rendent méconnaissables.

Ce petit livre est donc avant tout un essai sur la mémoire et sur ses contorsions pour ne restituer d’un passé fracassant que quelque chose de présentable. Comme dans tout travail de résilience.
La mémoire ? Non : les mémoires. La mémoire personnelle, fuyante comme un mauvais fil d’Ariane, qui ne cesse de se briser, de se repriser, de se reprendre avec d’autres fils, amis, témoins, à charge, à décharge. Et peu à peu cet entrelacs de fils de mémoires tisse le canevas d’une histoire restituée, recomposée, un réseau toujours un peu bricolé, rapetassé, mais tout de même acceptable, présentable, “vivable”,  de liens d’un « attachement » du passé sordide au présent de la survie. Mais cette restauration est toujours un compromis qu’il faut accepter jusqu’au prochain remaniement.
Ces sortes de confrontations sont terriblement douloureuses. Il faut grand de courage pour entreprendre pareil pèlerinage, pour se lancer sur ces traces incertaines et inquiétantes où des angoisses réactivées peuvent s’emparer de vous, soudain.
Oui, il a fallu beaucoup de courage pour sauver à nouveau ce vaillant petit soldat Boris qui a toujours refusé de se résigner. Revoyez cette page du blog sur l’évasion du petit Boris (5 ans) des pissotières de la Gare de Bordeaux…

Beaucoup de courage, et beaucoup de temps. Pour oser enfin se rendre sur ces lieux de crimes, accepter les confrontations, quelques joies, et beaucoup de douleurs, qui nécessitaient grandement l’armure de l’humour, de la gaîté… et de la réussite de l’âge mûr.
65 ans de gestation : Ce fut longtemps, c’est peut-être toujours, la limite temporelle des crimes contre l’humanité. À 70 ans passés, L’immense Cyrulnik ose tendre la main au tout petit Boris qu’il fut, cet enfant qui se savait traqué sous le prénom de Lucien, menacé de mort, parce que de parents juifs eux-mêmes disparus à jamais, cet enfant reconnaissant au seul domestique, « le Grand », qui l’appelait « Pitchoun », une identité sans danger (« Je le suivais partout, il me sécurisait »).

Travail de deuil, travail de rêve, sursaut résilient : nous sommes toujours en chantier, dans notre vie consciente comme dans notre vie inconsciente. Nous passons notre vie à ravauder, à tenter de ponctuer notre vie de réussites, d’exploits, de prouesses, tout de même…
Et ce tout petit livre est un exceptionnel précis de couture, de tissage, de ravaudage : comment reprendre les fils d’une vie qu’on a voulu briser ? Comment faire durer une trame qui ne tient plus guère ? Comment faire survivre le tailleur, la couturière ?

Je ne vous en dirai pas plus. Je vous laisse le bonheur (douloureux – encore un oxymore comme le « merveilleux malheur ») de le découvrir vous-même. Dégustez-le lentement (pour moi, ça a été d’une traite…), laissez-le vous remuer, vous travailler. Car c’est aussi, pour chacun de nous, un modèle, un guide d’introspection, de redécouverte de soi, de réappropriation, de reconstruction de son passé.

Gourous : sur tous les bons coups.

Les bons coups d’un gourou, se sont vos coups durs à vous.
Spécialistes émérites des dérives sectaires, il est des gens qui sont en permanence à l’affût de vos défaillances, de vos angoisses.
Soudain, le destin mauvais vous inflige une épreuve particulièrement cruelle, d’ordre social (perte de travail), familial (séparation, deuil), médical (maladie grave, détresse psychique),…
Ils sont là, alors, et vous proposent leur aide, la seule efficace, et qui exige qu’on fasse table rase de tous les secours habituels qui ont pourtant fait leurs preuves. Et vous sous sentez si menacés dans votre existence-même, dans votre vie sociale…, que vous êtes pris de doute et en même temps saisi d’un fol espoir superstitieux ou quasi religieux : « Et s’il avait raison ? Pourquoi ne pas essayer ? »
Seulement, voilà, ces gens sont exclusifs : ce sera eux et personne d’autre, leurs seules prescriptions – que dis-je ? – leurs ordres, leurs injonctions, leurs chantages, leurs menaces. Avec eux il faut avoir la foi, la foi en eux seuls, en leur « école », en leurs écrits, en leurs séminaires…
Le pervers sadique harcèle, se repaît du malheur, de la souffrance de sa victime. Mais cette douleur, c’est lui qui l’inflige, la distille savamment et sournoisement, tout proche, et aimable, prévenant… Et il ne tire pas de profit matériel de la détresse infligée.
Le gourou, lui, ne se donne pas le mal de créer le mal, il guette les opportunités, et elles sont nombreuses en ces temps de crise.
Les gourous, les responsables de sectes, sont de remarquables sociologues, toujours dans le vent du malheur social.
Leur absence de scrupules leur permet un flair incomparable pour détecter les misères, les détresses en cours et leur donne le « génie » de savoir les exploiter
Le harceleur vit psychiquement du malheur qu’il inflige.
Le gourou, vit matériellement de ses bons coups.

Car, un gourou, ça a un coût. Toujours, et sans mesure, si possible jusqu’à votre ruine avant votre possible disparition. «Ce sont des pompes à fric » – entendu ce 19 mai dans « C dans l’air ».

Pour faire le point, je vous invite à revoir, réécouter attentivement l’émission « C dans l’air » d’hier 19 mai :
« Sectes, les gourous nous guettent »

Une excellente base de documentation sur les sectes, sur Wikipedia.

Nos tout petits seraient-ils menacés, eux aussi ?
Bien sûr, et d’autant plus qu’ils vous sont plus chers que rien au monde, et que toute la constellation familiale est prête à se liguer contre le malheur : quelle manne financière en perspective pour le gourou !

La menace est souvent indirecte.
Le membre de la famille mis en dépendance par un gourou, un mouvement sectaire, est comme “absent”, “ailleurs”, pris par ses angoisses et ses nouvelles obligations, souvent disparu physiquement, enlevé en quelque sorte, et difficilement récupérable, car il [lui] faut alors rompre ces liens puissants d’un espoir fou qu’on a su tisser autour de lui, non pas comme un cocon, mais comme la prison d’une araignée.
Comme une addiction à une drogue dure, l’emprise sectaire finit par déstructurer et parfois détruire ses prisonniers. Et les victimes collatérales sont nombreuses, les enfants en particulier, qui ne reconnaissent plus (ou ne voient plus, sans raison – secret de famille) leur maman, leur papa.

Ne devenons tout de même pas paranos !
Aussi spectaculaires et médiatisés soient-ils, les gourous et apparentés, et leurs sectes, mouvement, chapelles, écoles… sont une infime minorité. Mais une minorité à ne pas négliger.

Le silence et la solitude sont les meilleurs alliés de ces gens-là.
La parole, le parler vrai, à tous, entre tous, dans une famille, dans un groupe social, aux plus jeunes et même aux non parlants, ceux qui ne parlent pas encore ou ne parlent plus, voilà le plus puissant antidote à ces dangers.
Parlez, parlez encore à tous ceux de votre famille, de votre entourage, ceux que vous côtoyez, et que vous savez, que vous sentez vulnérables : les plus jeunes, les adolescents, vos adolescents et ceux qui vous sont confiés. Parlez-leur, et écoutez-les si par chance ils se manifestent, qu’ils sachent que vous êtes ouvert, disponible éventuellement, que vous comprenez qu’ils puissent avoir [eu] des faiblesses, des tentations, de fallacieuses confiances.
Une société où de pareilles dérives sectaires ont tendance à se multiplier, à profiter de ses crises, est sans aucun doute en danger.